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mardi 27 octobre 2026

Le Château des merveilles

Dans les années 60, deux hommes œuvrent pour sertir de pierreries le parc suspendu entre ciel et mer que les Niçois viennent alors de se réapproprier après de grands réaménagements. Des pierreries ? Oui, en quelque sorte car ces deux hommes, à quatre mains, ont en effet conçu et réalisé des mosaïques d’ornements aujourd’hui toujours visibles à différents endroits sur le site. D’authentiques petits joyaux du patrimoine niçois qui ont tout pour plaire…

©Ville de Nice / Centre du Patrimoine – Le Sénat

Des motifs au parfum d’aventures. Des lettrages d’un alphabet mystérieux. Des traces d’une cité légendaire fossilisées en de multiples éclats de couleurs vernissées… Devant le spectacle des mosaïques qu’il retrouvait à chaque fois avec émerveillement, il n’en fallait pas plus à l’enfant crédule que fut l’auteur de ces lignes pour s’imaginer être en présence de vestiges de l’ancienne Nikaïa quand il venait jouer sur la colline du Château. Le temps a fait son œuvre et le petit garçon a su. Que nenni ! Tout ce grand livre d’images déployé à ciel ouvert ici et là dans le parc n’avait pas l’once d’une authenticité historique. Il était le fruit d’une fantasmagorie helléniste. Celle de l’architecte en chef  de la Ville de Nice, Charles Catherin, qui, dans les années 60, caressa le projet de rappeler les origines grecques de Nice, là même où fut fondée par des Grecs phocéens l’escale commerciale Nikaïa (le pitchouné n’avait pas tout à fait tout faux), sur la colline du Château autrement dit ! Ayant ramené de nombreux voyages en Grèce des souvenirs et le goût de l’antique, monsieur l’architecte laissa libre cours à sa fibre poétique et enchaîna les esquisses préparatoires en vue de la réalisation, in situ, des mosaïques.

Ulysse, Circé, le Cyclope et les autres…

L’une de ses esquisses est d’ailleurs visible au musée Masséna tout l’été, dans le cadre de l’exposition « Nice, du rivage à la mer ». Elle représente une sirène. Un personnage parmi d’autres du cycle de l’Odyssée d’Homère qui a inspiré à Catherin nombre de ses croquis. Ulysse en premier lieu mais aussi des dieux de l’Olympe, sa femme Pénélope, Circé la magicienne et la douce Nausicaa, le Cyclope… Autant de représentations de nature à embarquer illico dans leur sillage grands et petits un tant soit peu rêveurs, en quête d’évasion et d’histoires fabuleuses. Ne restait qu’à les matérialiser, à vue d’œil, pour que ce grand récit mythologique des origines se mêle aux pas des promeneurs sur place. Pour cela, il fut fait appel à un autre talent de la Ville de Nice, Honoré Gilly, en sa qualité de maçon, assisté par Monsieur Nègre, mentionne la légende photo d’un article paru en 1971 dans le journal L’espoir. À cette date, le parc du Château est déjà pas mal constellé par de multiples foyers de mosaïques, bien au-delà de la seule illustration de l’Odyssée. Oiseaux, poissons, fleurs fournissent à l’inspiration de Charles Catherin un vivier de formes et de couleurs volubile, comme si ces ornementations pépiaient en laissant éclater  leur joyeux babil polychrome.

©Ville de Nice / Centre du Patrimoine – Le Sénat

Cailloux enchanteurs

Mais n’allons pas trop vite. Il faut d’abord qu’Honoré Gilly passe aux actes, entre dans le vif de la matière pour que les mosaïques prennent vie. Le maçon aux mains d’or va déployer tout un arsenal de débrouille, d’ingéniosité et de joli savoir-faire pour se consacrer à sa tâche. Comme dans un atelier de confection où l’on passe du dessin d’un vêtement au tissu et ses coutures, tout doit se combiner pour avoir de l’allure et du style. À sa manière, Honoré Gilly fut donc un styliste ayant le sens des nuances et des matériaux. Sa technique est visionnaire pour l’époque. Bris de verroterie polis par les vagues et récupérés sur la plage, éclats de marbre, galets de la baie des Anges, pierres, morceaux de poteries, silex du Dramont, pierres des carrières de Roquefort-les-pins, des gorges du Cians… Il s’agit de faire avec tout plein de petits bouts de récupération, du recyclage avant l’heure pour ainsi dire. Honoré Gilly comme un petit poucet qui sème ses cailloux enchanteurs sur la colline du Château. L’ogre du temps qui passe n’a pas croqué les mosaïques, toujours là. Le petit garçon chausse ses bottes de sept lieues…   

En effeuillant les mosaïques…

Sous la forme d’un carnet de notes illustré avec toutes les mosaïques de la colline du Château en photos, une brochure éditée par le Centre du Patrimoine – Le Sénat, est en vente sur place, au Centre du Patrimoine, dès le 21 juillet / 5 euros.

©Ville de Nice / Centre du Patrimoine – Le Sénat

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