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De l’Empire à la République…Nice dans la tourmente

Les 8, 9 et 10 février 1871, la ville de Nice est agitée par la fièvre de changements qui touche toute la France, peu de temps après la chute du Second Empire et la proclamation de la République. Ces trois journées d’instabilité et de contestations sont dues aux résultats des élections législatives, à l’arrestation de quelques notables et à l’interdiction de paraître du journal en langue italienne Il Diritto.

Et la République fut…

A Nice, qui n’est française que depuis 11 ans, on constate lors du changement de régime la montée en puissance d’un courant séparatiste pro-italien, qui conteste les modalités du rattachement à la France de 1860. La guerre contre la Prusse et la défaite française ont fortement alimenté la défiance d’une partie des Niçois envers la patrie des Lumières et, d’après un rapport de l’avocat général d’Aix-en-Provence, le conflit a conduit à un « développement inquiétant des tendances hostiles » à la France. Lorsque la République est proclamée, le 4 septembre 1870, le climat est tendu dans notre ville et lors du conseil municipal une centaine d’individus pénètre dans la salle du conseil en réclamant « l’adoption de mesures énergiques pour le maintien de l’ordre dans la ville ». A la tête de cette petite troupe, on trouve Auguste Raynaud, conseiller général de Nice-Est, élu grâce à l’appui des républicains et qui cherche à prendre le contrôle des institutions municipales afin d’empêcher un possible retour à L’Italie monarchiste.

Pendant ce temps, le parti séparatiste se structure et le procureur de la République évoque la « naissance d’un complot », au mois de novembre 1870. Au même moment est lancé le quotidien en langue italienne Il Diritto di Nizza qui, toujours selon le procureur de la République, « n’a cessé d’attaquer les autorités françaises et de revendiquer Nice pour l’Italie ». Le journal accuse le plébiscite de 1860 d’avoir été truqué et demande que le rattachement à la France fasse de nouveau l’objet d’un vote. La presse en langue française, tout au contraire, dénonce la volonté sécessioniste des pro-italiens et le Journal de Nice pointe du doigt ceux qu’il considère n’être qu’une bande d’agitateurs.

Dans un contexte où les Niçois se déchirent et tandis que la municipalité défend bec et ongle la République, les élections législatives du 8 février 1871 vont mettre le feu aux poudres.

Nice dans la tempête du changement

A Nice comme partout ailleurs en France, les élections législatives sont organisées dans la précipitation, afin de donner une majorité au nouveau régime. Les journaux locaux, selon qu’ils soient pro-français ou pro-italiens soutiennent des candidats différents et un seul homme est plébiscité par l’ensemble de la presse, c’est le républicain Giuseppe Garibaldi. Les candidats du journal Il Diritto et du Comité niçois vont remporter un succès considérable, tout en se déclarant partisans de la paix et de la République, alors que les autorités administratives les présentent comme « séparatistes » …ce qui prouve la grande confusion qui règne un peu partout. Au lendemain des élections, le journal « Le Phare » annonce que « l’opinion niçoise séparatiste » a rassemblé 54 742 voix, tandis que les « suffrages français de toutes opinions » récoltent 55 259 votes. Une seule certitude, les candidats élus sont majoritairement favorables à la paix. Les Niçois, comme dans le reste du pays, sont las de la guerre…

Le soir de la proclamation des résultats, l’agitation débute avec une première manifestation appréhendée de manière différente selon le côté de l’échiquier où l’on se situe. Pour l’avocat général d’Aix, une « foule tumultueuse parcourut les rues de Nice et se rendit sous les fenêtres du consul général d’Italie aux cris de Vive Nice, Vive l’Italie ». Le secrétaire général de la préfecture note pour sa part que la foule a crié « Vive l’Italie ! À bas la France ! Mort aux Français !». Le son de cloche est différent si l’on en croit Jean-Baptiste Toselli (futur conseiller municipal de la mandature Auguste Raynaud), puisqu’il décrit qu’une « foule immense, folle de joie et chantant des hymnes italiens, partit de l’hôtel de ville en criant Vive Nice ! Vive Nice ! ». Si tous les témoignages s’accordent sur un évènement favorable à l’Italie, certains y voient une manifestation tantôt joyeuse, tantôt hostile.

