Prenez un monument de l’édition hexagonale, livre doudou de générations de parents depuis sa première publication en 1956, suivi d’un deuxième ouvrage en 1965. Donnez-leur pour autrice une femme de lettres culte, Laurence Pernoud. Demandez à sa petite-fille, Clémence Pernoud, de reprendre ce flambeau éditorial familial dans des rééditions actualisées. Sur l’autel de papa-maman et bébé bonheur, vous obtenez deux titres-phares indémodables, J’attends un enfant et J’élève mon enfant (éditions Albin Michel).
Sa douceur apparente n’empêche pas Clémence Pernoud d’être une femme de conviction. Les idées reçues et les stéréotypes tout faits, prêts à penser, très peu pour elle ! À ses yeux, oui, maternité et féminisme sont compatibles. Non, être une femme ou un homme au foyer n’a rien de réducteur. Quant à affirmer qu’à l’heure des espaces no kids de plus en plus fréquents, consacrer son quotidien à sa progéniture est un facteur d’équilibre et d’épanouissement, celle qui est déjà maman d’une petite Chloé en est intimement, tendrement, persuadée. Alors, quand la maison d’édition Albin Michel lui a demandé de poursuivre l’œuvre de sa grand-mère, Laurence Pernoud, grande prêtresse des familles françaises depuis des décennies pour ses conseils en matière de parentalité éclairée, Clémence n’a pas hésité ! « Depuis deux ans, j’ai donc pris le relais, sourit la jeune femme qui vit à Nice. Les deux ouvrages signés par ma grand-mère J’attends un enfant et J’élève mon enfant font chaque année l’objet d’une reparution actualisée. Ma grand-mère était bien sûr en charge de ces rééditions. Puis, après sa disparition, lui a succédé Agnès Grison. À présent, c’est à mon tour et je suis aussi fière qu’heureuse de perpétuer cet héritage… »

Quand l’enfant paraît
Dans cette bible du divin bébé que représentent les deux livres, plus que de sacraliser l’acte de donner la vie, il s’agit de donner des infos utiles pour celles et ceux qui ont choisi de fonder un foyer et d’en faire un nid pour y couver ses petits. « Dans nos sociétés actuelles, le bonheur d’être parents est déprécié, estime Clémence Pernoud. Pour moi, devenir mère m’a transformée. J’ai le sentiment que mon existence a commencé à partir de ce moment. D’ailleurs, à ce propos, j’aime beaucoup le terme de « matrescence » qui dit tout le bouleversement d’être parent, équivalent à tout le chamboulement qui survient à l’adolescence. L’ordre des priorités change, on est dans une autre quête de sens. En termes très concrets qui traduisent à la fois cet état de félicité et cette traversée de turbulences aussi, j’ai réactualisé les livres de ma grand-mère dans cette optique… » À l’arrivée, au fil de ces pages revisitées, on va ainsi trouver des échos à des problématiques d’aujourd’hui pour une vision moderne de la parentalité. Clémence Pernoud a par exemple souhaité mettre en avant la douleur de l’accouchement, comment on peut s’y préparer. Elle a elle-même vécu la tragédie absolue de perdre un enfant des suites d’un accouchement difficile. Sans pathos, son vécu nourrit son propos. Elle aborde aussi le fléau des écrans sur les tout-petits pour s’en prémunir. Parle de l’éducation positive, à ne pas confondre avec enfant-roi. Evoque les nouvelles aides en faveur des familles, les soins innovants pour la santé de nos chérubins. « À travers ces classiques réédités chaque année en version réactualisée, l’idée est vraiment de mettre à disposition des parents un guide de soutien, de donner des pistes pour faire son propre chemin au gré de son parcours parental », revendique la digne petite-fille de sa célèbre grand-mère. Pour ainsi dire, c’est elle, Laurence Pernoud, qui l’a mise sur cette voie dès son jeune âge. « Elle était très passionnée, raconte Clémence, et a partagé avec moi sa ferveur pour l’enfance. J’ai exercé d’autres métiers, notamment celui de costumière pour l’opéra, mais suivre le sillon déjà tracé par ses soins a été comme une évidence ! »
J’attends un enfant et J’élève mon enfant par Laurence et Clémence Pernoud / éditions Albin Michel 2026




