Depuis son appel « lève-toi » posté sur les réseaux sociaux pour dire stop à la violence des jeunes issus de l’immigration comme lui, Kaotik 747, le rappeur Niçois enchaîne les plateaux télé. Pour « faire bouger la France ».
Kaotik 747, c’est du rap en version bleu- blanc-rouge ; une musique, des paroles, une voix pour défendre les forces de l’ordre, chanter son amour pour la France. Kaotik 747, c’est ce rappeur Niçois « sans haine ni violence » comme il se définit, viscéralement républicain. Kaotik, c’est un artiste à plusieurs facettes comme un diamant : auteur-compositeur, écrivain, influenceur aux « stories » suivies par des centaines de milliers de « followers » sur les réseaux sociaux, comédien aussi – il vient de faire ses premiers pas devant les caméras d’Olivier Marchal et de Nicolas Guicheteau dans la série « Pax Massilia », saison 2, attendue sur la plateforme Netflix.
Derrière ce nom d’artiste, Kaotik, il y a l’homme, Karim : enfant de la DDASS qui a grandi à Nice, s’est construit à Don Bosco « jusqu’au bac », s’est épanoui avec le rap, pour devenir un homme chaleureux, sincère, touchant, « très fier de (ses) origines algériennes, très fier d’être Français ». A 42 ans, ce père de famille attentif, heureux papa de deux enfants, est aussi un homme en colère. En colère contre « la violence des jeunes issus de l’immigration comme (lui) » qui sont « en train de tuer la France ». D’où son retentissant appel en forme de « vous nous faites honte ! » posté, il y a un mois, sur les réseaux sociaux. Son « lève-toi ! » clamé haut et fort pour « faire bouger les choses ». Depuis, Karim alias Kaotik enchaîne les plateaux télé, les émissions en direct. Pas de quoi l’affoler pour autant. Rencontre sans fard, ni langue de bois…
Pourquoi cet appel sur les réseaux sociaux ?
C’était le soir de la victoire du PSG de la Ligue des Champions (match contre l’Inter de Milan, disputé à Munich le 31 mai dernier, NDLR). A Paris, cela aurait dû être une soirée de fête pour les supporters. Ça été l’enfer. Devant ma télé, face aux images de violence, à ces jeunes casseurs issus de l’immigration comme moi, j’ai eu mal au cœur. Je revois encore ce pompier étranglé par un jeune portant sur son dos un drapeau palestinien. Pourquoi tout ça ? Le plus dingue, c’est que même eux ne le savent pas. Les explications des premiers individus arrêtés puis déférés devant la Justice ont été : « je me suis laissé entraîner… » Mais entraîner à casser, à brûler des voitures, à attaquer des policiers, des pompiers, c’est n’importe quoi !
Votre appel « Lève-toi » est donc un cri de colère ?
C’est bien plus que cela. C’est devenu un mouvement apolitique qui réunit des personnes de toutes conditions, de toutes religions, de tous les horizons, voulant faire bouger les choses. Autour de moi, il y a des policiers, des pompiers, des retraités, des rabbins, des imams, des jeunes, des seniors, des hommes, des femmes… Lorsque j’ai posté mon appel « Lève-toi », il a été vu, partagé, relayé en France en Belgique, en Algérie, au Maroc jusqu’en Colombie. Puis, il y a eu plein de messages. Une vrai déferlante de mots de soutien, de commentaires positifs auquel je ne peux pas répondre à tous, et j’en suis désolé.
Depuis vous enchaînez les plateaux télé en tant qu’artiste influenceur ?
Encore une fois je ne m’attendais pas à recevoir autant de messages après mon appel sur les réseaux sociaux. Cela a été énorme, inattendu. C’est là que les premières invitations pour des interviews sont tombées. Elles ont été suivies par des plateaux télé en direct notamment celle du « Forum », où j’ai échangé avec la ministre de la Ville, Juliette Méadel (émission du 9 juin de BFMTV consacrée à « La France est-elle en panne d’autorité ? » Ndlr).
Vous avez un peu bousculé la ministre de la Ville d’ailleurs…
Non, j’ai juste dit que j’aurais préféré rencontrer le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, ou le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. On parlait de sécurité intérieure. Maintenant, le seul homme politique que je souhaite rencontrer, et je l’ai fait savoir à son entourage, c’est le président de la République, Emmanuel Macron. Juste pour lui poser deux questions : pourquoi ne pas rétablir le service militaire pour reconstruire la cohésion nationale ? Pourquoi face au trafic d’arme et aux narcotrafics, ne pas fermer nos frontières ? Pourquoi à ces deux questions, on nous répond que par du silence.
