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mardi 27 octobre 2026

« La mouche a encore beaucoup à nous apprendre ! »

L’interview du lundi avec Océane Tournière

Depuis 2007, est attribué chaque année le Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science, décerné par la Fondation L’Oréal en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO. Ce prix salue à la fois l’excellence au féminin et l’opiniâtreté de celles qui font bouger les lignes d’un monde scientifique largement au masculin. Parmi les 34 lauréates récompensées cette année le 8 octobre dernier à Paris lors d’une soirée en leur honneur, la Niçoise Océane Tournière. Cette fille-là, comme chantait Johnny, elle est terrible, sensass, extra ! Pourquoi ? Parce que pardi !     

Océane Tournière lors de la remise du Prix Jeunes Talents L’Oréal-UNESCO ©Nicolas Gouhier

Les mouches, ce n’est pas tout à fait glamour. Et pourtant elles peuvent vous mener à décrocher un Prix L’Oréal-UNESCO, parce que vous le valez bien. C’est en tout cas ce qui vient d’arriver à Océane Tournière. Scientifique aussi brillante que solaire par tout ce qui rayonne en elle de  naturel et chaleureux, niçoise de surcroît, celle qui sait rendre accessible son savoir en le vulgarisant pour les besoins de cette interview est une chercheuse dont les travaux autour de la biologie génétique se focalisent sur une étude de la mouche. Elle les poursuit avec l’équipe du chercheur Bruno Hudry, au sein de l’Institut de Biologie Valrose, installé sur le site de l’Université du même nom. En quoi la mouche coche-t-elle les cases de la recherche fondamentale et du temps que lui consacre la jeune femme dans ses expérimentations et investigations quotidiennes ? C’est l’intéressée qui en parle le mieux…

Pourquoi la mouche ?

C’est un insecte qui a un cycle de production rapide, entre une semaine et dix jours selon la température. On connait parfaitement les quatre paires de chromosomes dont elle est constituée. Cela nous ouvre un vaste champ d’études pour examiner ses gènes à différents stades de son développement et comprendre lesquels sont vitaux dans le fonctionnement de ses cellules et de ses organes. Chez les humains, les hommes sont porteurs des chromosomes XY et les femmes des chromosomes XX. Idem pour la drosophile, à partir de cette balance moléculaire mâle ou femelle, on va chercher à voir le rôle des chromosomes sexuels dans le fonctionnement de ses organes, dans leurs cellules souches, dans les tissus neuronaux, musculaires. Dans une autre phase menée par d’autres scientifiques, ces recherches pourraient servir pour initier des études dans le domaine du traitement des maladies en fonction du sexe… 

Comment avez-vous reçu l’attribution du Prix Jeunes Talents France L’Oréal-UNESCO, comme une consécration, comme un tremplin pour la suite ?

Oui, c’est double en effet. C’est la première fois que mon travail fait l’objet de cette forme de reconnaissance. Sous l’impulsion de mon chef d’équipe, Bruno Hudry, j’ai postulé pour prendre part à ce programme. Maths, physique, chimie, informatique, biologie, toutes disciplines confondues, nous étions huit cents inscrites et trente-quatre lauréates à l’arrivée pour toute la France. Cela a été un peu un choc, ce prix ! On m’en a informé par téléphone, je n’y ai pas cru tout de suite. Cela procure un sacré boost de confiance et d’ailleurs, sept femmes qui l’ont reçu ont par la suite été des Nobel, ce qui ne veut pas dire que je m’y vois déjà (rires). En dépit du succès, aux yeux de certains, il ne s’agit que de discrimination positive… 

Dans la recherche aussi, les femmes doivent faire leurs preuves bien plus qu’un homme pour s’imposer ?

Je pense que oui hélas. Nous sommes confrontées à des challenges que les hommes ne rencontrent pas forcément. C’est quelque chose de systémique dans la société. Il y a par exemple 80% de femmes en licence et en thèse mais ensuite, les prises de fonction laissent plutôt la voie royale aux hommes. Monter en grade est un chemin semé d’embûches… En France, les chercheuses ne représentent que 29,7% des effectifs de la profession contre 33% en Europe.

Vocation, esprit d’aventure, soif de découverte : comment embrasse-t-on une carrière de chercheuse ?

Ce métier a tellement de facettes, il remplit mes attentes à plus d’un titre ! C’est un métier passion ! J’aime la nature. Enfant j’allais pêcher au cap d’Antibes avec mon père et voilà, j’en suis arrivé là ! Il y a tous les jours du nouveau dans ce travail, les expériences changent. Et puis, il y a tout l’autour, des interventions en milieu scolaire, des conférences dans le monde entier où l’on peut échanger avec ses pairs. C’est très stimulant. J’ai obtenu ma thèse de doctorat en Norvège, à l’Université de Bergen, au terme de cinq ans d’études au sein du Michael Sars Centre en tant qu’embryologiste. Je travaillais sur ce qu’on appelle dans notre jargon des organismes inédits, l’anémone de mer en l’occurrence. 

Nice est-elle une ville où la recherche a sa place ?

Bien sûr, de nombreux instituts existent ici, sur la Côte d’Azur. Et puis Nice est la ville de mes racines, où vit ma famille, j’y suis très attachée. Après la Norvège, j’y suis revenue, il y a maintenant trois ans pour intégrer l’équipe de Bruno Hudry. Et j’aimerais y rester, la mouche a encore beaucoup à nous apprendre ! 

Quels sont les prochains jalons de votre parcours de chercheuse ?

Je vais bientôt postuler pour un concours du CNRS et de l’Inserm. À la clé, un financement pour la poursuite de mes recherches. Rien que dans ma spécialité, entre sept et dix postes pour toute la France pourront bénéficier de cette dynamique. J’ai dix minutes pour convaincre… 

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