Chaque vendredi, pendant quatre semaines, nice24.fr vous plonge dans les traditions niçoises entourant les fêtes de Noël. Aujourd’hui, « lou présèpi », spectacle de marionnettes joué dans l’ancien Comté de Nice et nulle part ailleurs…
Les mystères des Présèpi et des « mariota »


Ne confondez pas la crèche et ses santons, art provençal par excellence, avec « lou Présèpi » ! Si tous les deux traitent de l’annonce de la naissance du Christ, celle-ci est mise en scène de manière radicalement différente. Dans la crèche provençale, tout est fixé et figé dans l’argile ; avec « lou Présèpi », tout bouge et s’anime. Et pour cause ! Il s’agit d’un spectacle de « mariota » (marionnettes) qui se jouait exclusivement dans l’ancien Comté de Nice et nulle part ailleurs !
Directeur de la villa Masséna, Jean-Pierre Barbero a enquêté et suivi la piste du « Présèpi » dans le cadre de l’exposition « Nice, son passé a de l’avenir » qui se tient jusqu’au 1er mars dans son musée. Une piste l’a conduit bien avant le rattachement de Nice à la France, en 1860. « Cela remonte aux années 1800, pointe-t-il. A Nice, nous avions nos marionnettes et notre Présèpi avant même l’apparition de Guignol et de son théâtre en 1838 ! » Taillées dans du bois, habillées de tissus, ces « mariota » étaient animées par des fils tiraient par des artistes comédiens. « Il faut se remettre dans le contexte historique, précise Jean-Pierre Barbero. Dans l’ancien Comté, terre catholique depuis quatre siècles après J-C, les Niçois, dans leur grande majorité, ne savaient ni lire, ni écrire. Tout se transmettait à l’oral. D’où ce spectacle de marionnettes, qui prenait place à la Noël, pour raconter aux Niçois quelque chose de très simple : la naissance de l’enfant-Jésus, à Bethléem. »
La « filusa », la « coumaire », l’« embriagoun » ou l’ange « Bouffaréu »


Au fil des années, ce thème de « la bonne nouvelle » s’est enrichi pour
mettre en scène, aux côtés de l’enfant-Jésus dans son berceau de paille, le
petit peuple niçois. Parmi les « mariota », on retrouve le curé, le gendarme, la « filusa » (fileuse), « Michèu lou trouble » (le fou), le bandit, l’« embriagoun » (ivrogne), le maître d’école, le pécheur, la « coumaire » (commère), le compère aussi… Dominé par l’ange « Boufarèu », ces marionnettes s’agitent, parlent, discutent, se chamaillent et chantent en nissart ! Pour le plus grand bonheur des spectateurs, friands de ces spectacles simples et joyeux, qui annoncent les
festivités de Noël. Or, ces « mariota » ne se sont pas perdues dans les oubliettes de l’histoire. « C’est Juon Nicola, fondateur de la Ciamada Nissarda, compagnie théâtrale basée à La Treille, dans la vieille ville, qui va les sauver en rachetant une par une ces marionnettes. Une longue quête de collectionneur entamée en 1925 dont l’unique objectif est de poursuivre et faire vivre les « Présèpi » ». Vieilles de près de deux siècles, ces marionnettes de bois sont exposées aujourd’hui, au musée Masséna et y resteront. Et Jean-Pierre Barbero d’annoncer que la Ciamada Nissarda a, en effet, fait don, à la Ville, de ces pièces historiques qui font partie de notre patrimoine. Pour être conservées, protégées, entretenues par le musée Masséna et y être exposées aussi. « Il s’agit d’un don ouvert. C’est-à-dire que ces marionnettes seront prêtées à la Ciamada Nissarda, chaque fois qu’elle le demandera, pour qu’elle puisse continuer de jouer les Présèpi et entretenir cette tradition. »

L’identité niçoise au Musée Masséna
« Nice, son passé a de l’avenir », la nouvelle exposition qui se tient au musée Masséna jusqu’au 1er mars permet aux visiteurs de mieux comprendre l’âme et l’identité niçoise. Construite comme une enquête de police, réunissant preuves et indices historiques issus notamment de la bibliothèque de Cessole, cette exposition célèbre six anniversaires : les 100 ans de la Ciamada nissarda, les 90 ans du théâtre Francis-Gag, les 80 ans de « Nice-Matin », les 70 ans du groupe folklorique Nice la Belle, les 40 ans de la Brigade Sud, club de supporters de l’OGC Nice et les 30 ans du label « cuisine niçoise ». Une expo et six anniversaires qui mettent en valeur et à l’honneur l’art de vivre à la niçoise. C’est-à-dire sa langue, ses histoires, sa culture, ses chants, ses danses, ses poèmes, ses spectacles, sa cuisine si simple et pourtant si goûteuse, ses croyances, ses festins… Au fil de vitrines mises en sons et en lumière qui égrainent les saisons et les années, cette exposition emmènent les visiteurs dans un voyage au cœur de l’identité niçoise. A voir et à revoir…
Villa Masséna, musée d’art et d’histoire, 65 rue de France, ouvert tous les jours de 11 à 18 heures, y compris le week-end. Fermé, le mardi. Accès gratuit pour les habitants de la Métropole munis du « Pass Musées de Nice ».

