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mercredi 28 octobre 2026

Les Pénitents et Nice, une longue et belle histoire

Depuis plus de sept siècles, les confréries de pénitents font partie de l’histoire de notre ville. Installées à Nice au début du XIVe siècle, les confréries sont des associations réunissant des laïcs dont l’objectif est à la fois de pratiquer le culte catholique, mais également et surtout de mettre en place des actes de charité auprès des plus démunis. Autonomes et indépendantes de l’Eglise, les confréries bénéficient des dons de la population et sont propriétaires de leur chapelle (qui ne sont pas la propriété de l’Etat, contrairement aux bâtiments religieux antérieurs à la loi de 1905). Très actives dans tout le nord du bassin méditerranéen, les confréries de pénitents perdent évidemment de leur influence à la suite de la Révolution française, mais demeurent toujours très actives à Nice. Sous le régime Sarde, pratiquement un habitant sur sept du Comté de Nice était membre d’une confrérie de pénitents.

A Nice, en 2026, il existe toujours quatre confréries, et une quinzaine d’autres sont présentes dans l’ancien Comté, mais par le passé il y a eu sept confréries dans Nice même et pratiquement chaque village du Comté possédait sa propre confrérie. En ces temps déjà lointains où la sécurité sociale n’existait pas, les sociétés de pénitents remplissaient un rôle d’utilité publique essentiel, auprès des plus pauvres, des malades, des mourants, etc.

LES PÉNITENTS BLANCS

La première confrérie à avoir vu le jour dans notre ville est celle des Pénitents blancs, créée en 1306 sous le nom d’Archiconfrérie de la Sainte Croix. La mission qu’elle s’assigne alors est de venir en aide aux déshérités et aux malades et, après avoir tout d’abord utilisé des bâtiments communaux, elle fait construire un hôpital qui ouvre en 1635 et qui, selon un règlement intérieur fixé le 17 mais 1632, oblige les membres de la confrérie à participer directement dans les soins prodigués aux malades. L’établissement hospitalier se situe au 5, rue François Zanin. Le rôle de la confrérie était si important que la famille de Savoie lui avait confié l’organisation de l’action sociale de Nice et du Comté. Deux siècles plus tard, le roi Victor-Emmanuel II acceptera que les pénitents fassent l’acquisition d’un terrain sur la route de Turin pour construire un nouvel hôpital, qui sera géré directement par la confrérie jusqu’en 1973, avant de passer par convention sous gestion du CHU jusqu’en 1996. Détruit ensuite et reconstruit au 38, avenue de la République (la Maison Sainte Croix), le bâtiment a accueilli une crèche et des appartements de coordination thérapeutique (activité cessée en 2023).

Les Pénitents blancs possèdent également leur propre chapelle (comme chaque confrérie) – la chapelle de la Sainte-Croix – qui est située au 1, rue Saint-Joseph. Construite par les Frères Minimes en 1663, elle a en partie été reconstruite en 1765-1767 sous la direction du prestigieux architecte Antoine Spinelli, à qui l’on doit notamment le dessin final de la place Garibaldi. La façade, de type baroque, a vraisemblablement été rajoutée au XIXe siècle, mais l’intérieur reste inchangé depuis 1767. L’édifice, d’une grande simplicité, est rectangulaire, à nef unique, flanquée de quatre chapelles latérales. La décoration utilise largement le thème de la Croix.

Chapelle de la Sainte-Croix

LES PÉNITENTS NOIRS

La confrérie des Pénitents noirs fait son apparition à Nice en 1329, lors de la grande épidémie de choléra. Le rôle de cette confrérie était bien différent puisqu’ils se dédièrent durant longtemps à l’accompagnement des condamnés à mort. Cette mission disparaitra évidemment avec l’abolition de la peine de mort. Les Pénitents noirs avaient également ouvert un mont de piété bien utile, appelé l’Aumône de la Miséricorde. Les monts de piété étaient des organismes de prêt sur gage, destinés à faciliter les prêts d’argent à celles et ceux qui étaient le plus en difficulté. Le terme français vient de la mauvaise traduction de l’italien monte di pietà (« crédit de charité »), monte signifiant « valeur, montant », et pietà, « pitié, charité ». À la suite du rattachement de Nice à la France, le mont de piété devient (le 16 juin 1861) le « Bureau de bienfaisance », avant d’être transformé plus tard en Centre Communal d’Action Sociale de la Ville de Nice (le CCAS). Celui-ci, qui n’est plus géré par les pénitents, à bien évidemment vu ses missions évoluer. En revanche, les Pénitents noirs continuent de remplir de nos jours un rôle auprès des plus démunis, qui est celui de l’aide funéraire. La confrérie aide les familles dans le deuil et peut célébrer des funérailles à l’athénée de Nice.

