Dans le comté de Nice comme partout ailleurs en Europe, les populations faisaient autrefois un usage intensif des saints protecteurs. En des temps où les assurances n’existaient pas et où la médecine, peu développée, avait la réputation de remplir les cimetières, nos aïeux croyaient plus volontiers à l’intervention divine qu’à celle terrestre.
SAINTS À TOUT FAIRE
saints Si, lors de chaque catastrophe naturelle (séisme, inondation…), il était tout naturel d’implorer la Vierge Marie, une foultitude de saints plus ou moins oubliés aujourd’hui était en charge de régler les petits ou grands tracas du quotidien. Ainsi, les paysans se tournaient volontiers vers tel ou tel saint afin que la pluie vienne tomber sur leurs champs. Saint Isidore, saint Benoît, saint Véran ou saint-Pancrace (protecteur de nos oliviers), étaient sollicités. Pour se protéger de la grêle, c’était saint Antoine de Padoue ou sainte Eurosia, et pour la foudre, on implorait sainte Brigitte, sainte Barbe ou saint Antoine l’Ermite.

Contre les animaux nuisibles, le champion systématiquement invoqué était saint Grat qui, selon le pape Benoit XIV : « avait coutume de bénir l’eau pour délivrer la terre des animaux qui portaient préjudice à ses fruits ». Et, si la vermine envahissait son champ malgré ses prières, le paysan demandait à l’église d’exorciser celui-ci. En dernier recours, on faisait un procès contre les indésirables, qui encourraient l’excommunication. En 1508, après que le village de Contes eut attaqué les chenilles devant l’évêque de Nice, celles-ci furent bel et bien excommuniées.
DES SAINTS GUÉRISSEURS
D’autres saints avaient des vertus de guérisseur. Saint Barnabé était prié par les boiteux, sainte Appolline soignait les douleurs dentaires, sainte Claire les inflammations de l’œil, saint Blaise le goitre, saint Laurent les boutons au visage (appelés les “feux de saint Laurent”), saint Donat la fièvre, etc. Les enfants et les filles en quête de mari se plaçaient sous la protection de saint Nicolas de Myre, tandis que saint Erige s’occupait des enfants bègues. Pour la peste, on faisait appel à saint Sébastien (au XIIIe siècle, une chapelle à Nice lui était dédiée, près de la porte Pairolière), ou à saint Urbain, qui intervenait également contre la lèpre et l’eczéma et qui, étonnement, protégeait les voyageurs franchissant le Var.

VADE RETRO SATANAS !
Le diable n’était pas oublié, bien évidemment. La peur du Malin était omniprésente et pour lutter contre Satan et ses sbires, les saints n’étaient jamais assez nombreux. On invoquait sainte Marthe, saint Martin, saint Michel-Archange, saint Bernard-de-Menthon ou encore sainte Brigitte. Des croix ou des chapelles étaient d’ailleurs élevées dans les lieux où l’on craignait l’intervention démonique et, si un voyageur, rencontrait sur sa route l’un de ces saints édifices, il était placé sous sa protection.

UN SAINT BIEN DE CHEZ NOUS….
Enfin, dans notre ville, la coutume voulait autrefois qu’on accroche à la porte des maris cocus, le jour de la saint Luc, un bouquet de fleurs de courge. Les Niçois, en modifiant le nom du saint, donnèrent naissance à san Barbaluc….patron des naïfs.

