Nous sommes le 31 août 1941 et 50 000 membres de la Légion Française des Combattants sont rassemblés sur la place Masséna pour prêter serment. A leur tête dans les Alpes-Maritimes, le futur chef de la Milice, un certain Joseph Darnand.
La Légion Française des Combattants (LFC) est une organisation mise en place par le régime de Vichy et qui a pour objectif de regrouper tous les anciens combattants, afin de « régénérer la Nation, par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918 ». Au sein de cette organisation, Darnand va créer le SOL (Service d’ordre légionnaire), qui va peu à peu se radicaliser et poser les bases de la future Milice.
La veille du serment, à l’occasion du premier anniversaire de la Légion, cinq rassemblements sont organisés à Nice, Lantosque, Puget-Théniers, Saint-Martin-Vésubie et Sospel, tandis que la flamme de l’Arc de Triomphe arrive dans notre département par le col de la Cayolle. Le 31 août, la prestation du serment est précédée par l’écoute attentive du discours du Maréchal Pétain, radiodiffusé pour l’occasion. Après la remise de fanions à diverses sections, les 50 000 légionnaires remontent l’avenue de la Victoire (future avenue Jean Médecin) …

Cette manifestation de force n’a pas été la première dans notre ville, puisque dès le mois de mai 1941 (le 11 exactement), 30 000 légionnaires assistaient à une célébration en l’honneur de Jeanne d’Arc et défilaient sur la promenade des Anglais, jusqu’au monument aux morts. Quelques mois plus tard, le 9 octobre, les légionnaires de 58 communes se réuniront une fois de plus sur la place Masséna, à l’occasion de la visite à Nice de l’amiral Darlan, le chef du gouvernement Vichyste.
Nice et Joseph Darnand
C’est dans notre région que l’un des plus illustres collaborateurs de la Seconde Guerre Mondiale va s’illustrer. Né à Coligny (Ain) en 1897 et ancien héros de 14-18, Darnand fonde une société de déménagement à Nice après-guerre. Antisémite et antidémocrate, il milite d’abord au sein de l’Action française de Charles Maurras, puis au sein des Croix-de-Feu et enfin au Parti Populaire Français (PPF) fondé par Jacques Doriot (ancien député communiste). Dans les années 1930 à Nice, au sein de la Cagoule, il participe à plusieurs complots terroristes et expédie des armes vers l’Espagne alors en pleine guerre civile. En 1940, il s’engage dans les chasseurs alpins et se bat avec héroïsme contre les forces allemandes. A l’issue de l’Armistice, il se rallie à Pétain, pour lequel il voue une profonde admiration. A l’automne 1940, il va prendre la tête de la LFC dans les Alpes-Maritimes avant de fonder, en 1941, le Service d’ordre légionnaire (SOL). Le 30 janvier 1943, le SOL se transforme en Milice, qui devient un véritable mouvement supplétif de la Gestapo, dont Pierre Laval lui confie le secrétariat général. Quelques mois plus tard, il est nommé Obersturmführer de la Waffen-SS et prête serment de fidélité personnelle à Hitler. En 1945, il est arrêté par les Alliés et est jugé par la Haute cour de justice. Il est finalement fusillé au fort de Châtillon le 10 octobre 1945.


