Pour ceux qui en doutaient, la maternelle est une vraie école. Là, où débutent les apprentissages en lecture, écriture et en maths. Et ces apprentissages « vont encore se renforcer » a souligné, lors de sa conférence de rentrée, vendredi, Natacha Chicot, rectrice de l’académie de Nice.
La rentrée est sur les rails dans les Alpes-Maritimes et le Var. Vendredi après-midi, à l’heure où les enseignants de France et de Navarre retournaient dans leur établissement, Natacha Chicot, rectrice de l’académie de Nice, tenait sa conférence de rentrée. Un « rituel », devant la presse réunie au rectorat, pour brosser le tableau de cette reprise « qui se présente très bien » : 366 434 élèves dans les AM et le Var « l’équivalent de la population de la ville de Nice », des effectifs enseignants « à la hausse, une fois de plus ». Pour la rectrice, les moyens sont là, « en nombre suffisant » pour « poursuivre les politiques éducatives », bâtir « l’Ecole de la réussite », dans un climat « serein et apaisé. » Et d’asséner : « cela commence dès la maternelle ».
Pourquoi autant d’attention pour la maternelle ?
Nous devons bâtir des stratégies de réussite. En clair, partir des besoins des élèves en s’appuyant sur les évaluations en français et en maths pour construire des stratégies de réussite. (Voir encadré ci-dessous) Et cela débute à la maternelle. Parce que c’est à partir de 3 ans que tout commence, que l’enfant se construit par rapport à l’autre. La maternelle, c’est l’entrée dans les apprentissages, la construction de la confiance en soi. C’est donc là que nous concentrons nos efforts.
Quels efforts ?
Cela passe par de nouveaux programmes et la formation des enseignants axée sur l’acquisition du langage et du vocabulaire. La maternelle, c’est l’entrée dans l’écriture, c’est-à-dire apprendre à travailler le geste, à former les lettres, à écrire. Ce plan écriture, nous le lançons de l’entrée en maternelle jusqu’au collège et lycée. Et pour l’accompagner, il y a les stratégies de réussite.
Ces stratégies, c’est quoi ?
Ce sont tous les dispositifs existants qui sont mobilisés pour amener les élèves vers la réussite, en reprenant point par point leurs difficultés et lacunes. Il n’y a pas de cadre fixe, de modèle clé à appliquer. Aux enseignants, qui connaissent le mieux leurs élèves, à les organiser. La maternelle est aussi concernée parce que c’est là où l’on peut repérer les premières difficultés scolaires. L’an dernier, nous avions testé des stages de réussite pour les élèves de grande section. Cette expérimentation sera étendue cette année.
Dans le secondaire, quelles sont les stratégies de réussite ?
Par stratégies, on entend tous les accompagnements pédagogiques adaptés aux besoins des élèves. Le but étant de combler leurs lacunes et de les amener vers la réussite. Cela prend la forme de groupes de travail, des « devoirs faits » au collège après les cours, des cordées de la réussite (accompagnement des élèves méritants de la 4e jusqu’à l’enseignement supérieur Ndlr) etc. Ces stratégies vont s’intensifier en français et en mathématiques. Nous allons créer un « Microcollège » au sein du collège Roland-Garros à Nice pour prendre en charge les élèves en très grande difficulté. Au lycée, ces stratégies se poursuivent. L’an dernier, nous avons expérimenté, la « prépa seconde » au lycée des Eucalyptus à Nice. Elle est reconduite, cette année, pour accompagner, là aussi, les élèves décrocheurs, en grandes difficultés.
Quid de la violence à l’Ecole, des attaques à la laïcité, du « pas de vague » dénoncé par les enseignants ?
Nous avons renforcé la sécurité des élèves et des professeurs pour améliorer le climat scolaire. Par la création de neuf postes de conseillers pédagogiques d’éducation (CPE) et de 26 postes d’assistants d’éducation (AED) dans les établissements sensibles. La violence à l’Ecole n’a pas lieu d’être. L’an dernier, le nombre de conseils disciplinaires sur l’académie a augmenté de 45% et les sanctions et exclusions d’élèves de 40%. En cas de port d’arme dans les établissements, la réponse sera automatique : le conseil de discipline. J’assume cette politique de fermeté. Elle fait partie du mécanisme de la reconnaissance du statut de la victime. Comme le signalement de tout fait de violence qui est devenu une culture réelle dans nos établissements. Mais l’Ecole ne peut pas tout, toute seule. C’est pourquoi nous avons lancé des partenariats.
Quels partenariats et dans quels buts ?
L’an dernier, nous avons signé une quinzaine de conventions portant sur la lutte contre le harcèlement, la diversification des sanctions disciplinaires, en faisant appel notamment au pouvoir des maires pour un rappel à la loi. On poursuit ces alliances administratives et nous allons signer prochainement une convention avec l’association d’aide aux victimes. Autre partenariat important, celui avec les familles. Parce qu’un élève ne réussira pas sans l’implication de ses parents.
