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mardi 27 octobre 2026

“On essaye de sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge…”

Céline Brossard est directrice du Centre de Découverte Mer et Montagne (CDMM), basé à la base de l’Aigle nautique. En pleine année de la Mer, après l’UNOC 3 à Nice, cette association a le vent en poupe. Elle œuvre depuis 1991 et a pour vocation de faire découvrir, comprendre et aimer l’environnement marin en particulier, et de sensibiliser à la protection de la biodiversité. Rencontre.

  • Le CDMM, c’est quoi ?

C’est une association loi 1901, partenaire des acteurs de l’environnement, depuis 1991. Nous œuvrons pour l’environnement et le développement durable, à travers différentes activités. Nous sommes 13 salariés à temps plein, et jusqu’à 17 l’été, pour assurer nos différentes missions.

  • Comment agissez-vous ?

On a trois axes. Les loisirs, pour tous les publics. Avec notamment de l’accueil de loisir, un club nature tous les mercredis, mais aussi, à toutes les vacances, des stages et des séjours. Par exemple, depuis 20 ans, sur le plateau de Caille où les enfants dorment en tipi. Ou alors, aux Iles de Lérins, sur l’Ile Sainte-Marguerite, où ils sont plongés dans l’univers du Masque de fer… Ou encore, l’hiver, à la montagne, à Saint-Etienne de Tinée… On anime aussi deux sentiers sous-marins à Théoule-sur-Mer. Et puis on propose diverses activités, à Nice, rando pédestre ou palmée, kayak, etc, particulièrement pour les familles, mais pas seulement.

  • Des loisirs et activités qui vont permettre la découverte d’un écosystème, peut-être même susciter une vocation…

Oui, effectivement, et c’est d’ailleurs le deuxième pan de notre action : l’éducation. Nous accueillons des jeunes sur le temps scolaire. Des écoliers, des collégiens, des lycéens, mais aussi des élèves d’écoles de commerce… Soit nous nous rendons dans les établissements, soit nous les recevons sur site, au port, dans des espaces qui ressemblent à des salles de classe, didactiques. Par exemples, nous avons des CM1 et CM2 qui viennent, pour 6 séances sur notre base nautique, sur le thème de la voile et de l’environnement. On a 8 classes par cycle, et deux cycles par an. Avec des lycéens, on a 20 heures de face à face pédagogique, sur les principaux enjeux du monde marin, mais aussi, un vrai focus sur les métiers qui y sont liés… On travaille sur la préservation du milieu avec des actions fortes. Les aires marines éducatives, sont un autre projet concret, avec les enfants des écoles primaires et les collégiens.  On leur donne un territoire marin désigné, il est géré par les enfants, qui vont l’observer, constater, et vont prendre des décisions et agir pour l’améliorer. Ils s’approprient cet espace, vont y détecter des problématiques, et proposer des solutions, des actions concrètes… On essaye de sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge…

  • L’éducation, axe important de votre action, se fait-elle aussi au-delà d’un public scolaire ?

Oui, nous sensibilisons en priorité les enfants dès leur plus jeune âge, parce que nous misons sur l’avenir ! Mais notre objectif est aussi, bien sûr, de sensibiliser les élus, les décideurs, le plus de monde possible ! On a donc des actions pour tous les publics en dehors du temps scolaire. Par exemple, l’été, nous allons à la rencontre des usagers des plages pour les sensibiliser, notamment avec ce qu’on appelle le « Bibliomer ». Soit en matinée, soit en fin de journée, on informe, on fait découvrir ce qu’il y a sous l’eau, sous le sable, là juste où nos interlocuteurs se trouvent… Par ailleurs, nous sensibilisons aussi les plaisanciers aux écogestes, en allant à leur rencontre en kayak. C’est dans le cadre d’une démarche psycho-sociale d’engagement, c’est-à-dire qu’on les incite à s’engager sur une ou deux actions. Et on essaie de les revoir pour voir s’ils ont réussi à les tenir… On va de bateau en bateau, et avec eux, on fait un état des lieux de ce qui peut être fait, de comment ils peuvent agir en faveur de la planète. On les quitte en faisant en sorte qu’ils aient pris au moins un engagement, en cochant une case sur un papier. Ils affichent ensuite un petit drapeau éco-engagé pour montrer qu’ils œuvrent pour préserver la biodiversité.

  • Donc en plus d’un rôle d’éducation, vous avez aussi un rôle de moteur pour enclencher des changements de comportement…

Oui, et nous avons, en ce sens, un rôle d’expertise, c’est le troisième axe de nos actions. Nous accompagnons des collectivités, des entreprises, dans la mise en place de démarches sociétales et de développement durable. Nous animons aussi le Réseau Environnement Méditerranée. On y retrouve les pays du pourtour méditerranéen à travers des institutions et organismes engagés, comme des associations, des établissements scolaires, etc. Ces acteurs se rassemblent une fois par an autour d’une thématique. Nous agissons aussi pour l’accompagnement des publics en réinsertion professionnelle, en partenariat avec le PLIE de la Métropole, à travers deux sessions par an de découverte des métiers du développement durable. Une manière pour eux d’ouvrir leurs possibilités, de retrouver du réseau et de la confiance en soi…Et déclencher une idée de métier. On travaille avec eux sur leur projet professionnel.

  • Avec toujours l’environnement comme fil conducteur…

La sensibilisation à la protection de l’environnement, à la biodiversité, au changement climatique, à la santé et à l’environnement, car les deux sont étroitement liés, on parle de Onehealth… Et tout cela avec le soutien des collectivités à toutes les échelles. Nous avons d’ailleurs même des programmes européens, avec des partenaires dans divers domaines : sport et environnement, avec des acteurs sportifs, des clubs de kayak, ou rando palmée, de spéléologie à l’Audibergue, mais aussi des partenaires artistiques, sur une thématique Art et environnement, avec d’autres structures d’éducation à l’environnement et la Région Sud, notamment.

