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Sylvain Bordesoules « on a le droit de rêver grand ! »

Parue en septembre 2024 chez Gallimard BD, Azur Asphalte, sa deuxième bande dessinée, vient de se voir décerner le Prix de la Révélation ADAGP du festival Quai des Bulles. Rencontre avec un jeune auteur niçois qui a le vent en poupe.

Avoir un prix, passé la surprise et la joie, ça met la pression pour la suite ou au contraire ça vous donne des ailes ?

« Á ce stade-là, ça me donne des ailes ! Je suis arrivé dans le monde de la BD sur le tard, seulement depuis deux ans en fait, et d’une certaine façon, ça donne une légitimité à mon parcours qui n’a rien de standard, où tout est allé très vite… Oui, ça me rassure quoi ! »

Comment êtes-vous devenu auteur de BD ?

“L’été des charognes”, Gallimard BD, 2023 © Gallimard

« Au départ, je n’envisageais pas les choses de cette façon. Un bac en arts appliqués en poche, la vie a fait que je suis vite parti de Nice vers Paris. Là, j’ai dû travailler. Plus tard, mes proches m’ont encouragé pour que je reprenne des études. J’ai suivi les cours d’une école de BD et d’illustration, car c’est l’illustration qui me plaisait, la BD n’était pas un médium qui me correspondait, en tout cas, je le pensais, et voilà. Pour mon diplôme de fin d’études, il fallait adapter un roman en images. Ce fut L’été des charognes, premier roman de Simon Johannin. Le résultat a dépassé mes espérances, mon travail a été repéré, Gallimard BD m’a publié en 2023, c’était comme un rêve ! » 

Après ce succès, vous avez enchaîné avec Azur Asphalte, publiée en 2024. Récit intime, chronique du quotidien : de quoi parle cette BD qui a Nice pour toile de fond ?

Azur Asphalte, Gallimard BD, 2024 © Gallimard

« Quand j’ai quitté Nice, je l’ai fait, un peu en claquant la porte sur ma famille. J’ai deux sœurs, à l’époque, elles m’appelaient l’artiste, comme une gentille vacherie. Elles disaient que la culture, ce n’était pas pour elles, qu’elles ne pouvaient pas s’offrir ce luxe. Alors, ça a commencé comme une blague, pour les persuader du contraire, on plaisantait sur le fait que j’allais faire une BD sur leur vie. Ce que je voulais raconter à travers elles, au-delà de nos liens familiaux, c’était aussi parler du monde dans lequel on vit, de tous ces gens qui trop souvent n’ont pas droit à beaucoup de considération, les mères célibataires, les chômeurs, les regards parfois accusateurs qui pèsent sur eux… On ne choisit pas ses galères. J’ai aussi voulu montrer ça, un contexte social… »

Dans cette optique, vous représentez Nice décapé de sa carte postale, sans renoncer pour autant à la sensualité de sa lumière…

« Pour moi, c’est un peu comme éclairer la noirceur, je peux évoquer des choses dures mais il doit subsister quelque chose de lumineux malgré tout. Pour des tas de raisons personnelles, j’ai un rapport ambivalent avec Nice. Le côté glamour et vie facile, le cliché Côte d’Azur, ce n’est pas mon vécu d’enfant des quartiers populaires. Représenter cette ambivalence d’une ville plein soleil avec la pulsation du réel, à la fois l’azur et l’asphalte quoi (rires), j’avais envie qu’il y ait ça, ce mélange des genres… »

Sur le papier, comment prend corps cette matière graphique qui donne quelque chose de très cinématographique à la respiration de votre BD ?

« Je travaille aux feutres à alcool, ça me permet une rapidité d’exécution dans le geste. C’est du direct pour être tout de suite dans le vif des choses dessinées, avec un emploi de la couleur qui « pop ». Du coup, la finalisation du travail est dans une forme d’immédiateté, même s’il y a dans ces pages un an de boulot intensif… »

Avec L’été des charognes puis Azur Asphalte, vous avez signé deux coups d’éclat. Maintenant, la suite, c’est quoi, pour vous ?

« On a le droit de rêver grand ! Le cinéma d’animation fait partie de mes prochains horizons. Et je poursuis toujours mon rêve de petit garçon, faire un Batman en édition illustrée. Côté BD, mon nouvel opus paraîtra chez Gallimard l’été prochain. Après l’histoire de mes sœurs, cette fois, ce sera une autofiction où je raconterai mon arrivée à Paris, la solitude, mes rencontres de jeune homosexuel d’après-minuit. Parler de sa fratrie, c’est déjà une façon détournée de parler de soi. Mes sœurs, c’est comme si elles étaient d’autres versions de moi dans le multivers et ses dimensions parallèles. (Rires). Là, cette nouvelle BD suivra mes premiers pas parisiens… »

Azur Asphalte de Sylvain Bordesoules aux éditions Gallimard BD

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