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mardi 27 octobre 2026

« C’est mon cœur qui dessine »

L’INTERVIEW DU LUNDI AVEC VIRGINIE BROQUET

Il y a de la poésie dans ses couleurs, de l’humanité dans son trait, du talent – c’est sûr – et une sensibilité au monde dont sont faits les grands artistes. Les dessins de Virginie Broquet nous font voyager dans un univers plein d’espoir. Celle qui est Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres peint la vraie vie. La vie des gens. Elle capte les émotions avec délicatesse. Illustration, bande dessinée, peinture, carnets de voyage, création de chars pour le Carnaval, expositions en France et à l’étranger, publicité, mode… sont autant de facettes soulignant la richesse de son œuvre graphique. Rencontre avec une artiste accomplie qui infuse le bonheur…

©DR

Cette année, le carnaval de Nice met en avant la femme avec le thème « Vive la Reine ». Qu’en pensez-vous ? Vous qui avez été la première femme à avoir dessiné le roi…

Et même trois reines ! J’ai été la première à dessiner une reine pour le carnaval puis en 2019, le trio de la famille royale dont le roi en dépit du fait que c’est un milieu très masculin. Je suis très contente d’avoir ouvert la voie. J’ai fait des chars pendant 20 belles années.

©Virginie Broquet

Quelle formation ?

J’ai fait la Villa Thiole pendant 2 ans. A l’époque, c’était l’équivalent d’une prépa et cela donnait l’opportunité de présenter les concours des Écoles d’Art. Malheureusement, la Villa Arson ne proposait que l’option Art contemporain. Je n’avais absolument pas envie de faire cela. Je souhaitais vraiment apprendre à dessiner, à raconter des histoires, quelque part déjà faire de la bande dessinée. J’ai été reçue au concours de l’École des Arts Décoratifs de Strasbourg. Là, j’ai été très heureuse de suivre des études de dessin, à l’ancienne, avec notamment un professeur extraordinaire : Claude Lapointe (illustrateur et enseignant ndlr.). C’était du dessin académique qui apprenait à communiquer. Très tôt, nous avons été en contact avec le milieu professionnel. A titre d’exemple, chaque semaine, toute la classe travaillait sur un dessin de presse et le meilleur était publié dans le journal local. C’était une grande motivation !

La récompense qui marque un tournant…

Au cours de ma dernière année d’école, j’ai participé au concours du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. J’ai réalisé quelques planches BD. J’ai décroché le prix Alph-Art Avenir ! C’était fantastique car c’est une reconnaissance professionnelle incroyable… mais à 25 ans, je n’en avais pas conscience. Un ami, Blutch (de son vrai nom Christian Hincker, un des principaux auteurs de la bande dessinée française depuis le début des années 1990 ndlr. ) me disait « c’est fantastique, tu ne te rends pas compte ! » On peut dire que cette récompense a lancé ma carrière de dessinatrice et d’illustratrice.

Dessine-ton de la même manière en tant qu’ymagier et illustrateur ?

Au départ, les carnavaliers me regardait comme un ovni car je faisais de l’illustration. Mes projets sont très aboutis, précis, avec beaucoup de détails. Je me souviens notamment d’un char appelé « Le Papayou ». C’était un immeuble du Vieux-Nice. D’ailleurs, c’est pour moi, l’un des plus beaux rendus jamais réalisés car ce n’est pas évident de passer du dessin à sa réalisation technique. C’était un bout du Vieux qui déambulait sur la place Masséna avec 1001 détails à l’image du dessinateur Dubout. Il y avait de la socca, du linge étendu, il se passait plein de choses. Sur le toit, il y avait des parasols, des personnes qui bronzaient et tout cela a été reproduit sur le char lui-même ! Nous pouvions monter au-dessus, déguisés et faire la fête. Une vraie scène vivante. La grande différence réside dans le souci du détail car les ymagiers ne sont pas aussi pointus.

©DR

La particularité de vos dessins ?

Il y a toujours des messages, ils sont vivants. Et puis je me suis beaucoup inspirée de Gustav-Adolf Mossa. J’ai un engouement pour le passé qui transparaît dans chacun de mes dessins bien qu’ils soient très contemporains. Sans être nostalgique, il y a toujours une petite touche du passé pour faire le lien avec le présent. J’ai tendance à y glisser de l’humanité. Y compris pour les lieux car pour moi, tout est vivant. C’est mon cœur qui dessine !

Les reines…

La première, c’était la reine des 5 continents. Elle avait une grande robe chantilly dans laquelle j’avais posé les continents. Elle faisait très XVIIIe siècle avec sa perruque. La deuxième, c’était la reine des médias. Sur sa robe, j’y avais placé tous les journaux. Ensuite, le trio en 2019 avec le roi Pierrot dans les studios de la Victorine inspiré par Les Enfants du Paradis qui est mon film préféré et la reine Colombine sur le thème du cinéma.

