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Affaire Véran-Raspini : assassinés pour un magot introuvable

Série : Les grands faits-divers niçois 8/10

Chaque vendredi pendant 10 semaines, Nice24.fr vous propose de revenir sur 10 grands faits-divers niçois. Aujourd’hui, l’affaire « Véran-Raspini ».

Christophe Hondelatte a fait entrer trois accusés dans le box de sa célèbre émission. Trois Pieds Nickelés de la cambriole, qui auraient pu prêter à sourire si l’issue de l’affaire pour laquelle ils ont été incarcérés n’était aussi horrible.

Car, pour l’argent et simplement pour l’argent, Philippe Dubois et ses deux amis Laurent Gauvin et son père Patrick Gauvin ont tué et enterré vivante Francine Véran-Raspini, le 10 mars 2002, après avoir exécuté son fils Marc. Ils n’ont même pas déposé un œillet sur sa « tombe », fleur qui a fait la fortune de son père horticulteur dont Francine a hérité.

C’est de cette manière que Francine a acquis sa grande maison à Nice au pied de la colline de Gairaut dans laquelle elle demeure, aux côtés de son fils Marc, installé dans un mobil-home, jugé intelligent mais souffrant de troubles psychiatriques.

Mais, Francine possède également des appartements dans le centre-ville et le vaste terrain de plus de quatre hectares sur la colline derrière sa maison. Elle en loue les parcelles et encaisse les loyers, majoritairement en liquide et estimés à un peu plus de 10 000 euros. Jugée pingre, elle n’a pas digéré un redressement fiscal après d’importants dépôts en liquide sur son compte bancaire. Francine a alors trouvé la solution : elle ne dépose plus d’argent liquide sur son compte. Mais alors, où sont cachées ses économies ?  C’est justement la réponse que veulent obtenir Philippe Dubois, Laurent et Patrick Gauvin.

Enterrée vivante aux côtés de son fils

Tous sont défavorablement connus de la justice.

Patrick Gauvin, gardien d’immeuble pour l’OPAM (Office public des Alpes-Maritimes), alcoolique notoire, a agressé un professeur de collège, qui avait osé renvoyer son fils pour son comportement.

Laurent Gauvin, bénéficiaire du RMI, alcoolique, a été l’objet d’une plainte pour des menaces de mort contre son ancienne compagne. Il a également été condamné pour vol aggravé, tentative de vol aggravé et détention d’arme.

Philippe Dubois, ami de jeunesse de Laurent, réfractaire à l’autorité et la discipline, est décrit comme manipulateur, agressif et violent. Condamné pour vol, coups et blessures volontaires, violences, menaces, menaces de mort sur son père, usage et trafic d’héroïne et proxénétisme, il a loué une parcelle de terrain sur la colline sous une fausse identité : Philippe Leblanc.

Avant de se rendre sur les lieux de l’assassinat, les trois hommes préméditent leurs actes.

Un mois plus tôt, Patrick Gauvin achète des cagoules et des tenues de sécurité noires de type bomber, dans un magasin… situé en face de la caserne Auvare.

Dans un bois en bordure de l’avenue Sainte-Marguerite, Philippe Dubois, Laurent et Patrick Gauvin creusent une profonde fosse pour y enterrer Francine et Marc.

Avant de s’introduire, le funeste 10 mars 2002, dans le mobile home de Marc Véran.

Ligoté à une chaise, ce dernier ne peut que constater les faits : Philippe Dubois dérobe son ordinateur portable et sa sacoche d’emballage. Le malheureux est ensuite torturé, plongé dans la baignoire et étranglé. Son corps est ensuite déposé, enveloppé dans un drap, dans le coffre de sa voiture.

Ils pénètrent ensuite dans la maison. Réveillent Francine, la ligotent elle aussi et la bâillonnent. Ils s’emparent de son sac à main, son chéquier. Frappée, torturée, elle résiste et refuse de dévoiler le lieu où se trouve cache son magot. Une taie d’oreiller sur la tête, transportée elle aussi dans la voiture de son fils, les trois assassins jettent le corps de Marc sur sa mère toujours vivante, tête-bêche, et les enterrent dans la fosse.

Collaboration avec Nice-Matin

Cinq jours plus tard, alors que le chat de Francine ne cesse de miauler, les pompiers sont alertés par le voisinage. Ils ne trouvent rien d’anormal, mais  Lazare Lorenzi, un cousin habitant Nice, signale la disparition à la police qui effectue une recherche dans l’intérêt des familles, qui ne donne aucun résultat.

Le 25 mars 2002, la voiture des Raspini est signalée dans le parking de l’Arénas, portières non verrouillées, la clé est dans la boîte à gants. Une perquisition s’ensuit. Dans la maison, ils pensent à un départ précipité. Mais, dans le mobil-homme, ils découvrent un mégot avec l’ADN de Philippe Dubois. Les enquêteurs trouvent le carton vide d’emballage d’ordinateur portable, mais pas l’ordinateur.

Le 5 avril 2002, la BNP signale aux policiers que deux chèques, l’un de 17 503,51 euros daté du 9 mars 2002 et l’autre de 11 051,83 euros daté du 7 mars 2002, ont été encaissés par Laurent et Patrick Gauvin, la signature n’étant pas celle de Francine…

Les trois compères sont placés sur écoute téléphonique. Mais n’évoquent jamais l’affaire.

Alors, les policiers ont une idée. En collaboration avec Nice-Matin, la disparition des Véran-Raspini est à la Une du quotidien le 13 avril 2002. Patrick Gauvin téléphone à son fils pour l’avertir. Aussitôt, Laurent Gauvin appelle Philippe Dubois pour lui dire de lire le journal. Peu après, Dubois rappelle Laurent Gauvin pour lui fixer rendez-vous.

Le 18 avril 2002, Laurent et Patrick Gauvin sont arrêtés. Philippe Dubois, localisé grâce à son téléphone portable, est interpellé dans une station-service. Ils sont placés en garde à vue.

Commence alors un long travail d’investigation.

Malgré tout, ils sont mis en examen pour enlèvement et séquestration et incarcérés à la prison de Nice.

En prison, Laurent Gauvin rédige une longue lettre d’aveux dans laquelle il tente de blanchir Philippe Dubois et son père, impliquant un troisième homme, sans donner son identité. Mais les policiers découvrent que Laurent Gauvin a écrit cette lettre en recopiant un brouillon rédigé par Philippe Dubois, qui apparaît comme le véritable cerveau de l’affaire.

Le 6 mars 2003, Laurent Gauvin se décide enfin à conduire les policiers là où sont enterrés les corps. Et le 19 juin 2006, s’ouvre le procès pénal de Philippe Dubois, Laurent et Patrick Gauvin près la cour d’assises des Alpes-Maritimes. Quatre jours après, ils sont condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité mais font appel de cette décision.

Le 17 mars 2008, en appel, Philippe Dubois et Laurent Gauvin sont condamnés à 28 ans de réclusion criminelle, Patrick Gauvin à 25 ans de prison.

L’évasion de Philippe Dubois

On pensait l’affaire close. Jusqu’au lundi 13 mars 2023 lorsque Philippe Dubois a de nouveau fait parler de lui. Incarcéré dans la prison semi-ouverte de Mauzac-et-Grand-Castang, en Dordogne, il s’évade en quittant l’établissement à pied lors de la pause méridienne.

Philippe Dubois, reconnu par des témoins, est finalement arrêté deux jours plus tard, à Nice, à proximité du domicile de son père…

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