INTERVIEW DU JOUR AVEC HERVE VAN DER MEULEN
À l’affiche du Théâtre National de Nice dès demain pour quatre soirs et une matinée aux Franciscains, voici Gargantua, un spectacle festin où l’on va se régaler de mots gouleyants tout en faisant bombance dans la joie et la bonne humeur de l’œuvre de Rabelais, adaptée à la scène pour l’occasion. On est partis en éclaireur dans les coulisses de la production, création 100% TNN orchestrée par la troupe maison.
Plus de cinquante ans de métier dans les pattes et sur les planches. Autant dire que le bonhomme est chez lui, partout où il y a des feux de la rampe. Transfuge de la capitale, Hervé Van der Meulen a rejoint le TNN en septembre 2024, où il joue à fond la carte du collectif en apportant sa contribution à la partition chorale de l’établissement. Spectacles mais aussi missions pédagogiques et tout plein de gourmandises théâtrales offertes gratuitement par le TNN au public… Depuis son arrivée dans les lieux, Hervé Van der Meulen est de toutes les aventures. De celles qui font palpiter de plus belle un centre dramatique pour que l’endroit remplisse son rôle d’amuseur social et citoyen, dans la lignée d’un théâtre populaire au plus noble sens du terme. On en aura encore la démonstration ces jours-ci, à l’occasion de la nouvelle production du TNN, Gargantua, montée par ses soins avec les autres membres permanents de la troupe, et des invités. Rencontre avec un homme de l’art…

Quelle est la genèse de « votre » Gargantua ?
J’ai une longue histoire avec Rabelais. Après mai 68, Jean-Louis Barrault, légende du théâtre et du cinéma français, avait créé dans une salle de catch un spectacle monstre autour de Gargantua et Pantagruel. Aux côtés de comédiens et musiciens, le Crazy Horse était aussi de la partie et Polnareff avait composé des morceaux. Je n’ai pas vu la création à l’époque, j’étais petit, mais toujours est-il qu’en 2017, j’ai eu envie de remonter un spectacle à partir de l’adaptation de Barrault. La chose a eu du succès ! J’en ai fait une reprise en 2022 dans un format plus réduit, Cabaret Gargantua. Au TNN, ce sera encore un autre Gargantua, inspiré des précédents…
Vous allez faire du sur mesure pour la troupe du TNN ?
Exactement ! Le spectacle a été pensé pour la salle des Franciscains et pour mes camarades de jeu niçois. Comme dans les autres Gargantua que j’ai mis en scène, j’ai eu envie d’un spectacle en fête pour les Fêtes, qu’il soit emporté dans une bourrasque de théâtre et du plaisir de jouer, comme des gosses qui s’amusent. Avec la troupe, on a travaillé dans cet esprit farcesque, extraverti. On est tout le temps tous en scène. Ca va parler, chanter, faire un peu de musique avec un accordéon, une guitare, une trompette, des percussions et un orgue de barbarie. Masques, armures, pourpoints, capes…, on va se changer à vue sur le plateau pour incarner les différents personnages du spectacle, une trentaine au total. Ma costumière Isabelle Pasquier nous a concocté des merveilles à partir des stocks costumes de l’Opéra et du TNN. Elle y a pioché toutes sortes d’étoffes et d’accessoires pour nous créer des habits de scène modulables et surtout très stylés tendance « steampunk » (combiner la mode victorienne avec des touches fashion contemporaines / note de la rédaction) C’est ma première mise en scène à Nice, c’est un rendez-vous important. Alors on met le paquet ! (rires).



Pour vous, quel est le message de ce Gargantua ?
C’est la fête quoi ! Au-delà de ses excès, le personnage transmet une philosophie de la liberté et de l’harmonie, dans le respect et l’acceptation de l’autre. Rabelais a tout de même donné pour devise aux résidents de l’abbaye de Thélème, lieu fictif de son œuvre, « fais ce que tu voudras ». C’était une façon de braver les interdits, de promouvoir un esprit d’insolence, de provocation. Rabelais est un contemporain de la Renaissance, une époque en miroir de la nôtre en quelque sorte. Tout va trop vite, les progrès de l’humanité sont prodigieux mais générateurs de doute aussi. Malgré tout, il garde foi en l’homme…
Gargantua au TNN salle les Franciscains du 16 au 20 décembre/Informations et réservations en ligne

