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mardi 27 octobre 2026

Le Centre Universitaire Méditerranéen, une passion bien niçoise (2e partie)

Cette semaine, nous abordons la suite de la belle et longue aventure du Centre Universitaire Méditerranéen….Ce “palais” sur la mer que Jacques de Lacretelle, administrateur du CUM de 1967 à 1983, présentait comme suit : “Le Centre n’est pas une tribune ouverte à tous les vents des débats publics mas un phare tournant grâce auquel Nice projette sa lumière sur le monde, sur les idées, sur les hommes”.

DE 1933 À LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

La première année d’existence du CUM allait être immédiatement couronnée de succès, et ce grâce à l’entregent considérable de Paul Valéry qui lui permit de faire venir à Nice des conférenciers de renom. Parmi ces derniers on a pu apprécier Pierre de Coubertin, les ethnologues Paul Rivet et Marcel Griaule, le mathématicien Emile Borel, le philologue et spécialiste des littératures romanes Ernst-Robert Curtius, le grand historien de la littérature française Abel Lefranc, etc.

Ces conférences prestigieuses permirent au Centre d’acquérir une immense notoriété, pour la plus grande fierté de Paul Valéry, qui déclara lors d’un entretien au journal l’Eclaireur de Nice : « Mon rêve a toujours été, et je l’ai mentionné dans mon projet, que le Centre ne fut pas seulement un instrument d’enseignement, mais qu’il devienne un véritable laboratoire de recherche, un foyer de travaux originaux. »

Le baron Pierre de Coubertin

Mais c’est avec la SDN que l’auteur des « Carnets » allait offrir durablement une renommée internationale au CUM, notamment en accueillant les rencontres du Comité permanent des Arts et des Lettres. Et le 1er avril 1935, c’est ici-même que s’ouvrirent les cinquièmes Entretiens de la SDN consacrés à « La formation de l’homme moderne », qui coïncidèrent avec l’inauguration officielle du CUM rénové.

Trois jours plus tard, c’est au Centre que se déroula la conférence de l’Institut International Cinématographique, en présence de Louis Lumière et des représentants des médias étrangers, sur le thème : « Demain la télévision, mode de diffusion de la pensée ».

Un an plus tard, au début du mois de mai, la victoire du Front populaire aux élections législatives agitait le pays tout entier et Paul Valéry s’inquiétait de son avenir niçois. Son mandat au CUM aller bientôt arriver à échéance et il craignait que le renversement des forces politiques au niveau national lui soit fatal. Dans une lettre à son amie Emilie Noulet (première femme diplômée de la section de Philologie Romane de l’Université Libre de Bruxelles), il écrivait : « Quelqu’un de « gauche » guigne mon affaire. Ce quelqu’un est un romancier bien connu que je trouve le plus vulgaire des mortels. Je pense que tu l’as reconnu ». Le rival en question n’était autre que Jules Romains (autre grand écrivain à avoir élu domicile à Nice), mais le 23 juillet 1936 le mandat de Paul Valéry lui sera reconduit pour trois ans.

Le 6 juin 1937, le CUM recevait la visite du Président de la République en personne. Lors de sa visite à Nice, Albert Lebrun se félicita de la création de ce qu’il considérait comme « l’un des plus riches fleurons de la couronne de Nice, déjà si riche et si brillante ».

En octobre 1938, le CUM accueillait de nouveau les entretiens de la SDN.

Au fil des mois, tandis que des étudiants de droit et de lettres venaient assister à leurs cours dans le grand amphithéâtre, la vie du CUM s’enrichissait de nombreux colloques et congrès de qualité. Le 20 mars 1939, la réunion de 125 rédacteurs en chef en provenance des quatre coins du globe conduisait à la création d’une Fédération internationale de la profession et ouvrait la voie à de futures conférences sur le thème de l’évolution des médias.

