Il a tout d’un héros de roman balzacien, d’un personnage de grand feuilleton historique en costumes d’époque. Peintre niçois aux pinceaux voyageurs, Joseph Fricero n’est pas qu’un nom de rue dans Nice. Son talent en guise de passeport, consacré par le tsar Nicolas Ier dont il épousera la fille naturelle, il a joui d’une notoriété sans frontières au XIXe siècle, avant que la postérité ne le range au rayon d’un purgatoire en clair-obscur. Aujourd’hui, son œuvre suscite des lueurs d’intérêt auprès des amateurs d’art et des connaisseurs, on peut en découvrir un aperçu au musée Masséna ou au musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Voici son histoire.
HPI (Haut Potentiel Iconique)
Petit mais déjà tout d’un grand ! Dès son jeune âge, Joseph Fricero fait des étincelles en se découvrant des aptitudes naturelles au dessin. Très vite remarqué pour ses dons, sa valeur, conformément à l’adage, ne va pas attendre le nombre de ses années. Élevé au sein d’une famille aimante de négociants en vin installée place Garibaldi, Joseph voit le jour en 1807. Il suit les cours d’une école d’art du sieur Barberi. Délicat et gracieux, son crayonné fait mouche. L’élève dépasse même le maître et le charme de ses croquis lui attire les bonnes grâces de la haute société en villégiature sous les cieux de la baie des Anges. La réputation de Joseph Fricero est lancée.
Art au grand air
Le succès venant, notre homme a la bougeotte. Soif d’horizons nouveaux, adepte d’une peinture sur le motif, c’est-à-dire dans la nature et non pas en atelier, il part à l’aventure, jette sa gourme comme on disait alors. L’Algérie via l’Espagne. L’Italie puis la Tunisie. La France et la Belgique. Le Danemark et la Suède. La Macédoine, la Turquie, la Palestine, nous renseigne un ouvrage sur le peintre signé Serge Romain, Joseph Fricero, peintre-voyageur, 1807-1870, paru en 1993 à Paris chez Ferrand. Peintre baroudeur, dirait-on même, épris de paysages et panoramas, le voilà à la cour du tsar Nicolas Ier. Nous sommes en 1847. Comment un Niçois d’extraction modeste (même si ses parents commerçants ont acquis une certaine aisance) se retrouve au milieu des fastes du Saint-Pétersbourg tsariste ?
Socca, samovar et grand amour
Décidément, la vie de Joseph Fricero est bel et bien un roman, voire un conte de fées ! Un jour, son prince viendra ? C’est exactement ça. Il s’appelait le prince Gagarine (ancêtre du cosmonaute du même nom), débarquant à Nice en mission pour prendre le pouls sur la situation locale (Nice fait encore partie du Duché de Savoie-Piémont-Sardaigne). Les deux hommes se lient d’amitié à travers les choses de l’art. Ni une ni deux, le prince emmène le peintre avec lui en Russie. Ami intime du tsar, Gagarine lui ouvre les portes de l’aristocratie impériale. Le Niçois devient le professeur de dessin de la fille naturelle du tsar, Joséphine Koberwein, dite Youzia. Quatre enfants plus tard et après moult péripéties appelées les choses de la vie avec ses hauts et ses bas, la saga Fricero revient se finir là où elle avait commencé, à Nice. En 1852, les époux font l’acquisition d’une vaste propriété sur les hauteurs de la ville, quartier Saint-Philippe, la Commanderie. Le temps passe. Nice est annexée à la France en 1860. Peu à peu, la cote de Fricero n’est plus ce qu’elle était. La finesse de son trait, ses nuances de coloriste sont moins prisées. Il s’éteint en septembre 1870 à l’âge de soixante-trois ans. Sa femme rend son dernier soupir en 1893, dans l’appartement de la rue Cassini où, désargentée, elle avait élu domicile.





