Franck Goldnadel, est président du directoire de la Société des aéroports de la Côte d’Azur (Saca), qui comprend l’Aéroport Nice Côte d’Azur, ainsi que ceux de “Cannes-Mandelieu”, et “Golfe de Saint-Tropez”. Rencontre, quelques semaines après l’inauguration de l’extension du terminal 2, avec le « patron » du 2e aéroport de France après ceux de Paris, et petit point sur l’année en cours.
- L’extension du terminal 2, appelée « 2.3 », a été inaugurée récemment. Quelles sont ses caractéristiques et que permet-elle ?
Cette extension du Terminal 2 est composée d’une nouvelle zone d’enregistrement bagages, d’une nouvelle zone de commerces et de restauration, et d’une jetée d’embarquement avec 6 postes de stationnement pour les avions, au contact direct du bâtiment. En avril mai, on a eu une montée en puissance continue qui nous a permis de tester les process, les parcours clients, et d’avoir de premiers retours. À part le fait qu’il faille marcher un peu plus qu’avant, rançon d’un aéroport qui grandit, qui s’étend, pour une meilleure qualité d’accueil, les retours sont positifs. Cette extension a été réalisée pour anticiper le trafic des années à venir. Elle n’est donc pas complètement utilisée du jour au lendemain, ce n’est pas tout de suite tout rempli ! La capacité d’accueil théorique de l’aéroport était de 14 millions de passagers par an. Cette capacité est désormais de 18 millions de passagers par an, grâce à cette extension, soit 4 millions de plus de capacité théorique. L’an dernier, nous étions à 15,23 millions de passagers sur l’année, avec des journées l’été dernier à 65 000 voyageurs. Les étés 2024 et 2025 ont été les plus compliqués, car la capacité théorique de l’aéroport, sans cette extension, était dépassée. Nous avons désormais une nouvelle frontière, plus qualitative, avec cette darse, qui plus est avec vue mer.
- Quelles tendances se dégagent de l’année en cours, en termes de fréquentation ?
Il y a plusieurs éléments. Il y a eu une perte d’attractivité liée à la guerre en Iran. Car le conflit a eu un pour impact l’arrêt de certaines lignes, notamment celles pour Dubaï et Doha. Ça a été temporaire. Et la reprise du programme est intervenue dix jours après. Aujourd’hui nous sommes revenus à une fréquence normale d’un vol quotidien vers ces destinations. Deuxième élément, ce conflit a pesé sur les prix du carburant. Avec une hausse du prix des billets. Mais à chaque fois les Azuréens sont restés au rendez-vous et les étrangers sont de nouveau là aussi. Avec peut-être une perspective de baisse de prix des billets si le conflit en Iran trouve une issue. Nous avons eu des mois de mai et juin bien fournis. On a eu en particulier un très bon mois de mai avec le festival de Cannes et le Grand prix de Monaco, qui, cette année étaient déconnectés l’un de l’autre. Donc c’était très bien, parce qu’on a eu plus d’espace, plus de temps, c’était plus étalé, décomposé en 2 week-end, et le monde était au rendez-vous. Beaucoup de touristes étrangers sont venus pour ces événements. Le mois de juin aussi est bon avec des événements comme le Cannes Lions, dans la cité des festivals mais aussi l’Iron Man à Nice. Des manifestations qui continuent d’attirer beaucoup de visiteurs. Mais nous avons aussi beaucoup d’Azuréens qui voyagent puisqu’ils représentent 40 % du trafic.
- Quelles perspectives et quelles nouveautés pour cet été ?
Cet été, on a une dizaine de nouvelles destinations. On a encore plus de vols pour et depuis les USA, avec Boston en direct dès cet été avec Delta Airlines. S’ajoutent Bratislava, Funchal, Cork, Séville, Gdansk, Billund, Newcastle, Hanovre, et Cagliari. Au total, les Azuréens bénéficieront donc de 140 destinations depuis Nice, cet été. Quant à la fréquentation, c’est plutôt de bon augure pour cet été, nous sommes sur un territoire qui continue d’être attractif.
