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mardi 27 octobre 2026

Tableau de famille

Quelle fratrie ! Au XIXe siècle, trois frères qui ont vu le jour au sein du modeste foyer d’un artisan niçois, peintre en bâtiment, vont faire le buzz, chacun avec des fortunes différentes, dans le monde des arts de l’époque. Ils s’appelaient Hercule, Dominique et Antoine Trachel.

Il faut le préciser d’emblée. L’auteur de ces lignes ne connaissait le patronyme Trachel que par la rue de Nice ainsi nommée puis par la récente exposition, au printemps 2024, que le musée des Beaux-Arts a consacrée (en partie) à celui qui, sous ce nom, s’avère avoir été autrefois un peintre de renom. Nouvelle surprise : à la recherche d’infos pour préparer un tant soit peu cet article, on découvre non pas un mais trois Trachel dans l’exercice de leurs talents. Certes, Hercule, l’aîné et le plus reconnu, a été célébré, de son vivant, bien au-delà des frontières locales. Ses deux cadets demeurent dans son ombre, dans un rayonnement plus confidentiel de leurs dons picturaux. Le roman familial des Trachel ne s’inscrit pas moins dans un récit où des fées du brio artistique se sont penchées sur leur berceau avec bonheur, pour raconter une trilogie niçoise sous le signe d’une fratrie créative !

Un as de la palette

Il était trois fois, donc. Dans la famille Trachel, demandons d’abord Hercule, né le 5 juillet 1820 rue de la Terrasse, mort le 21 janvier 1872. Dès ses quatorze ans, l’adolescent transite par l’école municipale de dessin de ces années-là avant d’intégrer l’Académie de Turin, Nice faisant alors partie du royaume de Piémont-Sardaigne dont Turin était la capitale. Il va ainsi acquérir les bases de sa formation, sur fond de préceptes académiques qui prônent une esthétique néoclassique, inspirée de la copie des grands maîtres du passé. La peinture de paysages fait vite l’objet de ses prédilections, il y trouvera son propre style, entre romantisme et pré-impressionnisme dans la lignée du peintre anglais William Turner. Nice et ses environs offrent une formidable matière première à ses dessins, aquarelles et toiles. La reconnaissance de son talent ne tarde pas, le jeune homme est emporté dans un tourbillon de voyages, côtoie les happy few du grand monde, se lie notamment avec Charlotte de Rothschild dont il devient le professeur pour perfectionner les penchants artistiques de la dame.

Plaisirs et travaux d’Hercule

Hercule Trachel n’en oublie pas pour autant sa ville natale où il revient sans cesse. Il s’implique dans la vie de la cité, rallie le milieu régionaliste niçois aux côtés de son ami poète François Guisol, se produit dans des spectacles où il chante des airs d’opéra. Véritable figure de proue de la vie culturelle d’alors, Trachel s’illustre aussi bien évidemment par ses créations. Soit tout un pan ornemental de son travail pictural dont subsistent encore des traces de nos jours en maints lieux et édifices de Nice. Outre des habitations privées, on peut notamment voir des exemples de son art au Monastère de Cimiez et en l’église du Gesù, où la voûte de la nef avait été repeinte au XIXe siècle, à partir de dessins préparatoires de Trachel. Hercule Trachel disparaît en 1872. Il est inhumé au cimetière de Cimiez, là même où seront enterrés plus tard Dufy et Matisse.

Dominique et Antoine, et Fanny !

Même si la renommée de leur aîné les a quelque peu éclipsés et si la postérité n’a cependant pas élevé ce dernier au rang de grand maître, le blason artistique des Trachel a également brillé avec le savoir-faire de Dominique et Antoine. Dominique (1830 – 1897) est le plus jeune des trois frères. Il taquine la muse, sans avoir jamais embrassé une véritable carrière de peintre. Auteur d’aquarelles et de marines, dans le sillage de son célèbre frère, on le crédite d’un joli brin de talent. Les choses n’iront pas plus loin. Antoine (1828-1903), lui, est d’abord connu par ses qualités d’artisan, sculpteur sur bois pour créer des meubles chantournés. Il s’essaie également à la céramique, à la peinture. On parle à son sujet d’un orfèvre virtuose des arts décoratifs, qui signera des décors muraux comme ceux qui ornent encore la Villa Gastaud, à Fabron (appellation d’origine de la demeure connue plus tard sous le nom de Palais de Marbre, actuelle adresse des Archives municipales). Antoine sera le seul de la fratrie à se marier et avoir des enfants. Dans ce tableau de famille, on aurait tort de ne pas mentionner la petite sœur, Fanny (1837-1903). Insufflant un nouvel élan au lieu d’abord créé par Paul-Émile Barberi en 1823, c’est elle qui sera la fondatrice et la directrice de l’école municipale de dessin toujours et plus que jamais en activités, la Villa Thiole.

Les bicyclettes sur la Promenade, 1895 (Antoine Trachel) DR.
Tableau de Dominique Trachel DR.

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