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Michel Grisolia, entre ombres et lumières

Journaliste, homme de lettres, parolier, scénariste… Il n’a pas la notoriété d’un Louis Nucéra, Max Gallo ou Raoul Mille et pourtant il est un écrivain niçois à part entière, en ce sens qu’il est né là et que Nice est la toile de fond de nombre de ses romans et nouvelles. Portrait d’un auteur en clair-obscur.

Victime d’un accident vasculaire cérébral en 2005, Michel Grisolia disparaît à l’âge de 56 ans. Comment raconter qui il a été alors qu’il semble avoir toute sa vie cultivé une discrétion feutrée sur son existence et ses amours et qu’on ne dispose que de peu d’éléments biographiques à son propos ? Des études au lycée Masséna suivies par son admission en hypokhâgne pour y laisser libre cours à sa vocation de littéraire dans l’âme. Des indices précoces de sa passion pour le cinéma. Tout cela lui tient lieu en quelque sorte d’éducation sentimentale, de passeport pour sa vie parisienne. Viennent alors nous éclairer les lueurs d’un homme de lettres à son travail et les multiples facettes de ses talents de plume, le voyant s’illustrer dans une carrière qui croisa le succès comme malgré lui. En parcourant son œuvre d’un regard au grand angle, on imagine Grisolia dans une tonalité d’humeur plutôt sombre, comme un négatif photo en contrepoint de la lumière qui a baigné ses premières années au cours de son enfance et son adolescence niçoises. En attestent les titres de ses romans noirs de jais, écrits à l’encre de la baie des Anges, où son inspiration mordante sur les mœurs locales de l’époque fait merveille dans un style aussi narquois que ciselé.

Nice en eaux troubles

Parmi la trentaine d’ouvrages qui traversent sa littérature, on trouve ainsi L’inspecteur de la mer, Barbarie Coast ou encore L’amour noir. Á chaque fois, Nice est autant décor qu’héroïne de ces fictions où la ville flotte en eaux troubles au bord de ténébreuses histoires de crimes, d’argent, de bonne société et de pègre. Pourtant, à rebours de l’image d’un artiste voué aux forces obscures des choses et des êtres, Michel Grisolia a aussi mené bon train une jolie carrière de parolier pour des chansons de Marie-Paule Belle, Régine ou Fabienne Thibault notamment. Sous le signe d’une plus grande légèreté de ton, comme le laisse à penser la chanson Je ne suis pas parisienne, tube en son temps (1976) qu’il écrit pour son amie Marie-Paule Belle avec l’écrivaine Françoise Mallet-Joris. Comme le suggère le surnom qui était le sien, Grigri, se rappelait dans un hommage posthume le critique de films et de livres Jean-Luc Douin.

Deneuve, Belmondo et les autres
© DR

Critique, le Niçois le fut lui aussi, pour le Nouvel Observateur et l’Express (entre autres) où il participait aux pages cinéma de ces périodiques. Il savait de quoi il parlait, ayant été depuis son plus jeune âge un cinéphile assidu dans les salles niçoises de son oncle. Il en gardera un goût pour des intrigues teintées de sa fascination pour le Septième Art, comme s’en fait écho l’un de ses romans au parfum d’autofiction, L’Excelsior. Son inclination pour le grand écran se manifesta du reste « pour de vrai », quand un autre Niçois, le réalisateur Georges Lautner, acheta les droits de son roman L’inspecteur de la mer et lui demanda d’en signer l’adaptation cinématographique. Cela deviendra le film Flic ou Voyou avec Belmondo, qui fera un carton au box-office. Dès lors, la profession va faire appel à lui à plusieurs reprises. Pour Deneuve, à l’initiative du cinéaste et producteur Claude Berri, il participera au scénario de Je vous aime. Nouveau carton. Il retrouve Deneuve aux côtés de Montand et Depardieu, cette fois avec Alain Corneau à la mise en scène pour Le choix des armes. D’autres grands noms du cinéma le sollicitent pour des scénarios de films très différents, Francis Girod pour le Grand Frère avec Depardieu, André Téchiné pour les dialogues de J’embrasse pas, avec Emmanuelle Béart… Il recevra la consécration du métier en 1983 avec un César de la meilleure adaptation pour le film de Pierre Granier-Deferre L’étoile du nord, tiré du roman Le locataire de Georges Simenon et joué par Simone Signoret et Philippe Noiret. Des pages aux bobines, Michel Grisolia, orfèvre des mots et des émotions.  

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