Les Pénitents noirs possèdent la très belle chapelle de la Miséricorde, sur le cours Saleya. Édifiée entre 1747 et 1170 sur l’emplacement d’anciens entrepôts de sel, sa construction fut confiée à l’architecte turinois Bernardo Antonio Vittone, qui s’inspira de l’architecture baroque piémontaise. À l’intérieur, la nef unique elliptique est bordée de chapelles latérales également elliptiques où triomphent la ligne courbe, les ors et les stucs. Dans la sacristie, on peut admirer deux œuvres magnifiques : une Vierge de Miséricorde de J. Mirhalet et, sur le même thème, une œuvre attribuée au peintre niçois Louis Brea.

Chapelle de la Miséricorde

LES PÉNITENTS BLEUS

La Société du Saint-Sépulcre, ou vénérable archiconfrérie des pénitents bleus, a été fondée à Nice en 1431 par des personnalités de premiers plans comme Jean Grimaldi de Bueil, Sénéchal de Provence. Les Pénitents bleus ont occupé des missions de première importance par le passé, avec par exemple la gestion de l’hôpital Saint-Eloi, avant que les pénitents blancs, dont la vocation était hospitalière, ne reprenne en charge l’établissement. La confrérie s’est également chargée très tôt des soins prodigués aux lépreux et elle gérait l’hôpital Saint-Lazare, dédié à cette terrible maladie. En 1584, les Pénitents bleus créent par privilège ducal l’hospice des pauvres orphelines, destiné à recueillir les filles abandonnées. En 1596, cet hôpital devient un orphelinat pour jeunes filles et sera géré par les pénitents jusqu’au XVIIIe siècle. La confrérie va aussi œuvrer au rachat des Niçois enlevés par les Sarrasins et conduits comme esclaves de l’autre côté de la Méditerranée. De nos jours, ils s’occupent principalement de catéchèse et de diverses missions charitables.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, le siège de la confrérie est installé à la chapelle du Saint-Sépulcre, située sur l’actuelle place Garibaldi. La chapelle a été construite par l’architecte Antoine Spinelli de 1782 à 1784. La façade est de style à la fois néoclassique et baroque tardif pour la partie supérieure et l’intérieur, tandis que le balcon a été rajouté en 1841.

Chapelle du Saint-Sépulcre
Chapelle du Saint-Sépulcre

LES PÉNITENTS ROUGES

Les Pénitents Rouges sont issus de la fusion de trois autres confréries plus anciennes : la confrérie du Saint Nom de Jésus (fondée en 1578), celle du Saint Esprit (fondée en 1585) et enfin celle du Saint Suaire (fondée en 1620). La mission principale des Pénitents rouges fut durant longtemps la prise en charge des orphelins. Ils accueillaient également les pèlerins et, situés à côté de leur chapelle, des bâtiments étaient autrefois dédiés à cette hospitalité. Ces derniers servirent plus tard comme « accueil de nuit » pour la Ville de Nice et abritent aujourd’hui le Centre du Patrimoine. L’histoire des Pénitents rouges est également marquée par la garde qu’ils firent du « Saint Suaire », lorsque le Duc de Savoie, fuyant Chambéry, s’était réfugié à Nice. Le précieux linge est aujourd’hui conservé à Turin. Le rôle des pénitents rouges, de nos jours, consiste à délivrer la messe tridentine en latin et à développer des activités culturelles parallèle à leur activité cultuelle.

Leur chapelle d’origine fut confisquée en 1793 par les armées révolutionnaires françaises puis, vendue au titre des biens nationaux, tomba en ruine et fut détruite. En 1814, lorsque Nice retourne au sein de la Maison de Savoie, la confrérie s’affilie, par lettres du 22 et 30 d’Août 1819, à l’Archiconfrérie Romaine du même nom, pour se dévouer aux pèlerins et aux convalescents. En 1824, la confrérie récupère sa chapelle, qui est reconstruite grâce aux dons du roi Charles-Félix. La nef a été relevée et décorée par le chevalier Paul-Émile Barberi, peintre et architecte, et lui-même pénitent rouge. Cette chapelle de la Très-Sainte-Trinité et du Saint-Suaire de Nice est d’un plan rectangulaire très simple, le maître-autel est décoré du tableau La Sainte Trinité réalisé par Paul-Émile Barberi. Dans son « Almanach » paru en 1830, l’écrivain niçois Joseph-Rosalinde écrit : « Cette chapelle avait été détruite, dans le temps de la Révolution, et l’emplacement avait été destiné à augmenter le palais de Justice ; mais le Gouvernement ayant rendu en 1825 ce local à la confrérie, l’église a été rétablie dans quelques mois sur un meilleur plan par le zèle et le dévouement des confères. »

Chapelle du Saint-Suaire
Chapelle du Saint-Suaire

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