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Affaire Christophe Dalmasso : qui a fait disparaître le jeune entrepreneur et pourquoi ?

Série : Les grands faits-divers niçois 5/10

Chaque vendredi pendant 10 semaines, Nice24.fr vous propose de revenir sur 10 grands faits-divers niçois. Aujourd’hui, l’affaire Christophe Dalmasso.

Où est passé Christophe Dalmasso ? C’est la question que se pose la famille de cet entrepreneur azuréen de 34 ans, après plusieurs jours sans nouvelles, en septembre 2003, ce qui ne lui ressemble pas, lui qui est habituellement si proche des siens. La dernière fois qu’ils l’ont vu, c’est lors d’un repas de famille chez ses parents à Cannes, le 1er septembre. Depuis, il n’a plus donné signe de vie. Son téléphone est sur répondeur. C’est finalement son frère qui, alors qu’il se trouve dans la plaine du Var, fait une inquiétante découverte, à quelques mètres d’un concessionnaire automobile : la carcasse d’une voiture brûlée, dont il reste un bout de plaque, se révèle être celle de Christophe. Dans le coffre, toutes ses clés. Son frère prévient immédiatement la famille et les policiers. Très vite, ils arrivent à établir que Christophe Dalmasso s’est volatilisé dès le 2 septembre. Ce jour-là ils trouvent une trace de son passage sur l’autoroute où il roule depuis Cannes en direction de Nice. Vers 11 h, son téléphone borne vers le Château Beaulieu, un hôtel particulier qui lui appartient et où il a des locataires, avenue Foch, à Nice. Mais à 12h35, son téléphone est coupé. Et ne se rallumera plus.

Grâce aux pompiers, qui sont intervenus pour éteindre le feu, les enquêteurs apprennent que la voiture a été incendiée dans la nuit du 8 au 9 septembre.

De nombreux ennemis, héritier de deux vieilles dames avec qui il n’a aucun lien de parenté

Les enquêteurs épluchent la vie privée de ce jeune entrepreneur, qui lui découvrent de nombreux ennemis. Car le jeune homme est richissime, et son patrimoine est estimé à pas moins de 15 millions d’euros. Comment se l’est-il constitué ? D’une drôle de manière. Il a hérité de deux vieilles dames, avec lesquelles il n’a pourtant aucun lien de parenté. L’une d’elle Jeanne Glaenzer, lui a été présentée par son ex-femme, Elizabeth, qui était la dame de compagnie de cette riche héritière. Un lien très fort va naître entre Christophe Dalmasso et cette dame, à qui il rend visite régulièrement, à qui il fait la lecture, qu’il promène… Elle le verra comme un fils, et dira même qu’elle aurait aimé avoir un fils comme lui. Elle n’a pas eu d’enfants et n’a pour seule famille que des descendants de cousins germains. À sa mort, elle lègue tout son patrimoine à Christophe Dalmasso. La famille attaque. Par deux fois elle est déboutée par la justice, car il est avéré que les liens d’affection entre Jeanne Glaenzer et Christophe Dalmasso étaient sincères. Il n’y a donc pas eu, selon la justice, d’abus de faiblesse et de captation d’héritage. La famille Jeanne Glaenzer se serait-elle vengée ? Après vérifications cette piste s’éteint très vite.

Autre piste, celle de gitans qui avaient vendu une voiture volée et maquillée à Christophe Dalmasso, dans le garage qu’avait racheté l’homme d’affaire, où il faisait de l’achat-vente de véhicules de luxe. Il avait exigé d’eux qu’ils reprennent cette voiture, et qu’ils la lui rembourse. Le conflit avait dégénéré. Les gitans l’avaient menacé de mort. Mais après vérifications des enquêteurs, il s’avère que la situation avait fini par rentrer dans l’ordre, et là aussi, la piste s’éteint.

Un de ses locataires brésilien en possession de ses chèques

Qu’est-il donc alors arrivé à Christophe Dalmasso ?

Soudain, le 7 janvier 2004, la banque informe sa mère, Renée Dalmasso, qu’un chèque de 59 000 euros doit être débité du compte de son fils Christophe. Le chèque, daté du 29 août 2003, soit quelques jours avant la disparition de Christophe, est authentique, il est bien à lui. Mais la signature semble fausse. Et il est libellé à l’ordre d’un homme qui fera remonter les enquêteurs jusqu’à Edno Borba Da Silva, un Brésilien, qui occupe un des appartements du Château Beaulieu, la propriété de Christophe Dalmasso. C’est un ami commun, brésilien, qui les a présentés. Et Christophe Dalmasso s’est pris de sympathie pour ce danseur de capoeira qui se produit dans les rues de Nice, et à qui il propose un studio au Château-Beaulieu, avenue Foch, en échange de travaux de restauration dans son immeuble. Convoqué au commissariat, Edno Borba Da Silva indique qu’il n’a jamais vu ce chèque. Mais qu’en revanche, il en possède d’autres qu’il doit encaisser, que Christophe lui a donnés, pour payer un terrain au Brésil, qu’il lui aurait vendu. Il indique aux enquêteurs que Christophe Dalmasso se trouve d’ailleurs là-bas, qu’il s’y est installé, et qu’il l’a eu au téléphone la semaine d’avant.

Les enquêteurs explorent la piste brésilienne, mais ne trouvent absolument rien, pas l’ombre de terrains qu’auraient possédés Edno Borba Da Silva, et pas de trace de Christophe Dalmasso.

