Disparu en 2018, il aurait eu 93 ans le 26 avril dernier. Pour ce compositeur à la consécration internationale, palmé et oscarisé, la baie des Anges qui l’a vu naître fut peut-être sa baie des ondes. Celles du premier chant de ses sirènes. Plus tard, Un homme et une femme puis Love story, inoxydables tubes du septième art, seraient ses titres de noblesse musicale. Le temps de cette chronique, on s’est ré-enchanté au diapason de cet artiste haut de gamme, mélodiste hors pair…
Maurice Jarre. Michel Legrand. Georges Delerue. Alexandre Desplats. Et lui. Francis Lai fait partie de ce club trié sur le volet des compositeurs français plébiscités par Hollywood. Chacun d’eux a reçu un ou plusieurs Oscars pour leurs musiques de films. Pour Francis Lai, tout a vraiment commencé avec celle qu’il avait écrite pour Un homme et une femme, le ciné-roman auto-photo de Claude Lelouch. À l’époque, au milieu des années 60, personne ne mise sur le réalisateur, à peu près inconnu au bataillon, même si le musicien niçois, accordéoniste à ses débuts, a déjà fait parler de lui en travaillant pour des chansons de Piaf. Dans le lalaland de Francis Lai, c’est toutefois bel et bien Lelouch qui sera son sésame vers la gloire. Un homme et une femme rafle la Palme d’or du Festival de Cannes en 1966 et s’offre l’Oscar du meilleur film étranger dans la foulée. La très convoitée statuette frôle le jeune compositeur mais se fait encore désirer. “Comme nos wabadabadas“, la chanson du film immortalisée par Nicole Croisille (disparue le 4 juin dernier) est alors sur toutes les lèvres. Cependant, la route de Francis Lai vers “son” Oscar va encore faire quelques détours avant d’arriver à destination, jalonnée de succès qu’elle est à partir de ce tube planétaire. En duo avec Pierre Barouh, son complice sur l’opus lelouchien, il signera notamment pour Yves Montand l’un des titres phares de son répertoire, La bicyclette. Jamais deux sans trois : ces chansons classées au patrimoine ne doivent pas faire oublier un petit chef d’œuvre peu connu voire injustement méconnu du tandem Lai-Barouh, issu de la B.O. d’Un homme et une femme. Un joyau appelé À l’ombre de nous, chanté dans le film par Pierre Barouh.
Une bande originale de nos vies
Foudroyant d’émotion, À l’ombre de nous relève de cette magie des bijoux absolus comme l’est par exemple la Chanson d’Hélène, écrite par Philippe Sarde et Jean-Loup Dabadie pour Les choses de la vie et chantée par Romy Schneider (même si, au final, on ne l’entend à aucun moment du film de Claude Sautet). Lelouch, lui, a bel et bien intégré la chanson de Pierre et Francis à la trame de son film. Et il a eu raison ! Elle palpite comme un lamento sublime pour accompagner les images des amours sur grand écran d’Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. Alchimie des deux comédiens. Cinéma de Lelouch faiseur de belles étincelles à ce stade de sa carrière… Un homme et une femme doit aussi sa postérité à sa partition en état de grâce, jaillie des talents conjugués de Pierre Barouh et de Francis Lai. Joli clin d’œil, l’affiche du Festival de Cannes cette année a choisi les deux interprètes stars emblématiques du film pour égéries. Hommage à Anouk Aimée disparue en 2024, à travers cette affiche, le festival célèbre aussi une œuvre culte, toujours si attachante soixante ans après sa sortie, indissociablement associée à sa bande originale. Celle-ci allait sceller comme un pacte de fidélité artistique entre Francis Lai et Claude Lelouch, qui initiaient alors ce qui deviendrait une longue et fructueuse collaboration entre les deux hommes et amis.

Jusqu’à son dernier souffle
Malgré de nombreuses nominations au cours de ces années fastes, cette complicité au sommet ne sera pas couronnée par un César. Le cinéma américain, lui, a réparé l’outrage dès 1971, en décernant à Francis Lai un Oscar pour le score original du film Love Story avec Mia Farrow et Ryan O’Neal. La chanson du film, interprétée par Mireille Mathieu en version française, fera le tour du monde. Piaf, Montand, Nicole Croisille, Mireille Mathieu, mais aussi Dalida, Marie Laforêt, Johnny Hallyday, Pétula Clark et tant d’autres… Tout le gratin du show-biz de l’époque sollicite le musicien niçois. Réclamé ici, acclamé à l’étranger, des disques d’or à foison : au firmament du métier et d’une carrière internationale, Francis Lai composera jusqu’à son dernier souffle. Pour Lelouch, son alter égo, il signe une dernière B.O. pour le film Les plus belles années d’une vie. La sienne s’achève en 2018, juste avant la sortie du film au titre qui paraît si prémonitoire et qui dit si bien le lien indéfectible qui aura uni ces deux-là, jusqu’au bout. Les obsèques de Francis Lai ont eu lieu à Nice, le 14 novembre 2018, en la cathédrale Sainte-Réparate. Ses cendres se trouvent au cimetière de Saint-Pancrace. Un homme et sa flamme, la musique…






