Maître incontesté de l’art religieux niçois, on lui doit d’authentiques trésors picturaux et le nom d’une famille d’artistes qui a fait briller son renom dans tout le Comté de Nice, entre les XVe et XVIe siècles.
Ce sont des as de la palette ! Il y a d’abord les deux frères, l’aîné Louis (1450 – 1523) et Antoine le cadet. Puis François, fils d’Antoine. Cela précisé en préambules pour éviter de s’emmêler les pinceaux car on ne sait jamais trop à quel saint se vouer en face d’un retable signé Brea. Là au moins, les choses sont posées. Au nombre de trois, les Brea ont fait le buzz à leur époque, lorsque la Renaissance va peu à peu redéfinir les canons du Beau. Ils deviendront ainsi les apôtres d’un âge d’or de la peinture sous nos latitudes, figures de proue des peintres dits « primitifs niçois ». Louis est le plus recherché des trois. La star de la famille, c’est lui ! Son art fait de l’ombre à son frère et à son neveu, comme s’il phagocytait à lui tout seul le nom de Brea pour tout ce qui désigne par ici une peinture d’église des siècles jadis. Certes, les spécialistes et autres esthètes exégètes reconnaîtront les leurs…


Dans tout l’éclat de leurs polychromies
Rien qu’à Nice, il faut dire que les tableaux de Louis Brea ne manquent pas à l’autel. A ce titre, le Monastère de Cimiez est une véritable mine d’or, où l’on peut contempler à loisirs certaines de ses œuvres les plus marquantes. Dans tout l’éclat de leurs polychromies, retables, polyptyques et tableaux semblent touchés par la grâce de leur auteur, comme si Brea avait peint à hauteur d’âme. On peut voir là (entre autres) son retable de la Pietà (1475), la plus ancienne de ses créations conservées sur place, qu’il a réalisée à l’âge de 25 ans. Autre joyau de son art in situ, une Crucifixion de 1512. Celle-ci a récemment fait l’objet d’une restauration en profondeur et en bonne et due forme. Non seulement pour lui restituer sa superbe d’origine mais aussi pour la préserver des atteintes et des outrages du temps, afin de lui assurer les meilleures chances de longévité. Dans cette optique, des traitements ont par exemple été entrepris pour chasser les insectes nuisibles installés dans les boiseries du retable. Un « dos protecteur » a été posé au revers de l’œuvre pour tempérer les effets des variations hygrométriques. Ces différentes interventions et bien d’autres encore, au plus haut degré de l’expertise picturale, ont été menées entre 2015 et 2019 par les ateliers du Centre Interdisciplinaire de Conservation de Restauration du Patrimoine, à Marseille. Avant de retrouver le Monastère, la Crucifixion s’est offert un détour par la Villa Masséna pour se laisser admirer dans tous ses atours retrouvés.

La route des Brea
Retour à notre tableau de famille. Pour répondre à la multitude de commandes émanant du clergé et de riches notables locaux (on parle entre autres d’une quarantaine de retables peints au cours d’une quarantaine d’années entre Gênes et Toulon), Louis Brea a sa propre « dream team », sa « factory », son atelier en somme. En maintes occasions, il fait ainsi appel aux talents de son frère et de son neveu pour lui prêter main forte. Père et grand-père des membres de ce trio, Moneto Brea, humble tonnelier de par sa profession, va ainsi voir ses descendants devenir, selon la dénomination en vigueur de nos jours, des transfuges de classe. Louis sera même réclamé par le pape Jules II pour la création d’un polyptyque monumental peint à quatre mains avec l’artiste Vincenzo Foppa. Pour autant, son atelier, lui, ne succombera pas à une folie des grandeurs. Comme leur père qui exerçait là son métier, les Brea pratiquent leur art rue de la Barillerie, dans la vieille ville. Dans la vieille ville où l’on peut admirer une magnifique madone de Louis Brea, abritée dans la sacristie de la Chapelle de la Miséricorde cours Saleya. Elle a pour nom La Vierge de la Miséricorde, datée de 1485. Elle est l’un des précieux témoignages du legs de la lignée à la postérité. De village en village, d’église en église, on peut prendre la pleine mesure de ce legs en suivant dans l’arrière-pays niçois un circuit culturel baptisé route des Brea, de Lucéram à Sospel en passant par Lieuche notamment. Ce circuit a vu le jour grâce à l’action du Cercle Brea, fervente association portant haut les couleurs des primitifs niçois et des Brea.


INFOS PRATIQUES
Cercle Brea
12 bis Rue Benoît Bunico – 06300 Nice
Tél. 04 93 27 27 01

