Plantée au cœur de la saison 2 de la Promenade du Paillon, la célèbre Tête Carrée s’impose comme l’un des symboles les plus singuliers de Nice. Inaugurée le 29 juin 2002, cette œuvre monumentale a été imaginée par l’artiste Sacha Sosno. Elle intrigue autant qu’elle fascine, avec son immense cube posé sur un visage humain, comme une métaphore de la pensée enfermée dans la matière. Mais ce qui la rend véritablement unique, c’est qu’elle est la seule œuvre habitée. Derrière ses façades géométriques se trouvent, en effet, les bureaux de la bibliothèque Louis Nucéra donnant ainsi vie à la sculpture.

Un pont entre l’art et l’architecture
À la fois repère urbain et objet artistique, la Tête Carrée dialogue avec son environnement. Elle contraste avec la nature tout en s’intégrant dans le paysage, de manière contemporaine. Elle invite les passants à lever les yeux, à questionner la fonction de l’art dans la ville et à redécouvrir l’espace public sous un angle inattendu. Plus qu’une simple sculpture, elle incarne une forme d’expérience, un lieu où l’art se vit autant qu’il se regarde.
L’oblitération, un langage
De son vrai nom, Alexandre Sosnowsky est une figure majeure de l’art contemporain français. Sculpteur, peintre, photographe, théoricien… il s’est imposé comme l’un des représentants emblématiques de l’École de Nice. Son originalité repose sur un concept artistique central : l’oblitération, qui pour l’artiste, est « source de la compréhension de toute œuvre d’art […] Elle oblige à reconstruire l’image de mes sculptures, de mes tableaux… Vous (spectateurs ndlr.) êtes les créateurs ». En dissimulant une partie de l’œuvre pour mieux en révéler le sens, jouant ainsi avec les vides et les formes, Sosno invite le récepteur à imaginer ce qui manque, le rendant ainsi acteur.


Un parcours marqué par Nice
Né à Marseille le 18 mars 1937 d’un père originaire d’Estonie et d’une mère niçoise, il grandit entre Riga et Nice où, en 1948, alors qu’il découvre à peine la peinture, Henri Matisse est son voisin de palier. Il fait d’autres rencontres déterminantes. Yves Klein et Arman exerceront également une influence sur sa démarche artistique. Après des études à Paris, il revient s’installer dans la capitale azuréenne au début des années 1960. C’est là qu’il développe ses premières théories artistiques et participe activement à la structuration de l’École de Nice. Entre 1967 et 1969, après son service militaire et une courte pratique de l’archéologie, Sacha Sosno se tourne vers les médias, il est auteur, chroniqueur, reporter de guerre (au Biafra, au Bangladesh et en Irlande). Le lien entre l’artiste et Nice dépasse la simple résidence car la ville devient, pour lui, un véritable terrain d’expérimentation. Il défend une vision selon laquelle l’art doit sortir des musées pour s’intégrer à l’espace public. Aussi ses œuvres (monumentales) sont souvent installées en extérieur et plusieurs de ses créations sont disséminées dans la ville et ses environs, faisant de la cité un véritable musée à ciel ouvert. « Quand un artiste utilise la pierre ou le bronze, c’est qu’il a envie de perdurer dans le temps. Moi, ce que j’aimerai c’est qu’on se souvienne de l’oblitération et que j’ai réalisé les premières sculptures habitées […] Ce sont mes petits apports au parcours artistique que tous les artistes mènent de manière collective » avait déclaré modestement Sosno dont on retrouve les œuvres dans le monde entier notamment à Paris, en Espagne, au Japon ou encore aux États-Unis. Un bel héritage qui suscite toujours autant d’admiration et d’enthousiasme, 13 ans après sa disparition, à l’âge de 76 ans.


