C’est le 7 août 1809 qu’arrive à Nice le plus haut représentant de l’église catholique, le pape Pie VII en personne. Cette première visite dans notre ville du souverain pontife n’est cependant ni protocolaire, ni entourée du faste qu’entraine en général le déplacement d’un personnage aussi important.
En effet, le pape est alors l’invité quelque peu forcé du Premier Empire. Quelques semaines plus tôt, durant la nuit du 6 au 7 juillet, le Saint-Père a été enlevé de force sur ordre direct de Napoléon 1er par les troupes du général Etienne Radet. Confié à la garde du colonel Boisard, Pie VII paye son opposition à l’Empereur des Français * et se voit promené sous bonne escorte de Rome à Grenoble, en passant par Florence, Gênes et Turin. Sur son passage et en dépit du secret qui entoure ce quasi-kidnapping, le souverain pontife rebelle soulève l’enthousiasme des foules.
VISITES NIÇOISES
Une fois conduit à Grenoble, Pie VII est ensuite déplacé à Valence, Avignon, Aix et Fréjus. Le 7 août, l’arrivé du pape à Nice provoque l’embarras du conseiller de préfecture Sauvaigne, qui remplace le préfet Dubouchage parti en congés. Pris entre la chèvre et le chou, Sauvaigne doit tout à la fois ménager l’extrême susceptibilité de Bonaparte, sans pour autant heurter les sentiments religieux de la population. C’est vers 11 heures du matin que la voiture du Pape fait son apparition sur les bords du Var. Le pont de bois qui relie les deux rives du fleuve étant alors en travaux, le successeur de Saint-Pierre doit traverser à pied, sous un ciel de plomb. Trois personnages illustrent s’avancent à sa rencontre, il s’agit de Jean-Baptiste Colonna d’Istria, l’évêque de Nice et de Marie-Louise de Bourbon, la reine d’Etrurie en exil, accompagnée de son jeune fils Louis. Le pape les accueille avec bienveillance et donne sa bénédiction aux quelque deux mille fidèles venus à sa rencontre et qui s’agenouillent à son passage. Remonté en voiture, Pie VII entre dans Nice vers midi et on l’installe pour quelques jours au palais de la Préfecture (qui se trouve alors rue Saint-François-de-Paule), dans les appartements du préfet absent. Durant trois jours, le pape va y recevoir les notables niçois, parmi lesquels le maire François de Orestis et plusieurs de ses adjoints. C’est également depuis le haut d’une terrasse qui longe la façade Sud de l’édifice que le pape, dans la nuit du 9 août, donne à la foule rassemblée sous ses fenêtres sa bénédiction pontificale. Pendant ce temps, les nombreux pêcheurs niçois éclairent la baie des Anges à bord de leurs pointus illuminés spécialement pour l’occasion. Le lendemain, le colonel Boisard ayant reçu l’ordre de conduire Pie VII en Ligurie, le plus illustre des prisonniers de l‘Empire quitte Nice et gagne Savone. Il restera enfermé au fort de Savone jusqu’en 1812, puis sera amené au château de Fontainebleau.

Ce n’est qu’en 1814 que le souverain pontife sera autorisé à rentrer à Rome. Sur le chemin du retour, il s’arrêtera une nouvelle fois dans notre ville. Le 9 février 1814, accueilli cette fois par le préfet Dubouchage en personne et de nombreux édiles niçois, le pape sera escorté jusqu’au quartier des Beaumettes, suivi par une foule enthousiaste et au son de toutes les cloches de la ville. Arrivé à la cathédrale Sainte-Réparate, il assistera à la bénédiction solennelle du Saint-Sacrement, puis sera à nouveau conduit à la Préfecture pour y être logé. Le lendemain, la noblesse, le clergé, les autorités civiles et de très nombreux fidèles seront admis au baise-main du pontife avant que Pauline Borghèse, la sœur de l’Empereur, vienne présenter ses hommages au Saint-Père. Finalement, le vendredi 11 février à 8 heures Pie VII quitte Nice, un mois à peine avant que Napoléon abdique.
C’est en souvenir des deux séjours niçois du pape qu’en 1823, les consuls de notre ville firent ériger sur la place de la Croix-de-Marbre, une colonne commémorative que l’on peut encore voir de nos jours….
* Pie VII a commis un double crime de lèse-bonapartisme : non seulement il a refusé de prononcer l’annulation du mariage entre Jérôme Bonaparte et Elisabeth Patterson en 1805, mais il a également et surtout refusé formellement de renoncer à la souveraineté temporelle des États de l’Église.

