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mardi 27 octobre 2026

Et soudain l’opéra s’embrasa (1/5)

Il a soufflé ses cent quarante bougies au printemps et s’est lancé cet été dans l’imagerie immersive. Jouant des nouveaux outils de création, l’Opéra de Nice danse avec son temps comme s’il se redessinait à chaque fois d’autres contours. Gardant sa flamme au gré de belles aventures artistiques. Phénix renaissant après chaque représentation, chaque spectacle… L’image est d’autant plus appropriée que, dans sa première vie, l’édifice a entièrement brûlé. C’était en 1881.

Récit tragique d’un drame qui n’a rien de fictif hélas. Feux de la rampe, feu sacré : ce soir-là, les expressions habituellement liées au monde du théâtre n’ont laissé derrière elles que cendres et victimes. Plantons le décor. Nous sommes au Théâtre municipal de Nice, le 23 mars 1881, où est en train de se dérouler une représentation de l’opéra Lucia di Lammermoor de Donizetti. Le théâtre, lui, a vu le jour en 1826. Il a les faveurs du public niçois et fait salle comble. Après plus de cinquante ans de bons et loyaux services, sans doute aurait-il besoin d’être un peu modernisé, voire davantage. Bois et tapisseries y donnent le ton des élégances intérieures de l’endroit, éclairé au gaz. Et puis voilà, soudain, la pauvre Lucia a beau vivre d’atroces tourments sur la scène, c’est dans la salle que l’horreur va basculer. Une fuite de gaz s’invite au bal du diable de l’héroïne de Donizetti, une étincelle provoque l’explosion fatale. Commence alors le grand air d’un cauchemar intégral. Le théâtre se transforme en torche vivante. Les spectateurs des loges et du parterre peuvent évacuer les lieux sans obstacles. Ce n’est pas le cas pour le public des galeries supérieures et notamment des parties appelées paradis ou poulailler.

In memoriam

Pour échapper au brasier, le bâtiment ne dispose que d’un seul et unique escalier intérieur, lui aussi en proie aux flammes. Certains spectateurs se jettent dans le vide. Les pompiers ont beau s’évertuer à sauver l’auditoire. Sinistre diva, la grande faucheuse est en haut de l’affiche ce soir-là. Soixante-trois morts et deux cent blessés seront à déplorer à l’issue du sinistre qui ne laissera derrière lui que ruines et décombres. En 1883, le prestige cosmopolite et aristocratique de la destination Nice aidant, un nouveau théâtre est édifié sur l’emplacement de l’ancien. Il s’agit de l’actuel Opéra, œuvre de l’architecte François Aune. Il est inauguré en 1885. Cent quarante ans d’âge dans ses fûts en font un grand cru de la vie lyrique niçoise. Chant, musique et danse y brûlent les planches, en beauté ! Plus tard en 1912, la Ville fera ériger un monument commémoratif en l’honneur des victimes de l’incendie. Il se trouve à l’entrée du cimetière du Château, sous la forme d’une pyramide. Les noms de celles et ceux qui périrent lors de la catastrophe y sont gravés.

Ercole Trachel – L’incendie de l’Opéra de Nice, 1881

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