Avez-vous reçu une réponse de l’Élysée ?
Pour l’instant je n’ai toujours pas de réponse. J’espère qu’elle sera positive. Mon but n’est pas de clasher le Président de la République, j’ai bien trop de respect. Juste de le lui proposer des idées pour que le pays avance. Et puis, rencontrer un petit rappeur Niçois, ça va lui rendre service en terme de proximité. (Rires)
Comment vous avez vécu tous ces plateaux télé ?
Je le vis simplement. Je suis là pour dire ce que la majorité des Français pensent. Pour faire avancer les choses. La question à se poser est simple : qu’est-ce qu’on fait de ces gamins ? De ces jeunes qui cassent, pillent, brûlent, agressent les forces de l’ordre, attaquent les professeurs, les surveillants ? (A Nogent, le 10 juin, une surveillante de 31 ans, maman d’un enfant de 4 ans, a été mortellement poignardée par un élève de 14 ans NDLR) A la suite de ce drame, la réponse du Gouvernement a été d’interdire la vente des couteaux aux mineurs. A l’heure où l’on trouve de tout dans les cités, y compris des kalach, cette proposition montre combien les ministres sont hors sol ! Il faut bien quelqu’un se lève pour le leur dire ! Eh bien, c’est fait et je vais continuer jusqu’à ce que cela bouge.
Quel est votre objectif ?
Je ne suis pas ministre, ni fils de politique, je suis enfant de la DDASS. Je n’ai pas fait l’ENA, je me suis arrêté au bac. Je vivais dans une tour HLM de onze étages à l’Est de Nice où j’ai grandi et je reste dans cette proximité avec les gens, les choses, dans notre pays fabuleux. Avec ce mouvement, nous faisons des propositions carrées, factuelles, chiffrées pour répondre aux problèmes. Et tout cela crée un élan de fou.
Après votre « Lève-toi ! » avez-vous reçu des propositions pour entrer en politique ?
Oui, j’en ai reçu de tous les partis, de gauche comme de droite, du parti présidentiel aussi.
Votre réponse ?
C’est un « non merci » ferme et poli. Je veux garder la liberté de mes idées, je veux être libre de mes propos, pour avancer des solutions, continuer de fédérer. Vous savez, je suis Français d’origine algérienne. A 16 ans, j’ai refusé la binationalité pour n’être que Français. La France m’a tout donné, elle m’a appris l’amour, la bienveillance ; si j’ai un sens oratoire et une certaine analyse c’est parce que je suis allé à l’École de la République. Et dans ce pays qui est l’un des plus beaux du monde, je suis devenu papa. Aujourd’hui, si je peux rendre à la France un peu de tout ce qu’elle m’a donné, alors je fonce. Vous savez, je suis du genre tenace et, comme un pitbull, je ne lâche jamais rien…
Au fond, vous êtes patriote…
J’aime mon pays. Je suis profondément républicain. Je suis très fier de mes origines algériennes, très fier d’être français. Pour certains, patriote c’est être raciste. J’ai été attaqué par des médias, on m’a accusé d’être facho, traité de collabo. Ça a été très dur à encaisser et j’ai mis des mois à m’en remettre. Cela m’a inspiré une musique qui sort le 29 juin, sur toutes les plateformes de streaming. Ce n’est pas du rap. Juste une chanson piano-voix intitulée « Janemba », petit monstre tout mignon de Dragon Ball Z qui, à force de prendre des coups, devient super puissant. Je suis fan du club Dorothée et « Janemba » c’est un peu moi. Une métaphore par rapport à tout ce que j’ai vécu et qui m’a rendu plus fort qu’avant.
Vous êtes devenu acteur en participant à la saison 2 de « Pax Massilia », série réalisée par Olivier Marchal et Nicolas Guicheteau. Comment s’est passé le tournage ? Et quel est votre rôle ?
J’ai toujours voulu faire du 7e Art. Participer à cette très grosse série, qui fait partie du top cinq les plus regardées au monde, sous la conduite d’Olivier Marchal et de Nicolas Guicheteau, réalisateur entre autres d’Engrenages, c’est une vraie chance ! Face caméra, je me suis senti à l’aise, c’était comme un jeu, même avec deux cents personnes sur le plateau. Je me suis lâché, amusé, j’étais super heureux. Dans cette série, j’ai tourné un jour plein, le dernier épisode. Mon rôle est celui d’un flic, mais je ne peux pas en dire plus. Vous verrez bien…


