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mercredi 28 octobre 2026

« Des histoires à la fois charmantes et horribles »

L’INTERVIEW DU JOUR AVEC AMÉLIE NOTHOMB

Ambiance des grands jours le 16 septembre dernier au Centre Universitaire Méditerranéen (CUM). L’amphithéâtre du lieu affichait complet, et pour cause. À l’occasion de la sortie cet été de Tant mieux, son nouveau livre, Amélie Nothomb était l’invitée des rencontres « Un jour, un auteur », organisées par la bibliothèque municipale de Nice. Vous avez dit irrésistible…

Elle est déjà là, sur place, dans un salon du CUM. Ni vue ni connue, elle va vite voir la mer, juste en face. La voilà qui revient. Une coupette de champagne pour bien démarrer la séance, la légende dit donc vrai. Vous êtes devant Amélie Nothomb qui joue le jeu et vous accorde un précieux petit moment avec elle pour une interview à la sauvette. L’amabilité personnifiée, le charme, la gentillesse et sa vivacité d’esprit. Une verve fofolle et tendre  qui n’a pas sa (jolie) langue dans sa poche pour tenir en haleine ses nombreuses lectrices et lecteurs. Mots en fête autour d’une fée de l’écriture. Superstar de l’édition, à ses débuts, Amélie Nothomb semblait sortir d’une famille Adams, se créant un personnage qui l’a très vite propulsée sur le devant de la scène littéraire. Il lui en est resté un brin d’extravagance, une sorte de noirceur savoureuse, acidulée, dont se régalent ses hordes de fans à chacune de ses nouvelles parutions. La dernière en date, Tant mieux. Elle y brosse un portrait attachant des jeunes années de sa mère récemment disparue. C’est la raison pour laquelle elle était de passage au CUM, afin d’y parler de l’ouvrage. C’est la raison pour laquelle on y était aussi, afin de lui parler d’elle…

Quel est le point de départ de votre nouveau roman ?

Le 11 février 2024, ma mère est morte. Perdre ses proches, ses parents, c’est le lot commun de tout un chacun mais voilà, dans mon cas, perdre ma mère, je n’ai rien vécu de pire, ça m’a ravagée. Je ne parvenais pas à pouvoir le dire, à l’exprimer. Face à cela, j’ai décidé d’écrire pour dire qu’elle était morte. Ma mère, c’était madame Tant mieux, plein de gens l’appelaient comme ça en vertu de son optimisme à toute épreuve. Elle s’était forgée ce credo dès l’enfance, comme une formule magique pour se sauver face aux émanations toxiques de sa mère, ma grand-mère, et de sa propre grand-mère, dite Bonne Maman, qui habitait la ville de Gand. Cela se passait un été 42, ma mère avait alors quatre ans, envoyée en vacances chez Bonne Maman. Le livre commence là…

Il commence d’ailleurs quasiment comme un conte, non ?

Ma mère parlait beaucoup, elle nous a raconté nombre de fois des histoires sur son enfance et ce que je relate au début du livre, sous des airs de conte terrible, est son vécu. Sa grand-mère était abominable et sa mère tuait des chats ! C’était des monstres pour ainsi dire. Mais vous savez, il se trouve que je suis née le même jour que le réalisateur Alfred Hitchcock. Et je constate que, comme lui, j’ai une prédilection pour des histoires à la fois charmantes et horribles. J’ai moi-même eu une enfance très heureuse, mais comme tant d’enfants, j’aimais avoir peur quand on me racontait des contes. Cette dualité du bonheur et du monstrueux tapi là quelque part autour de vous, ma mère, que j’ai renommée Adrienne dans le livre, y a été confrontée dès son plus jeune âge…

D’une certaine façon, en mémoire de votre Maman, Tant mieux adopte la forme de ce qu’on appelle un tombeau littéraire. Vous-même, avez-vous déjà songé à votre épitaphe ?

(Avec un grand sourire) Mais bien sûr ! Tenez, je vais tout vous dire. Prenez sous ma dictée. Ouvrez les guillemets, puis écrivez délicieuse, ajoutez un point d’exclamation et fermez les guillemets. Vous obtenez mon épitaphe : « Délicieuse ! », signé les petits vers.  J’espère qu’ils me trouveront à leur goût en tout cas !

Diva malgré vous ou antidiva des lettres, excentrique, Lady Gaga de la littérature, quel rapport entretenez-vous avec votre image ?

(Elle rit) Moi, personnellement, je m’identifie plutôt à un oiseau, ce qui me fait redouter les chats quand il m’arrive d’en croiser. Mais je ne manque jamais de leur présenter des excuses, en raison des méfaits de mon aïeule maternelle… Quant à mon image, je porte un regard amusé sur tout ça. C’est drôle d’être célèbre, pas traumatisant. En tout cas, c’est comme ça que je vis la chose, je ne m’y attendais pas du tout. L’essentiel se joue ailleurs. J’écris quatre heures par jour tous les matins quoi qu’il arrive, de 4h à 8h. C’est ça, le cœur de mon travail. J’étais en train d’écrire quand on m’a appris la mort de ma mère mais pourtant, il n’était pas question de ne pas aller au bout de ces quatre heures d’écriture quotidienne. Ce fut certes l’heure d’écriture la plus difficile de ma vie. Ensuite, une souffrance inhumaine m’a submergée…

Vous semblez attachée à certains rituels dans votre quotidien de romancière…

Étant l’être le moins technologique du monde, un vrai néant informatique, j’en suis toujours au bic bleu pour écrire sur des cahiers et je bénéficie de l’aide d’une dactylo qui retranscrit mes textes. Nulle en matière de nouvelles technologies, on m’interrogeait l’autre jour à propos de l’intelligence artificielle, qui m’est évidemment une pratique très étrangère. Ce que je sais, c’est que cela consomme beaucoup d’énergie, ça pourrait être un frein à un usage par trop excessif. Du coup, j’étais rassurée. Quand on pourra faire fonctionner l’IA juste avec un verre de champagne comme c’est mon cas, là je commencerai à m’inquiéter ! (rire) J’ai un autre trait de plume, à la seconde où j’écris le mot fin au bas d’un manuscrit, j’en commence un autre aussitôt, sans intervalle. Ce qui fait que, dans ma fécondité d’écrivain, je suis enceinte trois fois par an ! (rire)

Vos lecteurs, le rituel des dédicaces, cela fait aussi partie intégrante de votre vie d’écrivain ?

Les dédicaces, c’est le moment de la suprême rencontre ! J’entretiens, et j’y tiens plus que tout, un lien très fort avec mes lectrices et mes lecteurs, nous échangeons une correspondance nourrie et quand soudain, ils sont là devant moi pour une dédicace, les voir en vrai, c’est bouleversant. J’imprime leur image mentale, ce ne sont plus des inconnus…

Question couleur locale pour finir : qu’est-ce que Nice évoque pour vous ?

C’est une ville que j’ai découverte tardivement, en 2005. C’était impressionnant de voir la promenade des Anglais en vrai pour la première fois pour la Belge que je suis. Je peux vous dire que j’ai apprécié le contraste avec les plages glacées de Belgique… 

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