L’INTERVIEW DU JOUR AVEC RALPH SCHOR
Les démêlés de Gérard Philippe et son père. Les gigolos sur la Côte d’Azur… Attention, un respectable universitaire, agrégé de sa personne, peut cacher un passionnant conférencier qui n’a pas son pareil pour captiver son auditoire lors de ses rencontres avec le public aux Franciscains, en écho à la programmation du Théâtre National de Nice. Rencontre avec un sémillant conteur…


Ralph Schor semble tout droit sorti d’un traité d’élégance sous le signe de la plus haute distinction. Professeur émérite de l’Université Nice Côte d’Azur, érudit au savoir aussi vaste que gouleyant, ce monsieur-là ne se prend pas au sérieux un seul instant et, sa modestie dût-elle en rougir, il est tout simplement irrésistible de charme et d’esprit ! Remplissant ses bons offices de sommité intellectuelle sous plusieurs casquettes, membre de l’Academia Nissarda notamment, auteur de moult ouvrages historiques, le « quasi Niçois », comme se présente celui qui vit ici depuis l’enfance, est également l’un des sages qui siège au sein du bureau central du Centre Universitaire Méditerranéen. Pour couronner le tout, le Théâtre National de Nice a lui aussi succombé aux séductions de l’historien doublé d’un fin lettré. Depuis peu, voilà donc Ralph Schor propulsé tête d’affiche du TNN à l’occasion de rendez-vous où son art de la parole, jamais rasoir ni pédant, fait des étincelles pour évoquer, à partir de l’argument d’un spectacle, tout un contexte historique. La preuve en est donnée ci-après !
À quel titre le professeur d’histoire contemporaine que vous avez été intervient-il dans la programmation du Théâtre National de Nice ?
« Il se trouve qu’à la demande de l’équipe du TNN, j’ai participé aux Franciscains à une conférence sur Gérard Philippe. Le comédien était issu d’une famille grassoise et son père, Marcel Philippe, était membre d’un parti populiste, condamné à mort à la Libération après la Seconde Guerre Mondiale pour faits de collaboration. Il a réussi à prendre la fuite. Gérard Philippe, lui, était un compagnon de route du PCF. J’ai raconté cette histoire et ça a plu apparemment. Ensuite, Muriel Mayette-Holtz, la directrice du TNN, m’a sollicité dans le cadre du Festival de Tragédies. »
Après ces galops d’essai, le TNN vous a confié trois soirées cette saison pour donner un éclairage historique aux intrigues de trois spectacles.
« Oui, en effet, les deux premières interventions ont déjà eu lieu cet automne. La troisième date, prévue en février, reviendra sur la montée de l’antisémitisme en France dans les années 1930, un sujet hélas toujours d’actualité. Elle préludera à la pièce Grand-Peur et misère du IIIe Reich de Brecht jouée début mars à la Cuisine. »
En cette période de Fêtes, si vous permettez cette note légère, nous ferez-vous le cadeau de reparler de votre première conférence pour le TNN : les gigolos sur la Côte d’Azur à la Belle Epoque ?
« On entre ici dans des histoires d’alcôves ! En ces temps-là, sévissaient sur la Riviera nombre de gigolos pour les riches hivernants des deux sexes. Pourtant, si les demi-mondaines et autres cocottes, telle la belle Otero morte à Nice, ruinée après avoir dilapidé sa fortune au jeu à Monte-Carlo, ont eu les faveurs de biographes qui ont raconté leur histoire, il n’en est rien pour les gigolos. En allant rôder du côté des archives municipales et départementales, en humant les pages de livres oubliés, on retrouve néanmoins le parfum de ces messieurs. Dans son roman Les Noronsoff, Jean Lorrain, écrivain très haut en couleurs, raconte ainsi comment son héros, un prince russe installé à Nice, va draguer des marins tatoués sur le marché des Ponchettes du Cours Saleya. Quant au comte de Miléant, vrai faux noble, j’ai remonté sa piste via les archives. C’était un gars venu de la Crimée. Il épouse une riche héritière après l’avoir enlevée. Le couple adopte quatre enfants, s’installe à Nice sur la colline de Fabron. Fêtard, joueur, le comte mène une bringue aussi fastueuse qu’effrénée jusqu’à provoquer sa ruine. La famille s’exile en Suisse où sa femme meurt en 1917. Il rencontre alors la tenancière d’une maison close qui deviendra sa nouvelle femme. Celle-ci est aussi une espionne. Les deux reviennent à Nice, rachètent le palais de Fabron, ancienne demeure du comte lors de ses premières noces, puis la Villa Vigier. Ils y tiennent un salon de musique boudé par la bonne société niçoise. Pour concurrencer celui de Monte-Carlo, le dit comte veut ouvrir un casino sur l’emplacement de l’actuel palais Maeterlinck. Le projet n’aboutira pas, la crise de 1929 passant par là. Tout cela relève d’une incroyable histoire bel et bien authentique. On ne sait pas ce qu’est devenu cet aventurier des cœurs et des tapis de jeux… »


Rencontre avec Ralph Schor aux Franciscains vendredi 20 février à 19h / thématique à l’ordre du jour : la montée de l’antisémitisme en France dans les années 1930 / entrée gratuite sur réservation (www.tnn.fr)
Grand-Peur et misère du IIIe Reich les 4 et 5 mars au TNN – la Cuisine
Prochain ouvrage de Ralph Schor, Les écrivains étrangers à la découverte de la Côte d’Azur du XVIIIe au XXe, à paraître aux éditions Perrin en 2026



