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Le Centre Universitaire Méditerranéen, une passion bien niçoise (3e partie)

LES SCIENCES ET MÉDIAS À L’HONNEUR

En 1949, c’est Emile Henriot qui prend à son tour la tête du CUM. Poète, romancier, essayiste et critique littéraire au “Monde”, cet ancien combattant de la Première Guerre Mondiale, également Président de l’Alliance Française, allait œuvrer afin que le CUM demeure une référence incontournable dans l’univers de la culture française et latine.

Grâce à ses efforts et son désir d’excellence, l’établissement devait creusait plus profondément encore le sillon de sa renommée et apparaitre, trente après sa création, ainsi que le soulignait le journal “Le Monde”, comme : « un foyer intellectuel au rayonnement international ».

Parallèlement, Nice se développait et accompagnait l’essor du tourisme de masse. Ainsi, l’inauguration de l’aérogare (en 1949), constitue bien évidemment une avancée extraordinaire pour l’économie touristique, mais facilite également considérablement le déplacement des conférenciers qui viennent au CUM.

Dans les années cinquante, le CUM se fait l’écho des préoccupations sociétales et tandis que la Guerre froide inaugure une période de glaciations diplomatiques, dans la chaleur feutrée de l’amphithéâtre on réfléchit à la nouvelle physionomie du monde…

La culture n’est pas en reste puisqu’en 1950, on peut écouter Léopold Senghor raconter la poésie africaine et l’Académicien André Maurois, spécialiste des biographies de personnalités, expliquer au public niçois les techniques de ce genre littéraire. L’année suivante, Jacques de Lacretelle sera de retour au CUM où il évoquera l’art du romancier.

La relation privilégiée qu’entretient le Centre Universitaire Méditerranéen avec les milieux littéraires se confirme une nouvelle fois lors de la tenue, du 14 au 20 juin 1952, du 24ème congrès des P.E.N. clubs (Poètes – Essayistes – Nouvellistes romanciers). A l’occasion de cet évènement où quarante nations sont représentées, sont évoquées les innombrables problématiques auxquelles sont confrontés les écrivains du XXème siècle (droits d’auteur, édition, indépendance de l’écrivain, la jeunesse et la littérature).

Tout au long de la décennie, Henri Bosco, René Cassin, Georges Simenon, Vladimir Jankélévitch, Denis de Rougemont, Henri Troyat et tant d’autres font partie des hôtes illustres invités par le CUM.

Les années 1950 se caractérisent également par le développement formidable des médias (avec la révolution que constitue la télévision) et des outils culturels : en 1953, le livre se démocratise avec la naissance des collections « de poche », en 1959 les albums de BD de l’Ecole belge font les beaux jours des libraires et la presse féminine connait son âge d’or (“Marie-Claire”, “Elle”, “Marie-France”…).

Cette diversité des magazines, associée à l’omniprésence de la radio dans les foyers et aux débuts du petit écran pose de nouvelles questions et c’est un champ de réflexion tout neuf sur lequel va se pencher un CUM toujours à la pointe de la modernité. Au mois d’avril 1953, le Centre accueille le traditionnel rendez-vous des rédacteurs en chef, puis le 1er Congrès du cinéma et de la télévision, sous la présidence de l’acteur, réalisateur, scénariste et dialoguiste George Peclet. En 1960, ce sera au tour du 1er  Congrès des journalistes de radio de langue française de faire bouillonner un CUM à la pointe de l’information.

Le CUM ne délaisse pas pour autant le thème des grandes conférences internationales et en 1959, les spectateurs se déplacent en nombre pour entendre Maurice Schumann. L’ancien Secrétaire d’Etat qui fut le porte-parole de la France Libre est à Nice pour évoquer l’Inde et ses entretiens avec Gandhi.

Maurice Schumann

Durant toute cette période des « Trente glorieuses », la parole est donnée à la France qui crée, qui innove. De nombreux entrepreneurs comme le parfumeur Guerlain viennent témoigner de leurs expériences et de leur savoir-faire. C’est aussi le retour de Paul-Emile Victor dans les travées du CUM, lui qui de 1947 à 1976 fut le directeur des Expéditions polaires françaises (150 expéditions menées en Terre Adélie, en Antarctique, au Groenland et en Arctique).

Au cœur des interrogations du CUM, on retrouve encore et toujours « l’antienne » de l’humanisme méditerranéen cher à Paul Valéry, avec notamment l’organisation en 1960 d’un important colloque sur la civilisation méditerranéenne. Au programme : la promotion économique des peuples méditerranéens, l’union et l’ouverture à d’autres civilisations.

