Chaque vendredi pendant 5 semaines, Nice24.fr vous propose de revenir sur l’histoire des statues niçoises (4/5).
Pour ce quatrième épisode de notre feuilleton en ronde-bosse, délaissant les marbres et la statuaire historique, cette fois-ci, on en pince pour un aréopage haut perché de stylites, en vigie au-dessus de la place Masséna : les Penseurs de Jaume Plensa.
Et déjà les puristes se récrient ! Ils n’ont pas ce nom-là, d’abord, ces étranges chérubins en lévitation comme s’ils faisaient du yoga quantique ou peut-être tantrique, pourquoi pas ? Signé par le sculpteur et plasticien catalan Jaume Plensa, cet ensemble de sept silhouettes qui semblent méditer dans un conciliabule aérien s’appelle officiellement « Conversation à Nice ». On prend acte de leur état-civil en bonne et due forme, même si à peu près tout le monde ici dit les Penseurs pour les désigner. L’œuvre a été installée sur la place Masséna en 2007 dans le sillage de la mise en service de la ligne 1 du tram et de son parcours artistique jalonnée de créations contemporaines. Á plus de douze mètres d’altitude, nos non Penseurs prennent la pose, souvent dans la compagnie des oiseaux qui les prennent pour perchoirs.
Sept piliers de la sagesse
Ils tiennent salon et discutent peut-être de l’état du monde ici-bas. En tout cas, chacun sur leur socle, ils figurent les sept continents. On parle aussi à leur sujet de bouddhas. Ils sont moulés dans une résine blanche qui cache bien son jeu car dès la nuit venue, tout change. Ces sept piliers de la sagesse soudain s’allument, se diaprent d’une aura surnaturelle de l’intérieur de leur carapace et le spectacle révèle toute sa magie dans une belle simplicité d’effets. Tout un nuancier chromatique palpite entre les statues d’un bout à l’autre de la place. Á chacun ses références pour apprécier les choses. Un prisme de lumière mystique qui défie l’obscur. Des bonbecs gélifiés qui se dégustent du coin de l’œil. Des veilleurs comme des anges protecteurs de la cité. Un dance floor qui fait planer. Des visiteurs de l’espace en tapis volants…
Dimension spirituelle
En vérité, pas de quoi faire son malin devant les protagonistes suspendus de Jaume Plensa. Il n’y a qu’à se laisser aspirer par la verticalité de l’œuvre et sa douceur irisée pour ressentir la béatitude qui se dégage d’elle. Elle ne prend pas les foules de haut. Au-dessus de la frénésie de la ville les nuits d’été par exemple, ou par ses froides nuits d’hiver, elle semble infuser dans une rêverie contemplative. En apesanteur, ce club des sept pourrait aussi s’apparenter à une nuée de voltigeurs juste avant de se lancer dans un numéro d’acrobaties. Même si elle se prête à moult interprétations plus ou moins fantaisistes laissées à la libre appréciation du commun des mortels, cette « Conversation à Nice » garde toute son aura nimbée d’une impression de quiétude. Parade sans tapages, elle flotte dans sa belle métaphysique à ciel ouvert. Zen par effraction, murmure l’œuvre au milieu de notre tumulte humain, comme une invitation. Envol immédiat !

