Nous sommes le 3 avril 1875. Il sera bientôt quatre heures du matin. Dans quelques instants, quelqu’un va hurler dans la nuit pour donner l’alerte. L’hospice des aliénés de Saint-Pons brûle.
Sur les bords du Paillon, l’hôpital Sainte-Marie n’a pas toujours porté ce nom. À l’origine, il s’appelait hospice Saint-Pons de Nice, créé en 1862 par les Frères de la congrégation de Sainte Marie de l’Assomption. Dans la lointaine banlieue de la ville à cette époque, l’établissement, dirigé par le Père Célestin, soigne près de trois cents malades atteints de différentes formes de démence. Au cœur de la nuit du 3 avril 1875, la maison de fous devient la maison de feu. L’origine de l’incendie prend sa source dans les cuisines de l’hospice. Alors que tout le monde est endormi, les flammes ont tout loisirs de se propager à leur aise et d’accomplir leur sinistre besogne. Jusqu’au moment où l’un des internés, Edouard Hebert, réveille les sœurs de service par ses cris. L’homme n’a pas perdu sa raison, le feu fait bel et bien rage dans tout l’établissement. Les sœurs passent à l’action. Comme par miracle, elles parviennent à évacuer les malades. La plupart seront sauvés, à l’exception de trois d’entre eux.
Voyage au bout de la nuit
Si bilan humain hélas il y a malgré tout, l’incendie de l’Hospice Saint-Pons présente néanmoins un tableau de Nice qu’on a du mal à imaginer aujourd’hui. En 1875, l’emplacement de l’hospice, à l’endroit même de l’actuel hôpital Sainte-Marie, correspond à la campagne niçoise. Loin de tout autrement dit et en particulier des secours et du poste de casernement de la Compagnie des Pompiers de Nice, basée sur le quai du midi, c’est-à-dire le quai des Etats-Unis, nous apprend dans un article Alain Bertolo (1), lui-même capitaine des sapeurs-pompiers de Nice quand il était en activité et archiviste des hauts faits de ses pairs à travers les siècles. Le Père Célestin n’a pas d’autre choix que d’envoyer chercher les secours avec les moyens du bord. Il demande donc à un patient, Caravel, d’aller ventre à terre jusqu’à la caserne des pompiers pour ce qui s’apparente à un voyage au bout de la nuit. Mission accomplie : sous le commandement du lieutenant Camille Berna, un premier bataillon de soldats du feu arrive, à pied, sur place. Il est six heures du matin.

Brigade du peu
Du bâtiment ne subsiste plus grand-chose. D’autre part, on manque de tout pour sauver ce qui résiste encore aux flammes, à commencer par l’eau. La compagnie des pompiers n’est alors que fort peu équipée. « Quatre pompes à bras, un chariot d’incendie pour faciliter le transport des tuyaux, lances et deux cents seaux ainsi qu’une échelle de sept mètres et deux échelles à crochets », l’inventaire est vite dressé. Pour s’approvisionner en eau, le canal d’un moulin voisin est détourné. Des gendarmes sont dépêchés sur les lieux pour ramener au bercail les aliénés qui ont pris la poudre d’escampette. C’est peu dire que la nuit est pour le moins tumultueuse. L’une des trois victimes est un ancien ecclésiastique, interné à Saint-Pons. Il se refuse obstinément à suivre les pompiers malgré tous les efforts déployés. Les deux autres sont des jeunes femmes, prisonnières de leur camisole de force. Des pompiers seront légèrement blessés. Dans les jours suivants, la presse va s’émouvoir à juste titre des moyens d’intervention rudimentaire dont dispose la brigade du feu. La mesure du drame sera prise et, en novembre 1875, du matériel en renfort est affecté au corps des pompiers niçois. L’Hospice est reconstruit dès 1876.
(1)Un grand merci lui soit adressé pour ses précieuses et instructives infos


