Evêque du diocèse de Nice depuis mai 2022, Monseigneur Jean-Philippe Nault, en ces fêtes de Pentecôte, livre un lumineux message de fraternité, de joie, d’espoir. Il dresse le constat d’une Eglise vers qui les jeunes adultes se tournent de plus en plus.
- En tant qu’Evêque de Nice, que représente la Pentecôte pour vous ?
La Pentecôte est une fête importante qui clôt le temps Pascal. Elle intervient 50 jours après Pâques, 40 jours après l’ascension. C’est le moment où les apôtres sont touchés par l’Esprit Saint, et à travers les apôtres, toute l’Église. Alors, c’est un moment où on se place, comme les apôtres, dans la condition d’accueillir l’Esprit Saint. Dans l’histoire de l’église, c’est une date très importante, aussi parce qu’elle marque le début concret de la grande mission de l’Église. Les apôtres sont regroupés autour de Marie dans une salle sombre, et, secoués par ce qui est arrivé à Jésus, apeurés, ils reçoivent soudain l’Esprit Saint, comme Jésus leur avait annoncé avant de partir, et ils vont se répandre et porter cette lumière quasiment immédiatement, tout autour de la Méditerranée. C’est le début de l’aventure missionnaire de l’église. Certains vont, jusqu’à l’actuelle Syrie, l’Asie mineure, et même jusqu’à Rome… Pour le diocèse de Nice, la Pentecôte est un temps fort durant lequel nous sommes dans cette dynamique missionnaire, dans cette logique d’accueil de l’esprit saint, à travers la célébration de nombreuses confirmations.
- C’est traditionnellement le moment de recevoir le sacrement de la confirmation, qui réaffirme la foi, et invite à la transmettre…
C’est la Pentecôte des jeunes et des moins jeunes. C’est ce que je dis aux confirmands : c’est votre Pentecôte ! Ces confirmations ne peuvent pas toutes avoir lieu le week-end de la Pentecôte, tant elles sont nombreuses. Elles sont célébrées tout au long du mois de mai et une partie du mois de juin. Et la nuit de Pâques pour les catéchumènes, qui reçoivent le baptême, en même temps que la confirmation. En tout cette année, ce sont 300 adultes et 700 jeunes, soit 1000 personnes, qui font leur confirmation sur notre diocèse.
- Vous constatez un regain pour la foi, pour la religion, ces derniers temps ?
On constate effectivement un regain d’intérêt pour la foi particulièrement chez les jeunes, les étudiants, les jeunes adultes. Le nombre de demandes de baptême et de confirmation sont en augmentation. C’est très significatif chez les jeunes, les collégiens, les lycéens, pourtant pas issus de familles traditionnellement pratiquantes. Ce n’est pas propre aux Alpes-Maritimes : c’est très fort dans toute la France, plus que chez nos voisins européens. C’est un phénomène impressionnant. Je m’en réjouis, même si c’est un petit bouleversement interne, un bouleversement positif, parce qu’il faut s’organiser pour pouvoir accueillir et accompagner toutes ces nouvelles personnes, issues de tous les horizons, et dont les motivations sont très diverses. Il faut les accompagner, faire un bout de chemin avec eux, et ce n’est pas toujours le même chemin pour tout le monde… Nous nous devons de les accompagner le mieux possible. Par respect pour eux. Par respect de leur démarche.
- Comment peut-on expliquer cet engouement ?
Certainement par une quête de sens, dans un monde qui ne répond pas forcément à cette demande. J’entends par « sens » la signification globale du mot, sa dimension humaine, spirituelle, complète. On a un afflux de jeunes de 15 à 25 ans à chaque Carême. Un temps fort pour l’Eglise. Des jeunes qui nous disent : « Nous on voudrait connaître mais aussi participer… » Et souvent, ce désir les mène plus loin, au baptême, à la confirmation, ou pour d’autres, au mariage… C’est stimulant, encourageant, réjouissant.
- Aujourd’hui, quelle forme peut prendre l’Esprit Saint ? Comment peut-il, symboliquement, se manifester ?
L’esprit Saint, c’est un amour, c’est l’amour de Dieu. On en voit les effets sur la personne qui est touchée par cet amour… Symbole de l’esprit saint, c’est le vent. Parce qu’on ne le voit pas, mais on voit ses effets sur les feuilles. Cet amour ce n’est pas moi qui le construis, je le reçois. C’est une invitation à être disponible plus qu’à être compétent. Les confirmands, je les invite à être disponibles. À comprendre ce qu’est l’Esprit Saint, à l’accueillir et à le vivre. Car un autre symbole de l’Esprit Saint, c’est le feu. Parce qu’il s’agit d’un amour brûlant. Qui nous brûle de l’intérieur. Il est d’abord dans mon cœur, en moi, mais à travers moi, il est tourné vers les autres. Parce que c’est l’amour de Dieu, qui rejaillit sur les autres : l’amour pour son prochain.
- Qu’est ce que vous souhaitez pour les Azuréens, Chrétiens et non Chrétiens, en cette Pentecôte ?
Je souhaite que nous, et moi le premier, nous laissions toucher par l’Esprit Saint, et puissions ressentir le fruit de celui-ci. Son fruit c’est la joie intérieure, pas tournée vers soi personnellement, mais ouverte aux autres, comme un témoignage. C’est la transmission de la joie de la foi !
- Ce mois-ci, ça fait quatre ans que vous avez pris votre fonction d’Evêque du diocèse de Nice. Qu’est ce que vous retenez de ce territoire, et du chemin que vous avez parcouru dans ce diocèse ?
C’est un territoire riche de sa variété, de son histoire, de ses contrastes, entre côte et montagne, riche de la variété de ses habitants, aussi… Territoire frontière, véritable carrefour, il est façonné par une histoire parfois bouleversée, mais riche de sa diversité. Par ailleurs, j’y ai trouvé une église dynamique, tournée vers la mission plutôt que vers les querelles internes. Une église qui rassemble, qui attire… J’ai eu la chance d’arriver dans une telle période. On essaye malgré nos pauvretés, nos histoires parfois compliquées, de toujours témoigner de la joie de la foi. Toujours avec dynamisme !

