
Série : Les grands faits-divers niçois 10/10
Chaque vendredi pendant 10 semaines, Nice24.fr vous propose de revenir sur 10 grands faits-divers niçois. Aujourd’hui, l’affaire « Jacqueline Veyrac ».
Cette affaire aurait pu inspirer Michel Deville pour l’écriture et la réalisation de son film « Le Paltoquet ». Le casting de personnages hétéroclites sur le banc des accusés de l’affaire Veyrac n’aurait, en effet, rien à envier à celui du long métrage sorti en 1986 dans les salles obscures françaises.
Et, dans le premier rôle, Giuseppe Serena, italien de 67 ans, ancien gérant de La Réserve, propriété de Jacqueline Veyrac, paltoquet de la restauration et présenté comme le cerveau de ce « gang des potiches ». Comment qualifier, en effet, les autres acteurs de ce rapt ?
Un ancien militaire anglais, membre des SAS, sans ressource, un ancien paparazzi niçois devenu détective privé, qui a reconnu avoir posé des balises sur la voiture de Mme Veyrac tout en niant avoir adhéré au projet criminel, trois hommes gravitant dans le quartier des Moulins et aux surnoms évocateurs : « Longo », « Sans dent » et « Ali les yeux bleus »), un autre, « L’Hindou », intermédiaire amputé. Enfin, des Italiens, chargés des repérages, et cinq autres membres du groupe, responsables de la séquestration.
Bref, tous accusés d’un enlèvement en bande… désorganisée.

Deux nuits de cauchemar
Des voyous de bric et de broc, qui ont donc décidé d’enlever Jacqueline Veyrac, une discrète et riche héritière de 77 ans, propriétaire d’un hôtel de luxe cinq étoiles située sur la Croisette à Cannes. Ce lundi 24 octobre 2016, à midi, ils décident donc d’agir.
Jacqueline Veyrac sort de la pharmacie, dans le quartier bourgeois où elle habite. Elle est seule au volant de son 4×4 et son garage est derrière chez elle. C’est là que deux hommes cagoulés fondent sur elle. En quelques secondes, ils l’extirpent de l’habitacle de sa voiture à l’endroit même où, trois ans auparavant, elle avait déjà échappé à une tentative d’enlèvement qu’elle avait réussi à déjouer en hurlant. Mais, cette fois, Jacqueline est bel et bien embarquée à l’arrière d’un Kangoo blanc, volé sous les yeux éberlués d’une factrice et du pharmacien, qui alerte les policiers.
Ligotée et bâillonnée avec du scotch sur la bouche, Jacqueline Veyrac est conduite sur les hauteurs de Nice. Là, elle résiste. Refuse la nourriture. Et parvient, enfin, à se défaire de ses liens. Sa détention a duré deux nuits avant qu’au petit matin elle ne parvienne à alerter les riverains après avoir fait tomber la couverture qui masque l’intérieur du véhicule.
Jacqueline Veyrac retrouvée, commence alors le travail des enquêteurs…
Une rançon de 5 millions pour racheter le Coco Beach
Le fils de Mme Veyrac va très vite les mettre sur la piste de Giuseppe Serena : « Le gérant du restaurant La Réserve à Nice, qui avait mis seulement quelques mois à mettre au bord de la faillite le restaurant ».
C’était même cauchemar en cuisine et dans les comptes. L’établissement perd une étoile au Michelin, et Giuseppe Serena avait été renvoyé en 2009. Giuseppe Serena avait autant digéré cette décision que ses plats par ses clients de l’époque.
La rancune aussi tenace que sa bourse vide, il avait prévu de racheter le Coco Beach, situé face… à La Réserve, mais ses plans sont sur le point d’échouer en raison du manque de fonds. Cela s’est passé quelques jours seulement avant l’enlèvement. Pourtant, selon au moins un de ses supposés complices, l’ancien militaire britannique, c’est la rançon réclamée de 5 millions d’euros qui devait servir à financer cet achat. C’est ce même militaire qui aurait dû envoyer les deux SMS réclamant la rançon au fils de Jacqueline Veyrac. Mais, mystères de la téléphonie, les SMS ne sont jamais partis…
L’ex-paparazzi, reconverti comme détective privé, a affirmé avoir été piégé, pensant à une histoire d’adultère, pas d’un enlèvement. Il a avoué avoir posé des balises directement reliées à son téléphone et sur lesquelles figurait son ADN.
Trois jeunes tchétchènes, âgés de 21 à 23 ans, recrutés pour commettre l’enlèvement, avaient été « renvoyés » pour avoir trop exposé la fourgonnette. Leur ADN a été retrouvé à l’intérieur.
Enfin, sur l’adhésif double face employé pour – mal – fixer la plaque d’immatriculation du Kangoo volé, des empreintes ont pu être relevées.
Des Paltoquets, on vous dit !
« Ma vie a changé »
Si tous les protagonistes, à l’exception du militaire, ont nié leur participation à cette affaire, lors du procès, Jacqueline Veyrat, très sobre, a pu enfin parler, elle qui n’avait jamais accepté d’évoquer cette affaire dans les médias.
Durant son témoignage à la barre, qui a duré 70 minutes, elle a ainsi déclaré : « Je n’ai pas grand-chose à dire à part que ma vie a changé. Quand je sors, je suis stressée, je regarde partout et je suis moins insouciante qu’avant ».
C’est certainement le plus triste dans cette histoire…