Ces années sont aussi marquées par des avancées scientifiques proprement révolutionnaires où l’homme joue à être Dieu : premier test de la bombe H en novembre 1952, premier vol spatial du satellite soviétique Spoutnik en octobre 1957, premier vol spatial habité par un être humain de Youri Gagarine en avril 1961…

La technologie, les sciences, l’environnement et la maitrise des énergies sont autant de champs d’exploration intellectuelle pour le Centre, dont un des principaux objectifs demeure de débattre sur les grandes interrogations propres aux sociétés contemporaines.

Du 8 au 15 janvier 1960, Nice devient même la capitale mondiale des recherches spatiales, lors d’un colloque international où quatre cent savants vont confronter les résultats obtenus dans la conquête du cosmos. Ces travaux « labélisés » CUM sont ensuite adressés aux laboratoires et observatoires du monde entier.

LES ANNÉES 60 ET L’ANCRAGE MÉDITERRANÉEN

En 1961 le mathématicien Paul Montel fut nommé nouvel administrateur du CUM et confirma sa communauté de pensée avec Emile Henriot : « Laisser le libre choix des sujets aux conférenciers, à la double condition de ne pas oublier que nous sommes méditerranéens et de tenir compte des conquêtes de la science et de la technique ».

Il affirmait ainsi sa volonté de maintenir l’établissement sur la même voie que ses prédécesseurs avaient tracée : « ces grands esprits qui surent donner son âme au Centre ».

Les années Montel furent marquées par la double nature du personnage. A la fois scientifique et homme de lettres, les thèmes des conférences qu’il choisit s’avérèrent extrêmement variés : le cinéma, la publicité, le nouveau Roman (avec Michel Butor en 1962), la poésie. En 1967, un invité de marque assistait d’ailleurs au colloque sur Charles Baudelaire. Il s’agissait du Premier Ministre Georges Pompidou, qui était féru de poésie (on lui devra quelques années plus tard une superbe « Anthologie de la poésie française »).

Georges Pompidou (Farabola)

Le traité instituant la Communauté Economique Européenne (CEE), signé à Rome le 25 mars 1957, allait bien entendu influencer la programmation des conférences données au CUM, dans un contexte international toujours troublé (guerre du Vietnam, début de la Bataille d’Alger, instauration de la dictature de Duvalier en Haïti, attentat contre Soekarno en Indonésie, intervention soviétique en Hongrie, etc).

En 1966, l’archiduc Otto de Habsbourg, venu évoquer le délicat dossier des relations entre Européens et Africains, rappela que la Méditerranée n’a « jamais été une frontière mais un lien. »

En 1967 c’est la décade européenne, où chaque personnalité invitée dessine une Europe idéale. La même année, on inaugure au CUM le Centre de Civilisation Contemporaine, dans le cadre duquel sont organisés différents cycles de conférences.

A la fin de l’administration de Paul Montel, l’Académie de Nice était enfin créée et réunissait les Alpes-Maritimes, le Var et la Corse. Son bureau sera provisoirement situé dans les locaux du CUM.

Par décret du 6 juin 1966, le CUM allait être rattaché à l’Université de Nice et alterne alors ses cycles de conférences habituels avec les cours réguliers sur la langue et la civilisation française destinés aux étudiants étrangers. La première soutenance d’une thèse de lettres à Nice eu d’ailleurs lieu au CUM. Il s’agissait de celle du suisse Jean-Bernard Racine, devenu depuis un universitaire de renom qui enseigne la géographie urbaine et économique à l’école des HEC et à l’Université de Lausanne.

Le CUM EN PLEINE EFFERVESCENCE

Pour Jacques de Lacretelle, qui remplaça Paul Montel à partir de 1967, il fallait que « le CUM devint de décembre à avril une manière de grand périodique vivant où seront traités les sujets les plus préoccupants et les plus importants de notre temps ». Et le nouvel administrateur de rajouter : « Le Centre n’est pas une tribune ouverte à tous les vents des débats publics mais un phare tournant grâce auquel Nice projette sa lumière sur le monde, sur les idées, sur les hommes ».  

Partant de cette volonté, les programmes délivrés au CUM laissaient une large place à des personnalités économiques, politiques ou culturelles…en phase avec leur temps.

Les années soixante se terminèrent en France, comme partout dans le monde, dans la confusion et l’angoisse de l’avenir. Alors que les évènements de mai 1968 étaient encore dans tous les esprits, la Vème République vivait l’électrochoc de la démission de Charles de Gaulle en 1969, Alain Poher, le président du Sénat, assurait l’intérim de la fonction présidentielle et le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas présentait son projet de « Nouvelle Société ».

