Il s’appelait Emmanuel Costa. Au XIXe siècle, il a peint d’exquises toiles et aquarelles magnifiant Nice et ses environs comme s’il était un voyageur découvrant par ici, ébahi, un petit coin de paradis entre terre et mer.
Jaune citron pour sa ville natale, Menton. Sang bleu azur qui a coulé toute sa vie dans ses veines d’enfant du pays devenu peintre coté à son époque… Sombres, claires, vives, mates : chaque existence a des couleurs pour dire l’héraldique d’un destin. Il en va ainsi pour Emmanuel Costa qui, tout au long de sa féconde carrière artistique, aura été un chantre des rivages qui l’ont vu naître en 1833. Se sentir guidé, inspiré par les couleurs de cette Riviera italienne qui fut celle de ses jeunes années jusqu’au rattachement à la France en 1860 : toute une partie des charmes de son art tient dans l’onde de ce ravissement comme devant un premier matin du monde. Au bout de ses pinceaux, Costa avait cette grâce qui savait rendre avec un frémissement virginal sur la toile les beautés des paysages et des instants. Après son enfance mentonnaise, il arrive vite à Nice avec sa famille. Son père est sculpteur, doreur et peintre. Il ouvre son échoppe rue droite, dès 1845, du moins d’après le peu d’informations biographiques fiables disponibles au sujet du fils. Celui-ci prend son envol, fréquente les écoles d’art en vue de son temps. Nul ne sait avec certitude s’il a suivi les cours de dessin du Collegio Nazionale ou ceux de l’école Barberi, deux établissements niçois d’alors. Il aurait aussi bénéficié de l’enseignement de grands professeurs en vogue, Paul Delaroche aux Beaux-Arts de Paris, Gaetano Ferri à l’Académie Royale de Turin. Quoi qu’il en soit, sa voie est tracée ! Par la renommée d’artiste qui fut la sienne de son vivant, on pourrait presque dire qu’elle fut royale ! Costa jouissait en effet d’une belle notoriété, et pas seulement dans son giron local. La Reine Victoria elle-même, dit-on, l’aurait sollicité pour la suivre à Buckingham Palace et y exercer ses talents en portraitiste pour la cour. Lui aurait refusé l’offre.
Élégance formelle et vision magnifiée
Toutefois, si une chose est certaine, clairement établie, c’est que Costa avait du talent. L’exercice de son art le verra s’illustrer avec brio dans plus d’un registre pictural. Tableau religieux dans plus d’une église de Nice et de l’arrière-pays niçois, fresque décorative pour des riches villas, peintre aquarelliste paysager… La virtuosité de ses pinceaux et fusains n’a cessé de faire des étincelles, mettant en valeur la délicatesse de son trait, dans une inspiration souvent puisée auprès des grands maîtres italiens tels Guardi ou Canaletto. Ceux-ci n’avaient pas leur pareil pour peindre des paysages urbains, les « vedute », avec un luxe de minutie dans la reproduction des rues, façades et personnes représentées à la faveur de saynètes sous le sceau de la plus grande élégance formelle quant à l’exécution de leurs motifs. Le Niçois va ainsi transposer la facture picturale de ces toiles à ses propres créations locales, où l’on retrouve avec bonheur un sens voisin de la composition au service d’une vision magnifiée de la chose peinte. Ce faisant, il donne à son travail la touche d’un styliste raffiné, orfèvre d’une œuvre tout en nuances.
Apollon musagète à l’Opéra de Nice
Pour en avoir une idée en plan grand format, inutile d’aller bien loin. Il suffit d’entrer dans l’un des lieux emblématiques de la vie culturelle niçoise. Et de fait, si au théâtre certains brûlent les planches, à l’Opéra de Nice, Emmanuel Costa, lui, a embrasé le plafond de la salle de spectacle avec sa fresque autour du grand lustre de cristal. Celle-ci représente un vaste ciel mythologique où l’œil a toute latitude pour folâtrer tout son soûl au milieu des créatures mythologiques imagées par l’artiste. Aphrodite (aussi dite Vénus) et Apollon sont là, nec plus ultra du glamour mythologique grec, bien entourés par une marmaille d’angelots aux allures de cupidons ayant troqué leurs flèches d’amour pour des guirlandes de fleurs. Plus sérieusement, Apollon est bien sûr le dieu des arts et de la musique, d’où sa présence en ces lieux. À ce carrousel céleste qui voltige au-dessus des fauteuils de l’Opéra, la patte de Costa semble avoir conféré la consistance gourmande d’un entremets. Pour ainsi dire, l’ouvrage a, de par sa configuration, quelque chose d’une crème renversée. On en mangerait !








