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Bernard Nut : qui a eu la peau de l’espion ?

Série : Les grands faits-divers niçois 7/10

Chaque vendredi pendant 10 semaines, Nice24.fr vous propose de revenir sur 10 grands faits-divers niçois. Aujourd’hui, l’affaire « Bernard Nut ».

Tout, dans cette affaire, n’est que mystère ! D’autant que le dossier est frappé du sceau « secret défense ».

En effet, la victime, le colonel Bernard Nut, né le 19 avril 1935, ancien militaire, est un espion. Et pas des moindres. Il est le chef du poste métropolitain niçois de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le service de renseignement extérieur français.

Autre source d’interrogations, la scène de crime. Lorsque deux agents de la Direction Départementale de l’Équipement aperçoivent, le mardi 15 février 1983, le corps de Bernard Nut sur une aire de stationnement de la RN 202 proche de Rigaud, il est allongé face contre terre, recouvert de neige. A deux mètres de là, une Peugeot 305 immatriculée dans la Seine (75).

Les deux hommes ayant fait cette macabre découverte précisent également que Bernard Nut, élégamment vêtu d’un complet marron et cravaté, était déjà présent sur les lieux la veille à 20 heures.

Les premières constatations effectuées par les gendarmes densifient davantage encore le brouillard régnant dans cette affaire : la clef est sur le contact, l’autoradio fonctionne, tout comme le chauffage dans l’habitacle. Deux marques de cigarettes sont relevées dans le cendrier et seule la porte du conducteur n’est pas verrouillée. Enfin, le réservoir est vide. Mais le plus étonnant, ce sont cette arme, un Smith & Wesson, retrouvée sur la chaussée, à quelques mètres de la roue arrière gauche et, à quelques mètres des pieds de la victime, les deux étuis de 357 Magnum et un de 38 spécial percutés dans le barillet ! Mais où sont passées les ogives ?

La piste du suicide privilégiée puis abandonnée

Une question que ne se posent pas vraiment les enquêteurs qui privilégient le suicide de Bernard Nut. Une suspicion alimentée par la DGSE, au moyen d’éléments particulièrement « douteux », et par les affirmations d’une de ses secrétaires selon lesquelles le Colonel était dépressif… tout le contraire de son témoignage livré quelques jours auparavant. Sans oublier des allégations quant à une liaison extraconjugale, avec des lettres retrouvées dans son coffre.

Cette thèse a pourtant été « démontée » par la presse, des expertises balistiques et la volonté du juge Lasfargue, qui agit dans le cadre d’une information judiciaire le 10 mars 1983 pour « assassinat ». Hélas, l’enquête n’avance pas et, le 1er juillet 1992, elle aboutit à une ordonnance de non-lieu. Cependant, Bruno Nut, le fils de la victime, ne lâche rien. En février 2008, il demande la levée du « secret défense ». En vain.

Pourtant, il appuie sa requête sur des témoignages révèlant certains aspects sensibles du dossier. Ainsi, le commissaire Bernard Aufan, un proche de Bernard Nut, décrie son inquiétude quelques jours avant sa mort : « Il était sur une mission importante liée au Proche-Orient. Il devait rencontrer quelqu’un de potentiellement dangereux ». Pour se protéger, le Colonel Nut souhaitait une arme, un Derringer à deux coups, qu’il voulait dissimuler sous la colonne de direction de sa 305.

Le colonel Oleg Ionnikoff, lui, affirme que la victime lui avait confié être sur « une grosse affaire qui allait faire du bruit ».

La DGSE, placée face à ses contradictions et aux preuves apportées, reconnaissait officiellement la mort de son agent « en mission ». Laquelle ? Le mystère reste entier…

Il demeure également sur l’identité de son meurtrier et celle d’un éventuel commanditaire. Une piste a toutefois été privilégiée, celle d’un proche. Car le Colonel, au regard de ses faits de service, n’aurait pas pris le risque de donner rendez-vous à un inconnu sur cette aire de stationnement, retirée et isolée.

Plus de 42 ans plus tard, on ne sait toujours pas qui a eu la peau de l’espion…

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