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“Ce sont bien plus que des instruments…”

« J’avais commencé une collection de timbres quand j’étais gamin… Mais je m’en suis vite lassé… » Jean-Michel François est à l’initiative d’une collection qui ne manque pas d’air. Depuis des années, le passe-temps favori de ce chirurgien-dentiste est, en quelque sorte… le sauvetage et la mise en valeur d’orgues. Des instruments plus ou moins monumentaux, appelés à être démantelés et détruits, et qu’il rachète pour les offrir et les installer dans les églises niçoises de la paroisse Saint-Jérôme. C’est ainsi que l’église Saint-Paul, en bas de Pessicart, en compte… pas moins de sept ! Dont 6 installés par son association Accrorgue, créée en 2009 pour, comme son nom l’indique, la conservation et la réhabilitation des orgues. Pour, aussi, les faire vivre, faire en sorte qu’ils soient utilisés, perpétuer leur son. Le grand orgue de l’église Saint-Etienne à Vernier… c’était aussi lui. Avec le facteur d’orgue François Delangue, son complice, en 2012. « C’était un instrument entièrement démonté, issu d’une église près d’Hanovre qui n’en voulait plus… » Mis en vente sur un site internet, l’orgue désenchanté avait trouvé preneur pour pas moins de 130 000 euros, en la personne de notre passionné niçois. Un total de 3291 tuyaux, des milliers de pièces de bois et de fer, avaient été livrés dans l’église Saint-Etienne de Vernier. Qu’il avait fallu assembler sans plan, avec, pour toute aide, six photos… L’instrument avait été réenchanté en quelques mois. Puis ce fut aussi le tour de l’église Jeanne d’Arc, avec l’installation d’un orgue que Jean-Michel et son épouse Françoise sont allés chercher du côté de Francfort.

L’église Saint-Paul : “Ici, c’est la maison…”

Mais c’est à l’église Saint-Paul que le couple de passionnés concentre désormais ses efforts. « Ici, c’est la maison… » Car c’est là que Jean-Michel a grandi, en quelque sorte. D’abord, tout petit, dès l’âge de 4 ou 5 ans, sa grand-mère et ses parents l’y emmenaient, pour voir la grande crèche animée qui trône dans son entrée, connue de tout Nice. « Je me souviens d’une grande côte, et au bout, cette crèche incroyable… J’étais tellement subjugué que je ne m’étais même pas aperçu qu’il y avait une église autour », rit Jean-Michel. Ce n’est que plus tard qu’il la remarque. « C’est drôle parce que toutes nos balades dans les collines, notamment avec mon parrain, l’abbé Maurice Lehmann, passaient par l’église Saint-Paul… Et ce qui est drôle aussi, c’est que mon parrain y a été nommé curé en 1977. C’est lui, dans cet édifice, qui m’a fait aimer la musique… Et à force de le voir jouer, sur deux claviers à l’époque, je m’y suis mis aussi… Vers l’âge de 13 ans, il y devient enfant de chœur. Alors forcément, cette église, il y a des souvenirs. Il y puise ses racines. Celles de son enfance, mais aussi celles de sa passion pour la musique et pour l’orgue, transmise par ceux qui ont fait vivre l’église. Il pense notamment à celui par qui l’orgue est entré dans l’église Saint-Paul, le père Pierre Carmignani, décédé en 1979 : « C’était le père bâtisseur de cette église, construite en 1936 ! J’ai eu la chance de le connaître, et de le côtoyer pendant deux ans, quand j’étais enfant de chœur ici… » Il raconte. « C’est lui qui a poussé jusqu’à l’installation d’un orgue. Certains, une fois le gros-œuvre achevé, n’auraient pas forcément cherché à aller plus loin. Car il fallait récolter de l’argent… C’était une figure niçoise, qui prêchait en Niçois. Et qui allait d’église en église, avec son prêche en nissart, récolter des fonds nécessaires… Il pense aussi à son successeur, Marcel Isnardi, vicaire responsable des chorales, par ailleurs président de La Semeuse. Ou encore, à son parrain, mélomane, « fondu de chorale ». « C’est une église où il y a toujours eu une vie musicale. Il y a ici une des plus anciennes chorales ! Ça fait au moins 80 ans qu’elle existe… » Alors cette volonté, cet investissement, il les poursuit à sa manière, avec ses orgues.