Votre spécificité, les carnets de voyage…

J’ai voyagé pendant 20 ans et dessiné, entre autres, une quarantaine d’ambassades de France sous la forme de carnets de voyage. A l’origine, mon arrière-grand-père, Léon Espérance Broquet, était dessinateur pendant la guerre 14-18. A la maison, j’ai grandi avec des images de guerre aux murs, des gravures en noir et blanc. Ses œuvres sont présentes dans plusieurs musées du monde et notamment aux Invalides car il fait partie du patrimoine français. Il s’est engagé dans la Grande Guerre et a commencé à la dessiner dans ses carnets. Il est devenu peintre des armées. Il avait 35 ans, blessé trois fois et trois fois retourné sur le front. Son fils, mon grand-père, a été également un grand résistant dans la Marine.

Vous vous inscrivez dans une lignée d’artistes. Vous étiez quelque part prédestinée…

Lorsque j’ai clôturé mon carnet des ambassades de France, j’ai choisi de le faire à Beyrouth au Liban. Et là, dans la résidence de France alors que j’étais en train de dessiner, j’ai été attiré par un lieu où je me suis rendu compte qu’il y avait un tableau de mon aïeul qui d’ailleurs avait été un élève de Claude Monet. Raison pour laquelle il avait cette touche impressionniste en peinture. Il était tout aussi talentueux en dessin. C’était comme un cadeau du ciel de voir l’une de ses œuvres à cet endroit. J’en ai été très émue. C’était en quelque sorte, une forme de communication entre lui et moi, un signe, une rencontre karmique… Du côté maternel, ma grand-mère qui était infirmière, a soigné Henri Matisse les quatre dernières années de sa vie et enfant, je jouais avec des cartes signées de sa main… D’ailleurs, j’ai fait un roman graphique de mon histoire familiale : 200 pages rendant hommage à toute cette lignée, ces artistes, cet environnement incroyable qui continue de m’accompagner. A l’heure actuelle, il est relu par une maison d’édition française de bandes dessinées pour une parution prochaine.

Côté technique ?

Je dessine au stylo bic noir et pour mettre de la couleur, j’utilise des encres mais aussi du feutre, de l’acrylique, des crayons de couleurs, du collage… c’est toute une cuisine pour donner une âme. Pour les grands formats, je mixe avec des pastels gras.

Vos projets ?

Des expositions notamment à Monaco, à la Maison de France durant tout le mois de mars, à Dubaï, à Nice… accompagnées d’ateliers. Je me suis mise à dessiner l’affaire Spaggiari : 50 ans en juillet, 50 pages. Ma prochaine destination ? Pourquoi pas, l’Amérique du sud. Je suis allée à Buenos Aires dans le cadre de mes carnets sur les ambassades mais je ne connais pas le Pérou, par exemple. Je dessine tout le temps. Je ne peux pas m’en empêcher. J’ai cette envie constante de retranscrire ce que je ressens pour qu’il y ait une trace dans le but de raconter, d’échanger et surtout de partager.

©Virginie Broquet
Le carnaval de Nice peint par son aïeul, Léon Espérance Broquet, dans les années 1935 ©DR

A SUIVRE OU A RETROUVER

PROJETS

  • Préparation d’un carnet du festival Vaudou au Bénin, édition Magellan, 2025
  • Exposition Alliance française de Dubaï « les grands classiques français illustrés » 2025
  • Carnets de Monte-Carlo 2026 pour la SBM (Société des Bains de Mer, Monaco)
  • Carnet des Potagers de Mirazur pour le Chef « Mauro Colagreco » Menton, 2026

CARNETS DE VOYAGES

  • Istanbul, Carnet de la Sublime Porte, éditions du Rouergue
  • Brasilia, éditions Requins Marteaux
  • Bollywood, éditions du Rouergue
  • Carnet du Sénégal, avec Richard Bohringer, éditions Arthaud
  • Carnet des ambassades de France, éditions de La Martinière

ÉDITION

  • Souris noire, éditions Syros
  • Fables de La Fontaine, éditions Albin Michel
  • Carnet d’envies, éditions Prat
  • Escapades complices, Marseille, St Malo, Colmar, la baie de Somme et Bruxelles
  • L’enfant qui caressait les cheveux, Darim Publishing, Corée
  • Recettes d’une grand-mère à sa petite fille, Sabine Cassel, Monica Bellucci, Hachette
  • Cahier de coloriage Nice, éditions du Chêne
  • Collection 3 titres « Trop bien je lis » éditions jeunesse Znine
  • « Sur la route des ambassades de France » éditions de La Martinière
  • Cahier de coloriage FLMM (femmes Leaders Mondiales Monaco)

BANDES DESSINÉES

  • A suivre (1993) Vents d’Ouest (1993) Morovache, éditions Le seuil (1995)
  • Les yeux dans le Bouillon, textes Pascal Rabaté, éditions Casterman (2000)
  • 1, 2, 3 Noël, éditions Casterman (2002) jeunesse éditions Duculot
  • Suzy Wong et les esprits, éditions Gope (2014)
  • Rolling Riviera, éditions Fèles (2022)

Retrouvez l’artiste sur virginie-broquet.com

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