C’est donc la main tendue aux parents d’élèves…
Pour des raisons de sécurité, après les attentats de Nice (14 Juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, 29 octobre 2020 à la basilique Notre-Dame Ndlr) j’avais interdit l’accès des parents en maternelle le jour de la rentrée, sauf pour les petites sections. Aujourd’hui, il faut rouvrir les portes des établissements aux familles pour bâtir un dialogue régulier et apaisé. Elles sont nos partenaires dans la lutte contre le harcèlement (177 parents sont devenus des ambassadeurs contre le harcèlement scolaire) mais aussi pour une meilleure gestion des portables. A la maison comme dans les établissements. D’ailleurs, le dispositif « portable en pause » sera généralisé au collège d’ici à décembre. Aux chefs d’établissement de définir les modalités : portables déposés dans les casiers, ou dans des pochettes magnétiques, ou remis à l’arrivée et stockés dans des coffres-forts, etc.
Que devient l’uniforme scolaire expérimenté l’an dernier dans les écoles niçoises ?
L’expérimentation, lancée l’an dernier, se poursuit dans les quatre écoles niçoises, les cinq collèges et un lycée des Alpes-Maritimes. Nous attendons le bilan de l’évaluation qui sera fait sur le plan national. Dans les écoles niçoises (Bois-de-Boulogne, Bon-Voyage, Fabron et Ronchèse), l’uniforme scolaire passe très bien auprès des élèves. Il renforce le sentiment d’appartenance à un même groupe. Plus on monte en âge, plus la satisfaction des élèves face au port de l’uniforme diminue. Mais tout cela sera évalué lors du bilan national.
Tout va bien sur la planète Ecole alors que pourtant les enquêtes internationales pointent un niveau scolaire des élèves qui se dégrade. Pourquoi ça coince ?
L’Ecole, sur l’académie de Nice, se porte plutôt bien. En REP (réseau d’éducation prioritaire) nos performances en français et en maths sont nettement supérieures à la moyenne nationale. Hors REP, il y a, c’est vrai, des fragilités avec un tiers des élèves de 6e au collège, ayant des difficultés en lecture. D’où nos stratégies de réussite, avec le plan écriture, des stages de soutien proposés aux écoliers, dès 5 ans, pour combler les lacunes. Cela passe aussi par l’égalité fille et garçon en soutenant les filles à s’engager dans les filières scientifique ; par la mixité sociale à renforcer dans les établissement scolaires.
Comment faire pour renforcer cette mixité sociale ?
Depuis mon arrivée à la tête de l’académie de Nice, j’ai freiné le nombre de dérogations accordées pour convenances personnelles, qui est un moyen de contourner la carte scolaire pour choisir l’établissement désiré. De 40% de dérogations octroyées pour convenances personnelles en 2023 dans les Alpes-Maritimes, ce taux est tombé à 18%. Dans le Var, il est de 17% aujourd’hui. Et cette mixité sociale va s’imposer aussi dans le privé sous contrat. Cela par le biais des allocations de moyens qui intègrent la mixité sociale. Aujourd’hui, 52% des établissements privés sous contrat tiennent compte des revenus des familles dans le calcul de leurs frais d’inscription. Notre objectif est de passer à 76%. Il est normal que le privé scolaire partage la difficulté scolaire.
Repères
– Effectifs : 366 434 élèves dans les AM et le Var qui se répartissent ainsi : 193 932 écoliers de maternelle et d’élémentaire ; 104 630 collégiens ; 67 872 lycéens dont 17 903 en lycée professionnel.
– Enseignants : ils sont 25 622 profs de l’école au lycée, sur l’académie de Nice. Dans le 1er degré (écoles) la dotation à cette rentrée, sur l’académie, se monte à 60 postes créés, « la plus forte augmentation de France » selon la rectrice. Dans le secondaire, c’est 75 nouveaux postes et pour la rectrice, «Nice est dans le top 3 des académies les mieux dotées ».
– Evaluations : c’est le ministère qui les organisent. Elles concernent le français et les maths et se déroulent tout au long du cursus scolaire. Les évaluations débutent en élémentaire, touchent tous les niveaux du CP au CM2, se poursuivent au collège en 6e et 4e. Cette année, se rajoutent les classes de 5e. Enfin au lycée, les évaluations concernent les classes de seconde. Depuis février, les enseignants disposent des résultats de leurs élèves ainsi que ceux de leur établissement et de l’académie pour mieux situer les performances de leurs élèves.
– Stage de réussite : ils se déroulent durant les petites et grandes vacances scolaires. Gratuits, ils proposent, durant quatre à cinq jours, douze heures de renforcement scolaire. L’an dernier, sur l’académie de Nice, 4 000 écoliers, 1 300 collégiens y ont participé. Cette année, ces stages seront ouverts aux écoliers de grande section de maternelle volontaires.