7 orgues, 7 sons, 7 histoires…

Tout avait commencé avec un orgue de salon donné par un paroissien. Depuis, les instruments se sont multipliés. Au fil de la visite menée par Jean-Michel et son épouse Françoise, tout aussi passionnée (sa maman était organiste à Draguignan…), on trouve un orgue mutin Cavaillé-Coll, le seul acheté en France. L’orgue de chœur, acheté à Stuttgart, rescapé d’une église qui a été démolie, mis en couleurs par un grapheur et une artiste peintre. Une véritable œuvre d’art, avec des chamades, sortes de trompettes installées à l’horizontale. Mais encore, un orgue italien romantico construit en 1904. Un autre instrument issu de la cathédrale de Spiere, en Allemagne.  Un orgue de Hagen, dans la Ruhr, où l’église a été transformée en jardin d’enfants. Et parmi les plus récents dans l’église, celui construit par un facteur d’orgue nommé Kleuker, trouvé dans la ville de Heide non loin d’Hambourg. « Ça faisait longtemps que j’en cherchais un de ce facteur d’orgue assez renommé… Un jour, on m’a signalé une annonce. Il se trouve que nous nous trouvions à quelques kilomètres. On est allé voir… » A chaque orgue, une histoire. Souvent celle d’un sauvetage.

Avec, toujours la bénédiction des prêtres de Saint-Paul. Au tout début, celle du Père Largillière qui voyait cela d’un bon œil. Puis des autres après lui, dont celui d’aujourd’hui, le Père Olivier Petit. « Ils ont compris qu’on peut garder sa vocation cultuelle tout en ayant une spécificité culturelle… » se réjouit Jean-Michel François.

Lieu exceptionnel qui attire des musiciens du monde entier

Un professeur du conservatoire de Lausanne vient désormais tous les ans avec ses élèves pour y travailler. Et donner un concert exceptionnel. « Parce qu’ils jouent ensemble sur plusieurs instruments, se déplacent d’un instrument à l’autre sans que la musique ne s’interrompe… C’est fabuleux ! Ce professeur, je l’avais invité une ou deux fois, pour des concerts. Quand il a découvert ce lieu, il a eu l’idée de revenir avec ses élèves et de proposer ce type de concert, parce qu’il dit que c’est exceptionnel, qu’il n’y a qu’ici qu’on peut faire ça, parce qu’il y a beaucoup d’instruments différents dans une même église qui n’est pas trop grande, ce qui permet ces déplacements d’un instrument à l’autre… »

Le fait d’y trouver sept orgues aux sonorités différentes fait de l’église Saint-Paul un lieu exceptionnel. Un patrimoine qu’Accrorgue fait vivre, et fait connaître en le mettant en valeur, à travers l’organisation régulière de concerts, avec des concertistes de toute l’Europe. L’entrée est toujours libre. Et 150 à 200 personnes s’y pressent à chaque fois. « On peut faire jouer plusieurs organistes. Les orgues se répondent, jouent ensemble… » L’association varie les plaisirs, en alliant l’orgue à d’autres instruments : chant, flûte traversière, hautbois, etc.… «  J’aimerais tellement que l’on parle plus de ce lieu, de ce patrimoine, qu’il fasse partie d’un circuit culturel de la ville, et qu’il puisse être pérennisé… » Si vous aimez les orgues, on a un bon tuyau  : prochain concert dimanche 28 septembre à 15h30, orgue et flûte de pan.

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