  • Quelles sont les actualités du CDMM, maintenant et pour la rentrée ?

Nous avons été sollicités par la Métropole, qui nous a demandé des conférences sur l’Océan et l’espace, en partenariat avec le CNES, notamment sur comment les satellites participent à la préservation, à l’observation des océans… Une conférence par mois, nous avons démarré en novembre. Le 24 mai dernier, nous avons organisé une journée avec « L’Esprit sorcier » de Frédéric Courant, le Fred de C’est pas sorcier, l’émission qu’il présentait avec Jamy Gourmaud. Et puis nous avons eu au total six journées pour les scolaires avec des ateliers sur notre stand d’animation au Parc Phœnix jusqu’au 4 juin. Une de nos belles actions a été aussi les accords de Nice junior dans le cadre de l’appel à projet Antoine Risso avec huit classes de la Ville de Nice. Comment se mettre d’accord quand les participants représentent des pays différents avec des réalités, des intérêts et des enjeux qui ne sont pas les mêmes, à leur échelle d’enfant, c’était très intéressant. Au cours d’une grande assemblée, à laquelle était même présent un lycée de Turquie, ils ont débattu et ont émis des propositions en lien avec les écoles impliquées dans le projet des aires marines éducatives. Et ces propositions vont aller vers une concrétisation pour certaines puisqu’elles ont été portées à connaissance de décideurs, dont notre maire, Christian Estrosi, lors de l’ouverture de la baleine durant laquelle les écoliers lui ont remis un document. Mais aussi Renaud Muselier, Président de la Région Sud ou encore, notamment, Richard Chemla, adjoint à l’environnement. Ces propositions ont aussi été diffusées sur la radio Ici Azur par une lycéenne qui avait été invitée. Par exemple, parmi ces propositions, on pouvait trouver la sensibilisation du public par des panneaux près des plages, l’organisation de nettoyages de quartier par les écoles, la création de postes d’agents plongeurs de propreté marine, une charte d’engagement des acteurs et usagers de la Méditerranée, l’indication de l’origine du poisson â la cantine, un contrôle des pêcheurs à leur retour de pêche, avec interdiction de vendre des espèces protégées, etc.

  • Vous êtes aussi à l’origine de supports pédagogiques utilisés par les écoliers…

Oui, un autre de nos projets importants, est la réalisation d’un carnet d’aventures pour parler de la Méditerranée. C’est une sorte de carnet de voyage, comme un carnet de vacances, mais nous ne l’avons pas appelé comme ça parce que ça fait tout de suite un peu peur… C’est l’aventure d’un ange de mer cette espèce disparue sur nos côtes qui part à la recherche de ses congénères. À travers son périple on aborde la mythologie de la Méditerranée, l’histoire la biodiversité… On fait un peu de français un peu de maths des sciences de l’histoire-géo… On joue tout en apprenant. Ce cahier est disponible au CDMM et il sera diffusé dans les écoles à la rentrée pour les CM1 et les CM2. Plusieurs enseignants se sont approprié ce carnet, et vont l’utiliser pour leurs classes de mer… Pour les centres de loisir, nous avons aussi conçu un outil pédagogique, qui consiste à reconstituer une fresque de biodiversité marine. C‘est une bâche de 2 mètres par 1 mètre qui représente un fond sous-marin. Elle s’accompagne de fiches qui présentent différentes espèces, avec un dessin en noir et blanc, à colorier et à découper. Et qu’il faut placer au bon endroit sur le fond marin… En cette année de la mer, avec l’UNOC 3 à Nice, nous essayons de surfer sur cette belle dynamique…

  • D’autres projets sont encore à venir ?

Oui, notamment « Neptune Evolution », pour valoriser le patrimoine subaquatique grâce à une reconstitution photogrammétrique. Grâce à un casque de réalité virtuelle, on plonge à 50 mètres de profondeur pour découvrir les fonds marins à 360 degrés. On pourra visualiser deux épaves sous-marines, un site archéologique sur lequel on trouve des dolias, sorte de grosses amphores dans lesquelles étaient transportés les matières premières, mais on pourra aussi voir les vestiges de la Jetée promenade qui existait à Nice, la reconstitution d’herbiers de Posidonie, et la présence d’un Ange de mer, espèce qui a donné son nom à notre baie. Tout cela est accessible en français, en italien et en braille… À travers ce dispositif, on propose aussi une sensibilisation aux bruits sous l’eau, l’identification du bruit d’un cétacé… Tout cela au sein d’une salle « Regarde sous la Mer », construite par la Ville de Nice sur la base de l’Aigle nautique. Et bientôt, une deuxième phase, avec la réalisation d’un sentier sous-marin virtuel…

  • Le nom de l’association, initialement Centre de Découverte du Monde marin, est devenu Centre de découverte Mer et Montagne… Cela marque-t-il un changement de thématique ?

On parle de nature, d’écosystème et de monde global. Les montagnes sont le réceptacle de l’eau, les bassins versants qui ont une conséquence sur la mer. Quand on faisait des relevés IBGN dans les rivières il fallait expliquer à chaque fois pourquoi nous le faisions en tant que centre de découverte du monde marin… Alors on a juste fait évoluer notre nom pour être en phase avec ce que nous faisons. Le monde marin reste notre thématique principale, nombre d’organismes sont présents et font de l’excellent travail sur la montagne, comme le Mercantour qui porte de nombreuses actions. Nous on a déjà beaucoup à faire autour du monde marin, et les enjeux, eux ne se cantonnent pas à la mer, mais bien à un écosystème global !

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