Des restes humains de l’entrepreneur retrouvés

C’est alors qu’en août 2004, des ossements humains sont découverts sur la plage de Mouré Rouge, en baie de Cannes, et à Golfe-Juan. Les analyses montrent qu’ils sont ceux de Christophe Dalmasso. Il a bien été victime d’un homicide. Les analyses montrent aussi que les restes humains ont d’abord été enterrés, avant d’être retrouvés sur le rivage méditerranéen. Ont-ils été emportés par une rivière qui les a amenés en mer ? Ou le corps a-t-il été exhumé de manière volontaire ?

Une chose est sûre : cette découverte montre qu’Edno Borba Da Silva a menti. À nouveau convoqué, au commissariat, il indique que c’est… Lucie Dalmasso, la fille adoptive de Christophe Dalmasso, qui a commandité le meurtre. Edno n’est autre que l’amant de Lucie. Peu après son mariage avec sa première femme Elisabeth, Christophe Dalmasso avait adopté Lucie, fille d’Elisabeth. Et s’était comporté comme un père avec elle. Les enquêteurs découvriront alors que Christophe Dalmasso était sur le point de renier sa fille adoptive. Un conflit s’était installé entre elle et lui. Une histoire d’argent, autour d’un compte en banque qu’il lui avait ouvert, sur lequel il avait versé régulièrement des sommes, avant d’en reprendre une partie pour un achat de voiture. Ce qui avait provoqué la colère de Lucie, qui avait retiré tout le reste de l’argent. Avant d’attaquer son père en justice. Christophe Dalmasso avait gagné le procès, mais avait découvert un autre visage de sa fille. Et avait rédigé un testament pour la déshériter, en août 2003. Lucie devient suspecte. Plusieurs éléments la relient au meurtre. Mais rien ne tient. Après 8 ans d’instruction, Lucie Dalmasso a été innocentée et a bénéficié consécutivement de deux ordonnances de non-lieu rendues par la chambre de l’instruction d’Aix en Provence confirmées par la Cour de cassation. Elle a été blanchie définitivement le 30 juin 2012.

Un premier procès aux assises, interrompu

En revanche, entre temps, tout converge vers Edno Borba Da Silva. Le fait qu’il se soit fait soigner aux urgences de l’hôpital Saint-Roch pour une blessure au visage… le 2 septembre 2003, le jour du meurtre de Christophe Dalmasso. La possession de chèques de Christophe Dalmasso. Le témoignage d’un voisin qui indique qu’Edno Borba Da Silva voulait installer une salle de Capoeira au sein du Château Beaulieu, et que Christophe Dalmasso s’y opposait, et se préparait même à mettre le Brésilien, à qui il n’avait pas fait de bail, dehors. Ses nombreux mensonges.

En 2009, seul Borba Da Silva est renvoyé devant la justice. Le procès commence le 16 mars. Après dix jours d’audience, la cour d’assises des Alpes-Maritimes estime que le dossier ne peut être jugé en l’état. Trop de doutes pèsent sur cette affaire hors norme. Le 24 mars, la présidente du tribunal ordonne un supplément d’information. En attendant, l’accusé est remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire.

Au cours de ce procès, Edno Borba da Silva charge encore Lucie Dalmasso, et évoque notamment le nom d’un Tunisien, W. K., qui aurait incendié la voiture de Christophe Dalmasso. Il indique que celui-ci comptait d’abord l’emmener en Tunisie, avant que Lucie Dalmasso ne lui demande de la brûler pour se venger de son père.

Du sang de Christophe Dalmasso découvert dans l’appartement de Borba Da Silva sept ans après les faits, le meurtrier en fuite condamné à perpétuité

Ce Tunisien domicilié à Nice est interpellé en août 2009. Ce dernier, pris de remords, soulage sa conscience et décrit son véritable rôle : le soir du 2 septembre 2003, Edno Borba Da Silva l’a appelé pour qu’il vienne l’aider à porter 6 gros sacs de gravats. L’un d’eux était mou. Il devine qu’il s’agit d’un corps, ce qu’Edno Borba Da Silva finit par lui confirmer, en lui indiquant même avoir découpé le corps dans la baignoire. Il raconte avoir été, avec le Brésilien, jeter ces sacs dans un vallon, du côté de Vallauris.

Lors d’un transport sur les lieux réalisé par le Juge d’instruction le 9 avril 2010, au Château Beaulieu, W. K. indique un endroit, devant la cheminée du salon, où étaient entreposés les fameux sacs. Les recherches alors effectuées dans l’appartement occupé par Edno Borba Da Silva au moment des faits permettent de relever des traces de sang sur la partie basse d’un canapé. Les analyses révèlent que ce sang appartenait à Christophe Dalmasso. Il aura fallu attendre près de 7 ans.

Mis en examen pour complicité de meurtre, W. K. est seul à comparaître lors d’un deuxième procès, qui a lieu en 2013. Car entretemps, Edno Borba Da Silva a fui vers le Brésil. Il ne sera jamais rattrapé, malgré un mandat d’arrêt international. Il se cache toujours. W. K. écope de 7 ans de prison pour recel de cadavre et dissimulation de preuve. Quant à Borba da Silva, jugé par contumace, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Pourquoi Christophe Dalmasso a-t-il été assassiné ? Quelle est la vraie raison ? Altercation qui a dégénéré ? Véritable guet-apens ? Crime prémédité ? A-t-il été enlevé avant d’être assassiné ? A-t-il souffert ? Autant de questions auxquelles ses proches ne peuvent toujours pas répondre.

L’article concernant le verdict, dans le journal Nice-Matin du 22 mars 2013.

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