Il y a quelques jours, nous avons célébré le débarquement allié du 6 juin 1944 et la marche vers la libération de notre pays. L’occasion de rappeler que l’auteur du « Chant des partisans », l’immense Joesph Kessel, vécu à Nice et fut élève du lycée Masséna.
Joseph Kessel, journaliste, écrivain…aventurier
Nice et Joseph Kessel, c’est une longue histoire d’amour qui perdure au-delà des années qui passent et des soubresauts de l’histoire. Né à Clara (Argentine), le 10 février 1898, Joseph Kessel est le fils de Samuel Kessel, un médecin juif d’origine lithuanienne qui a obtenu son doctorat à Montpellier et qui est parti exercer en Amérique du Sud. Joseph Kessel passe les premières années de sa vie en Argentine, puis suit ses parents à Orenbourg (Russie), où la famille réside de 1905 à 1908. A l’âge de 10 ans, les Kessel s’installent à Nice, rue Auber. Joseph, que tout le monde appelle Jeff, est inscrit au lycée Félix-Faure (actuel lycée Masséna). Plus tard, il continue ses études à Paris, au lycée Louis-le-Grand, mais Nice restera toujours chère à son cœur et il y reviendra tout au long de sa vie.
En 1914, lorsque la guerre éclate, il officie durant quelques mois comme infirmier-brancardier, avant d’obtenir l’année suivante sa licence de lettres et d’être engagé au Journal des Débats, au sein du service de politique étrangère. Touche à tout, doué pour tout, il est reçu au Conservatoire en 1916, mais au lieu d’une carrière sur les planches, il rejoint le théâtre des combats en s’enrôlant comme engagé volontaire. Artilleur tout d’abord, il rejoint l’aviation et sert au sein de l’escadrille S.39, qui lui inspirera plus tard le sujet de son roman L’Équipage.

Durant l’hiver 1919 le futur écrivain échoue avec son escadrille en Sibérie, aux confins asiatiques de l’empire russe. “J’avais entendu dire que Vladivostok était pleine de réfugiés sans abri […] Maintenant j’avais sous les yeux, cette misère en marche”. La guerre terminée et à peine majeur, Kessel, qui a reçu la Croix de guerre et la médaille militaire, demande la nationalité française. Il reprend ses activités au journal des Débats, tout en écrivant pour le figaro, le Mercure ou La Liberté. Journaliste épris d’aventure, romancier épris de liberté, il sillonne le monde et suit de près les terribles évènements de la révolution irlandaise où, en 1920, il réalise son premier et assiste aux prémices de la fin de l’Empire britannique tout-puissant. En Palestine, à Berlin, au Sahara ou encore en Afrique, où il enquête sur le trafic ignoble des esclaves, Kessel est partout où l’Histoire se vit. Au Yémen, il écrit : « Nous avions vécu parmi les esclaves dans le Harrar, nous avions vu comment ils étaient volés, achetés, entreposés, expédiés ». Confronté aux contrebandiers arabes ceux-ci confirment au reporter détenir « la marchandise entre toutes interdite : la chair humaine ». Parallèlement à ses articles, Joseph Kessel est romancier et ses ouvrages connaissent tous un succès considérable : L’Équipage (1923), Les Captifs (grand prix du roman de l’Académie française en 1926), Nuits de prince (1927), Belle de jour (1928), Mary de Cork (1929), Le Coup de grâce (1931), La passante du Sans-souci (1936), etc.

Le Chant des partisans
Au début de la Seconde Guerre Mondiale, Kessel est correspondant de guerre et, après la défaite française, le reporter rentre dans la résistance (le réseau Carte) avec son neveu, Maurice Druon. En décembre 1942, les deux hommes quittent la France en passant par les Pyrénées : un périple dans la boue et sous la pluie, au péril de leur vie, qui va les mener jusqu’à Londres…où ils s’engagent dans les Forces Françaises Libres du général de Gaulle. C’est en Angleterre qu’ils vont créer l’hymne du Chant des partisans. Le 30 mai 1943, la chanson résonne sur les ondes de Radio Londres. Ecrite par Kessel et Druon, sur une musique d’Anna Marly, elle est chantée par Germaine Sablon. Larguées ensuite par la Royal Air Force sur la France occupée, les paroles vont être également ensuite dans Les cahiers de la Libération du 24 septembre 1943. Le Chant de la Libération, devenant rapidement celui des partisans, ainsi qu’un signal de reconnaissance dans les maquis. A Londres, joseph Kessel écrit aussi le roman L’Armée des Ombres, en hommage à tous ces résistants qui donnèrent leur vie pour la patrie et la liberté. A la fin du conflit, l’écrivain-aventurier est capitaine, dans une escadrille qui, la nuit, survole la France pour maintenir les liaisons avec la Résistance.

L’après-guerre
À la Libération, Kessel redevient grand reporter et parcourt à nouveau le monde, en Afrique, en Birmanie, en Afghanistan, etc. Il publie plusieurs romans comme Les Amants du Tage, Le Lion, Tous n’étaient pas des anges ou Témoin parmi les hommes. Nice fait partie de ses points d’attaches et il vient y retrouver ses copains, les écrivains Louis Nucéra et Georges Walter ou encore l’artiste-peintre Raymond Moretti. Et le 22 novembre 1962, l’Académie française lui ouvre ses portes et il est élu au fauteuil du duc de la Force par 14 voix, au premier tour de scrutin. Le 23 juillet 1979, il s’écroule victime d’une rupture d’anévrisme. Il est enterré au cimetière Montparnasse à Paris. Son ami François Mauriac lui rendra hommage dans son Bloc-notes par ces mots : « Il est de ces êtres à qui tout excès aura été permis, et d’abord dans la témérité du soldat et du résistant, et qui aura gagné l’univers sans avoir perdu son âme. »
Dans notre ville, une plaque apposée sur une maison (au 3, de l’avenue Auber) rappele que Joseph Kessel vécut ici de 1908 à 1914.

