
Série : Les grands faits-divers niçois 9/10
Chaque vendredi pendant 10 semaines, Nice24.fr vous propose de revenir sur 10 grands faits-divers niçois. Aujourd’hui, l’affaire « Baudet ».
L’affaire des Diaboliques de Nice, Anne Baudet et son fils Yann a débuté, chose rare, dans une cour d’assises, celle du Palais de Justice de Nice plus précisément.
Nous sommes en juin 2003, et dans le box des accusés se trouve Yann Baudet, mineur, en rupture familiale et consommateur et vendeur de drogue au moment des faits en novembre 1992. Il est soupçonné d’avoir accepté 45 000 euros pour voler une voiture et renverser un homme à vélo sur les hauteurs d’Antibes. Qui lui avait versé cette somme ? L’épouse d’Éric De Vriendt, Geneviève Montillet, que les médias ont surnommée « La diabolique d’Antibes ». Quelques années auparavant, elle avait accueilli Yann Baudet à son domicile, lui offrant le gîte et le couvert. Il était même devenu le meilleur ami des deux fils de Geneviève.
Oui mais voilà, Yann Baudet a échoué. Éric De Vriendt, très grièvement blessé, a survécu. Pressée de toucher la prime d’assurance-vie, Geneviève Montillet avait injecté, à l’hôpital, une dose d’air dans les veines de son mari. Toujours en vie, elle avait fini par accomplir sa funeste mission en l’étouffant à l’aide d’un oreiller. L’incinération avait eu lieu rapidement, et les primes étaient tombées dans l’escarcelle de la jeune veuve.
Six ans plus tard, l’affaire avait été élucidée. D’autant que la Diabolique d’Antibes n’en était pas à son coup d’essai, ayant déjà tenté de tuer son premier mari pour les mêmes motivations.
Mais si Geneviève Montillet prenait 25 années de réclusion, Yann Baudet, lui, n’écopait que de 5 ans. A cela deux raisons. La première, le jury avait estimé qu’il était sous l’emprise de la veuve noire. La seconde, la déposition d’Anne Baudet, apparue comme une mère aimante, dont le témoignage fut décisif. Elle avait ainsi décrit l’enfance malheureuse de son fils en raison d’un père violent, François Baudet, « Parti sans laisser d’adresse » et qui n’avait donc pas pu être entendu.
La naissance des Diaboliques de Nice dans la nuit de 13 au 14 février 1998
Mais, dans le public de la cour d’assises du Palais de Justice de Nice, se trouvent Alain Brunache, le chef de la brigade criminelle de Nice, et son adjointe, Maryse Peyrano, justement intéressés par Yann Baudet – et sa mère – dans le dossier de la disparition de son père, François.
Le dossier ? François Baudet, 63 ans, brocanteur de Nice, réputé notamment pour ses collections de cartes postales, avait disparu sans laisser de trace lors de l’hiver 1998. Sa plus jeune fille, Rozenn, s’en était émue auprès des policiers. Elle leur avait alors raconté ce qu’il s’était passé lors de la nuit du 13 au 14 février 1998, à Nîmes, un soir de foire à la brocante.
Âgée de 14 ans à l’époque, Rozenn remarque que sa mère vient de verser une dose de calmants dans le verre de François, parti aux toilettes. Une scène dont elle avait l’habitude, son père étant assez violent avec son épouse Annie et son fils Yann. Quelques instants plus tard, Rozenn se rend également aux sanitaires sur injonction de sa mère. A son retour, son soda a un drôle de goût. Elle tombe alors littéralement de sommeil. Sans pouvoir résister.
Dans la nuit, c’est Annie qui la réveille. Pour lui donner une douche. Mais, en sortant de la salle de bains, Rozenn constate que son père est couché sur le côté, la tête enfouie sous les draps. C’est la dernière fois qu’elle verra son père…
François Baudet vient de mourir. Les Diaboliques de Nice de voir le jour !
« Je les ai mis en prison alors qu’ils étaient ma chair »
Annie prétend, tout d’abord, que François a eu une attaque très grave et qu’il a été transféré aux urgences. Puis, devant l’absence prolongée, elle affirme qu’il a été victime d’un AVC. Autres excuses : une fuite à l’étranger avec une maîtresse plus jeune, une tumeur au cerveau ou encore une paralysie. Autant de mensonges qui finissent par réellement alerter Rozenn. D’autant que sa mère a déjà refait sa vie avec… un autre brocanteur et qu’elle découvre le passeport de son père dans le sac de sa mère.
La jeune femme confie ses inquiétudes aux policiers. Écrit par deux fois au procureur. Lettres mortes. Jusqu’au 7 février 2003, et l’ouverture d’une information contre X du chef d’assassinat. Entre temps, l’affaire de la Diabolique d’Antibes et l’implication de Yann Baudet avaient tout changé.
Placé sur écoute téléphonique, de sa cellule, Yann Baudet allait être démasqué. Rozenn appelait son frère pour lui souhaiter un joyeux anniversaire et lui confier que l’enquête avançait. Yann, effrayé, appelait alors sa mère. Les policiers tenaient enfin les preuves de leur culpabilité. Quant à l’endroit où était caché le corps de François, c’est un appel d’Annie à son autre fille, Sandrine, qui leur donnait la clef : « Yann s’est occupé de ton père… Avant de l’enterrer en Bretagne, on l’avait mis dans le local à Nice. Il y est resté trois mois… les bouteilles de parfum que j’ai dû balancer dessus ! J’en avais tout un stock… On l’a transporté dans des bâches vertes… Je demandais qu’une seule chose, c’était de vivre cinq ans tranquille, peinarde. J’en ai eu six ».
Le vendredi 6 juillet 2007, Yann Baudet écopait de 27 ans de réclusion criminelle assortie d’une peine de sûreté des deux-tiers, et Annie de 22 ans.
François Baudet a obtenu justice. Rozenn également. Mais, paradoxalement, si c’était elle qui ressentait le plus de culpabilité dans cette affaire ? « Je les ai mis en prison alors qu’ils étaient ma chair »…