- Vous vous efforcez aussi d’avoir une activité qui s’étale sur l’hiver…
L’hiver prochain, l’activité dépendra aussi de la durée du conflit en Iran. Ce qui est sûr en tout cas, c’est qu’avec l’Office de tourisme métropolitain, nous travaillons à l’annualisation du trafic. On ne cherche pas à attirer forcément les gens sur la Côte d’Azur l’été. En revanche, nous travaillons pour promouvoir la Côte d’Azur sur des saisons plus basses, pour étaler le trafic.
- L’aéroport, parfois pointé du doigt pour son impact sur l’environnement, a une politique de décarbonation forte, avec un cap fixé à 2030…
Nous avons pris l’engagement d’être neutre carbone en 2030 pour nos propres émissions. Ce qu’on appelle Scope 1 et Scope 2, les émissions directes et indirectes liée à l’activité d’exploitation de la Société des aéroports de la Côte d’Azur. Nous avons déjà réduit ces émissions de 95 % depuis 2011. Donc nous sommes sur la bonne voie et nous tiendrons cet engagement pour 2030. Nous avons un plan d’action, nous savons, ce qui nous reste à faire.
- Ces 5 % restants, comment en venir à bout ?
Il y a encore quelques véhicules qui ne peuvent pas être 100 % électriques. Je donne souvent l’exemple des camions de pompiers. Pour plusieurs raisons, ils ne peuvent pas aujourd’hui être certifiés 100 % électriques. Peut-être que d’ici là, il y aura des progrès. Et il y a déjà des carburants moins émissifs, qui ne sont pas issus du pétrole, que nous utilisons. Par ailleurs pour réduire notre impact environnemental, nous avons par exemple signé un accord tripartite avec l’ONF et la Mairie de Carros. Nous prenons en charge la plantation et l’entretien d’arbres sur des versants de collines. Pour créer un véritable puits de carbone à proximité de l’aéroport. C’est un moyen de compenser indirectement mais localement le reste d’émissions de CO2 incompressibles que nous générons tant que les technologies ne nous permettent pas de le faire directement…
- Il y aussi les émissions de CO2 émises par les avions, etc. Comment les réduire ?
Oui, il y a ce qu’on appelle le Scope 3 : les émissions générées par les parties prenantes, comme les compagnies aériennes, les passagers, les transports en commun, etc. Nous avons pris l’engagement de réduire ce Scope 3 malgré l’augmentation de trafic. Et ce grâce à des actions concertées, un travail avec les sociétés qui œuvrent côté pistes, qui chargent et déchargent les avions, les tractent, pour qu’ils changent leurs véhicules thermiques en 100 % électrique. Nous travaillons aussi avec les compagnies aériennes pour que, sur les postes de stationnement au large, c’est-à-dire lorsqu’ils ne sont pas au contact direct des bâtiments, les avions n’utilisent pas leurs petits moteurs de queue. Et se branchent sur des prises électriques que nous avons créées et que nous mettons à leur disposition. Et puis nous avons un tram ultra performant entre le port et l’aéroport, qui dessert le centre-ville, mais aussi une gare SNCF de Saint-Augustin qui s’est rapprochée de l’aéroport et le place à un arrêt de tram. Beaucoup de voyageurs mais aussi de salariés empruntent désormais ces transports. Ce report modal réduit le nombre de voitures. Et donc les émissions de CO2.
- Et avec les compagnies aériennes, y a-t-il un travail pour l’utilisation d’avions plus propres ?
Concernant les compagnies aériennes, il se trouve qu’elles ont avec l’aéroport un intérêt commun à utiliser des avions moins polluants. Ils sont plus économes en carburant, sont remplis plus efficacement et sont moins coûteux au siège transporté. Notre premier client, EasyJet, a d’ailleurs une flotte parmi les plus modernes d’Europe. Avec des avions dernière génération. Par exemple, l’’A320 Neo a un coût de 10 à 15 % de moins au siège que l’A320 ! Donc peu à peu, les flottes se modernisent et deviennent plus « propres ».
- Pour vous, quel est le rôle d’un aéroport comme celui de Nice ?
Sa vocation, c’est de servir son territoire et ses habitants ! En tant que porte d’entrée de notre territoire, nous devons être irréprochables, en termes de service, en tant que lieu de passage, de transit, mais aussi de vie. Et en tant qu’acteur économique, nous devons œuvrer pour le développement de notre territoire, et pour la préservation de sa qualité de vie.