Toujours dans le domaine des médias, le cinéaste René Clair organisait au début de l’année 1940 un cycle de conférence sur le cinéma : Louis Jouvet, puis Julien Duvivier se succédèrent pour évoquer le 7ème art … ce qui provoqua l’enthousiasme débridé de Pierre Porte, de l’Eclaireur de Nice, qui écrivit dans les colonnes de son journal que « l’entrée du cinéma au CUM et dans l’université lui confère ses lettres de noblesse. »

Les conférenciers de premier plan ne boudaient pas le plaisir qu’ils ressentaient à venir à Nice pour livrer de passionnantes interventions au public azuréen. La tribune du CUM a pu s’enorgueillir alors de se « livrer » à l’aventurier Paul-Emile Victor (Ma vie d’esquimau), ou aux écrivains Jules Romains (le « concurrent » malheureux de Valéry ne représentant plus un risque pour celui-ci) et Jacques Chardonne (un des pères spirituels de ceux qu’on appellera plus tard “Les Hussards”, dont fait partie l’Académicien Michel Déon….un grand ami du CUM).

Jules Romain (Van Vechten, Carl – US Library of Congress)

Le 23 février 1940, quelques mois à peine avant la débâcle des armées françaises face à l’envahisseur nazi, la dernière conférence donnée par Paul Valéry prenait pour sujet Léonard de Vinci, qu’il estimait être le représentant « le plus exemplaire de l’esprit européen ». Ce devait être le dernier séjour de l’administrateur du CUM à Nice.

Le CUM est alors sur le point d’être fermé par une municipalité soucieuse d’économie en temps de guerre, mais il va finalement continuer ses activités durant tout le conflit…sans Paul Valéry, dont le mandat sera renouvelé le 1er mars 1945 par René Capitant, Ministre de l’Education nationale du gouvernement provisoire. Il n’aura pas le bonheur de revoir Nice, sa Promenade des Anglais et son Centre Universitaire Méditerranéen, puisque gravement malade il décèdera le 20 juillet de cette même année.

Au lendemain de sa disparition, la question de sa succession se posa avec une acuité toute particulière. Qui pouvait être en mesure de remplacer l’irremplaçable poète, ce visionnaire qui était persuadé « qu’il fallait une politique de l’esprit comme celle de l’or, du blé ou du pétrole et que la nation qui la première concevrait cette politique… s’assurerait une gloire et une influence singulière dans le monde ».

Plusieurs noms sont évoqués, y compris et une nouvelle fois celui de Jules Romains, mais ce sera finalement Mario Roques que l’on choisira pour administrer le Centre.

DE 1946 À 1949 : LA RECONSTRUCTION

Mario Roques, le nouvel administrateur qui eut pour tâche délicate de prendre la suite de Paul Valéry était un universitaire français d’origine péruvienne, professeur d’histoire de la littérature médiévale. Il avait notamment traduit et édité Le Roman de Renart. Ce spécialiste des langues romanes et des civilisations du Midi est alors soucieux de donner au CUM un nouvel élan, après les années noires de la guerre, dans une Europe endeuillée qui cherche à se reconstruire matériellement, psychologiquement et humainement.

Il allait s’efforcer de renouer avec les conférences brillantes qui avaient fait la réputation du CUM des années trente. C’est le retour des grands écrivains comme Jacques de Lacretelle, Jules Romains ou Maurice Genevois. Le Prince Rainier III de Monaco, venu écouter le 22 janvier 1947, la conférence d’Armand Hoog traitant de « La part du surréalisme dans la littérature contemporaine », sera conquis par le site et déclarera avoir « été vivement frappé par la beauté de ce temple de la pensée ».

On assiste également durant cette période à une « explosion » des colloques sur les découvertes technologiques et les sujets philosophiques, avec notamment le 65ème Congrès Scientifique réunissant près de 500 savants internationaux, dont Paul Montel, et Marie Joliot-Curie.

Mario Roques, administrateur du CUM de 1946 à 1949

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