Malgré les crises pétrolières, les années soixante-dix seront plus « légères ». Ce sera l’époque de la culture médiatisée, avec l’apparition des grandes émissions de télévision comme Apostrophe ou Le Grand échiquier qui allaient offrir au téléspectateur l’opportunité « d’inviter » dans son salon les écrivains français et étrangers, ainsi que les compositeurs ou interprètes de la chanson française, du jazz ou de la musique classique.

Le CUM bénéficia de cet engouement pour la culture porté par la vague des nouveaux moyens d’information. La curiosité du  public niçois était aiguisée et celui-ci manifestait une envie grandissante de rencontrer des personnalités médiatisés « vues à la TV » ou « entendues à la radio ». Tout au long des années soixante-dix les esprits les plus vifs de leur temps allaient défiler à Nice : Boutros Boutros-Ghali, Maurice Druon, Jean-Louis Barrault, Jacques Lacan, Jean Piaget, Jean d’Ormesson, Romain Gary, Pascal Lainé, René Clair, Eugène Ionesco, Han Suyin, Jacques Attali…

Jacques Lacan (La Stampa – 1969)

DE 1984 À 1995 : DIVERSITÉ ET RÉALITÉ

Durant les années quatre-vingt, le CUM va être géré par une association.

Les thèmes abordés sont désormais solidement ancrés dans la réalité.

Il s’agit d’amplifier le rayonnement culturel de Nice et de lutter contre le centralisme et l’idée reçue que tout se passe à Paris… A Nice pas de badigeon de culture, on veut toucher à tous les domaines mais à condition de s’entourer des meilleurs, on veut aussi créer des connexions entre penseurs, décideurs et hommes de terrain.

Le programme de ces années témoigne d’une solide volonté de bousculer les Niçois, de leur permettre de s’informer sur tous les thèmes qui occupent leur quotidien.

Rien n’est laissé de côté et la nouvelle politique du site était que tout sujet mérite un éclairage de qualité : les ovnis, le tango, l’Europe, l’environnement, la corrida, l’Histoire, etc.

Le CUM invite alors Françoise Mallet-Joris, Hélène Carrère d’Encausse, Françoise Dolto, René Barjavel, Bernard Henry Levy, Alain Madelin, le Prince Sadruddin, Aga Khan, Arthur Conte, Louis Nucéra, Henry de Lumley ou Yves Coppens, sans oublier Léopold Senghor … de retour à Nice à l’occasion du IXème Salon du Livre et à qui fut remit l‘Aigle de la ville de Nice.

Léopold Senghor fait citoyen d’honneur de Nice par le Maire, Jacques Médecin)
Louis Nucéra

C’est aussi la période des grands rendez-vous de prestige. A l’occasion du millénaire russe, les personnalités les plus éminentes firent le déplacement au CUM : le Grand Duc de Russie, le Prince et la Princesse Paul Mourousy, le Prince Constantin Andronikof, etc.

L’écrivain russe Vladimir Volkoff, qui donna une conférence lors de cette célébration, fut tellement charmé par l’établissement et ravi de l’accueil qu’il intègrera le CUM dans son roman suivant « Le Berkeley à cinq heures » (éditions de Fallois – l’Age d’Homme – 1993 – pages 206 et 207) : « La ville de Nice avait organisé à ce propos diverses festivités présidées par le Grand-Duc de Russie qui avait eu la bonté de m’emmener dans ses bagages. Par la même occasion, j’avais été invité à faire une causerie au CUM… ».

Autres temps forts de ces années, le Colloque sur le mécénat capétien (1987), animé par Michel Déon et René-Jean Dupuy, sous la caution royale de la Princesse Bourbon Lobkowiez et du Prince Sixte de Bourbon de Parme, au cours duquel historiens, juristes, archéologues, conservateurs de musée et universitaires dissertèrent sur le mécénat et la politique culturelle menés par les rois de France.

Le Comité de Patronage qui présidait aux destinées du Carrefour fut à l’image de cette philosophie de l’excellence Un grand nombre de ses membres appartenait à l’Académie Française ou à l’élite intellectuelle : Arnaud de Borchegrave, Jean Carzou (membre de l’Institut), le Professeur Colette, Michel Déon de l’Académie Française, Jean Dieudonné de l’Académie des Sciences, Michel Droit de l’Académie Française, René-Jean Freund (de l’Université de Strasbourg), le Professeur Pierre Gripari, Maître Louis Guitard, Maurice Herzog, Jean Lartéguy, Jean Raspail, Jean d’Ormesson de l’Académie Française, Dusan Sidjanski (Professeur à l’Université de Genève), Jacques Toja (ancien administrateur de la Comédie française), Pierre Yves Trémois (de l’Institut), etc.

A partir de 1995, le CUM va être de nouveau géré par la mairie…et une nouvelle ère démarre. Mais ceci est une autre histoire…

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