Il faut cependant attendre le 9 février pour que l’on puisse véritablement parler de « troubles ». C’est le préfet qui, en proclamant un arrêté visant à interdire Il Diritto, enflamme la population. Le haut-fonctionnaire accuse le journal d’agiter la ville et d’avoir provoqué les « attroupements tumultueux (qui) ont poussé des cris insultants pour la France ». L’avocat général est également persuadé qu’il existe un complot destiné à « exciter la guerre civile en armant les citoyens les uns contre les autres ».  La tentative de perquisition menée dans les locaux du journal déclenche la colère des manifestants et les magistrats désignés pour appliquer celle-ci sont pris à partie par la foule. Le préfet dépêche aussitôt des marins qui se trouvaient à la préfecture, lesquels sont pris pour cible par des jets de projectiles. Des soldats, envoyés en renfort, sont également agressés aux cris de « À bas la France, Vive l’Italie ! ». C’est l’arrivée d’une troupe de gendarmes à cheval qui va réussir à disperser les manifestants et à rétablir le calme. Un calme qui n’est que momentané puisqu’en fin d’après-midi les manifestants se regroupent devant la préfecture, lancent des pierres sur les vitres et tentent de pénétrer dans ses locaux. Désireux de calmer la foule, le secrétaire général de la préfecture vient à la rencontre des manifestants, ceint de son écharpe, et leur demande de se disperser. Peine perdue, il est accueilli par des « Vive Garibaldi ! Vive l’Italie ! À bas les Fayos », ce terme étant un surnom injurieux donné aux Français. Une soixantaine d’émeutiers, encerclée par la troupe, tente de s’échapper en frappant les soldats présents à coup de poing et de de casse-tête. Le secrétaire général donne alors l’ordre de faire évacuer les terrasses du cours Saleya, où se sont réfugiés les insurgés et d’où ils attaquent les militaires en jetant des pierres. Ce n’est que dans la nuit que le calme revient enfin.

Le 10 février au matin, le préfet fait appréhender un « certain nombre d’individus qu’il considérait comme les meneurs » et, quelques heures plus tard, une nouvelle manifestation réunit entre 200 et 300 personnes sur le cours Saleya.  Le député Louis Piccon est auprès des manifestants et encourage ceux-ci à crier « Vive l’Italie ». Une fois de plus, c’est l’intervention de la gendarmerie qui disperse les émeutiers et, dans la foulée, le secrétaire général de la préfecture fait interdire la circulation sur le cours.

Dans la soirée, l’agitation continue avec des jets de pierres sur les soldats postés dans la vieille-ville et à 22 heures, alors que le secrétaire général se déplace dans les rues « signalées comme particulièrement hostiles », accompagné d’un peloton de sergents de ville, il est la cible de coups de feu, qui manquent leur cible. Les troubles se poursuivent tard dans la nuit et le lendemain, le samedi matin, le préfet prend des mesures fermes pour rétablir l’ordre.

Dans les jours qui suivent, l’administration réagit par plusieurs arrestations dont les auteurs sont, d’après le préfet, des « étrangers appelés ou envoyés ici par les comités qui complotent à Turin, à Coni, à Gênes, comme à Nice ». Plusieurs notables locaux sont également arrêtés, comme les banquiers Brès et Trabaud ou l’agent d’affaires Truchi. D’autres sont en fuite, comme le futur maire de Nice Alfred Borriglione. Les interpellés seront finalement relaxés, l’administration n’ayant pas réussi à prouver l’existence d’un complot anti-français. L’avocat général d’Aix critiquera sévèrement la population niçoise, estimant que : « de même qu’en 1860 elle avait trouvé avantageux de se séparer de l’Italie, au moment où celle-ci avait à liquider toutes les charges de la guerre d’indépendance, et de se réunir à la France, disposée à dépenser beaucoup en faveur d’une nouvelle province, de même elle trouvait commode de se séparer de la France, au moment où allaient se réaliser toutes les conséquences d’une guerre désastreuse ».

Au contraire, dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale le 11 mars, Louis Piccon rejettera toute volonté séparatiste des Niçois, tout en admettant l’existence de « sympathies pour la maison de Savoie ».

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