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L’énigme du Casino sur l’eau qui brûle… (2/5)

Oui, vous avez bien lu, ce jour-là, la mer a brûlé à Nice, pour ainsi dire. C’était le 8 avril 1883 et le premier Casino de la Jetée-Promenade, construit juste au-dessus des flots bleus, était en flammes. Surgi des archives d’un temps dont la véracité des faits n’est pas validée par les historiens, un mystérieux enquêteur du nom d’Hector Blaireau nous a raconté cette étrange histoire de grand feu et de grand bleu…

Comme dans une histoire à la Agatha Christie, tout est ici réuni pour un captivant récit. D’abord les personnages. Il y a là un aristocrate, le marquis d’Espouy de Saint-Paul, qui porte le projet du Casino de la Jetée-Promenade sur les fonts baptismaux. Avec lui, deux architectes british, l’ingénieur londonien Eugenius Birch pour les plans et l’ingénieur écossais James Brunlees pour diriger le chantier. Un maire de Nice, Alfred Borriglione, assez opposé au projet du marquis. Un promoteur Omer Lazard qui, lui, veut faire bâtir ce qui deviendra le Casino municipal place Masséna. Un général de Jaugigny qui succède à la tête du consortium gestionnaire, la Société Anonyme de la Jetée-Promenade de Nice, à la place du marquis. Est-ce déjà les prémices d’une future guerre des casinos ? Et donc, il y a aussi notre hypothétique Hector Blaireau, qui va tirer au clair par son flair et sons sens aigu des conjectures l’affaire de l’incendie du Casino de la Jetée-Promenade. Alors, âmes sensibles s’abstenir, voici venu le temps des révélations et des frissons ! Bien des années auparavant, ce n’est pas le Titanic qui va couler sous vos yeux mais bel et bien un genre de TitaNice, premier grand vaisseau de la flotte des casinos niçois qui va s’engloutir dans les flots, d’ici quelques lignes. N’allons pas trop vite en besogne…

Les piers façon Brighton

Ici, si vous le voulez bien, juste un aparté au passage. Aux yeux de certains, le Casino de la Jetée-Promenade pourrait être une emblématique représentation des charmes de Nice, s’il était reconstruit aujourd’hui. Mais vouloir faire d’un lieu d’argent le blason d’une ville, est-ce forcément l’image la plus flatteuse à offrir ? Sulfureuse, la carte postale le serait assurément ! Cela aurait au moins le mérite de mettre les gens au parfum, vous qui venez ici n’arrivez pas sous des latitudes en odeur de sainteté malgré leur joli nom de Baie des Anges. Les casinos mouillent si souvent dans un sillage en eaux troubles… Toujours est-il que des nostalgiques soutiennent mordicus que la courbe de la prom’ a été férocement amputée de ce joyau qu’était le Casino de la Jetée-Promenade, deuxième du nom, bâti sur les décombres du casino calciné. Alors certes, la découpe très orientaliste du bâtiment sur pilotis faisait son effet à l’image des piers façon Brighton, ville balnéaire anglaise. Pour autant, n’en reste pas moins que le magnifique élan de la baie était cassé net par l’édifice en obstruction sur le panorama, et qu’un tel ouvrage aujourd’hui serait en butte avec toutes les prescriptions de la loi Littoral et les législations environnementales actuelles.

Photo du 1er Casino de la Jetée-Promenade en construction / 1880 photos de Jean Walburg de Bray / Fonds de la BMVR

Pas de fumée sans jeux ?

Revenons à nos jetons. Les travaux pour le chantier du Casino de la Jetée-Promenade sont lancés en octobre 1880. Le lieu ouvre pour un galop d’essai deux ans plus tard ; il s’agit d’un palais flottant qui comprend un grand café restaurant, un kiosque à musique, une salle de spectacle, des salles de jeux, un cercle nautique… La fée électricité est de la partie pour qu’un air de féérie digne des mille et une nuits enveloppe le tout dans un halo flatteur. Tout cela flotte si bien qu’une date pour l’inauguration en grande pompe est fixée au 8 avril 1883. Mais le 4 avril, peu après le départ des ouvriers sur le chantier, l’édifice s’embrase et l’incendie se propage comme une traînée de poudre. « Deux heures après, relate un journal de l’époque, ce qu’on appelait la Jetée-Promenade n’était plus qu’une ruine. » Pourquoi ce nec plus ultra de la modernité de la Belle Epoque part-il en fumée en un rien de temps ? La faute aux matériaux employés, à des vernis à base de pétrole pour faire briller les boiseries ? Les causes de l’incendie n’ont pas été élucidées. Aucune victime n’est à déplorer. Dépêché sur place, Hector Blaireau mène l’enquête. Et si tout cela résultait des agissements d’une bande de tontons flambeurs ? Après tout, dans les sphères occultes du monde des tapis verts, le milieu n’a jamais fait les choses à moitié…  En 1889, un deuxième Casino de la Jetée-Promenade voit le jour et fera les beaux soirs de la haute société en villégiature à Nice. Avant d’être lui aussi rayé de la carte, en 1944, par les nazis qui le désossent totalement avant de quitter la ville pour recycler les matériaux récupérés dans leurs ouvrages de défense. Le Casino a vécu. Les jeux sont faits. Plutôt défaits en l’occurrence…

Photo Casino de la Jetée-Promenade copyright DR

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