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mardi 27 octobre 2026

Frédéric Lesellier, couleurs, textures et émotions à fleur de peau

Dans le petit atelier de Frédéric Lesellier, les textures et les couleurs animent sacs, chaussures, pochettes, porte-cartes et autres objets en cuir.  Et les créations de ce maroquinier-bottier-sellier côtoient certains des croquis qui leur ont donné vie, affichés sur les murs. Car ici, chaque objet est fabriqué de A à Z. De l’idée, au produit fini.

« C’est ça qui est intéressant, maîtriser tout le processus de création, de fabrication… » expose Frédéric Lesellier, dont le nom était quelque peu prédestiné.

« Déjà petit, j’avais envie de fabriquer, de créer, d’observer, de transformer les matières… Je faisais beaucoup de dessins, j’avais des crayons de couleurs un peu partout… Il faut dire que mes grands-parents avaient la fibre artistique : ils faisaient de la sculpture, de la peinture, du tissage… On faisait ça avec eux. Au début, c’était un peu une contrainte ! Mais ensuite, on y a pris goût… »

Après avoir fait son lycée en Bretagne, Frédéric intègre l’école Boulle, à Paris. Une bonne formation, mais qui se révèle assez généraliste. Lui souhaite approfondir son apprentissage. « Dans ce domaine, il y a beaucoup d’appelés, peu d’élus ! Il vaut mieux, souvent, se spécialiser… Mais une fois ce savoir-faire acquis, il faut être très bon dans ce que l’on fait… »

Premières armes à Chanel, Longchamp…

Après une période où il fait un peu de tout, il intègre alors le lycée d’Alembert à Paris, au sein duquel il suit une formation plus spécifique, axée sur les chaussures et les sacs, et tout ce qui concerne la maroquinerie. Un véritable tournant dans son parcours.

« En sortant de cette formation, j’ai pu travailler dans de grands groupes comme Chanel, Longchamp… Et voir l’envers du décor et du métier, faire mes armes… »

Un bon moyen de se forger une solide expérience et de se perfectionner. « C’était à la fois une bonne expérience, et à la fois, c’est ce qui m’a fait comprendre que ce n’était pas exactement ce que je voulais faire… Parce qu’on ne maîtrise pas tout le processus de création et de fabrication. Souvent, on est sur une seule étape…  On fait du piquage, ou de la coupe… Le processus de fabrication est très segmenté, et on est à une table d’atelier pour s’occuper d’un seul de ces segments, une seule partie… Pour moi, c’était devenu frustrant ! » témoigne Frédéric Lesellier.

Alors, en 2016, avec son associé, Axel, Frédéric monte la marque qui porte son nom, à Paris. Il commence à fabriquer et à vendre ses propres créations via des plateformes de vente sur le web, ou encore sur des marchés de créateurs. « Mais à l’époque sur ces plateformes, on ne pouvait pas fixer des prix qui nous permettaient de vivre… Nous étions en dessous. Et puis nous voulions développer le sur-mesure… Pour cela, il nous fallait un espace en plus. Or, à Paris, un peu plus de surface, au prix du mètre carré, c’était impossible ! »

Le choix de Nice pour développer le sur-mesure

Le binôme décide de changer de vie. Et de prendre la direction de Nice, d’où Axel est originaire. Ils s’y installent, dans le centre-ville. « On a choisi Nice, non seulement parce qu’Axel y a des attaches, mais aussi parce que nous cherchions un lieu moins saturé en termes d’artisanat, et qu’en termes de prix, on pouvait avoir un espace pour créer. Par ailleurs, la Côte d’Azur nous paraissait un secteur porteur dans notre domaine. Et bien sûr, on a aussi choisi Nice parce qu’en termes de qualité de vie, on avait beaucoup à y gagner ! »

Un choix qu’ils ne regrettent pas. Au départ, ils démarrent leur activité dans leur domicile. Ils y reçoivent leurs clients, y conçoivent leurs créations, les y fabriquent. « On a fait ça pendant 3 ans, et puis, après le Covid, il y a eu un déclic. Ça devenait compliqué de recevoir les gens à la maison, on avait du mal à cadrer les horaires, on a voulu séparer notre activité de notre vie privée. »

Après de longues recherches, Frédéric et Axel finissent par trouver le local idoine pour ce qu’ils veulent faire, au rez-de-chaussée du prestigieux Regina, palace Belle Epoque qui a accueilli la Reine Victoria et de nombreuses célébrités, et où a habité l’artiste Henri Matisse. Un lieu qui a du sens pour l’activité de Frédéric Lesellier.

« C’est l’écrin idéal pour pouvoir développer le sur-mesure… Ce n’est pas vraiment passant, mais, c’est ce que je voulais, pour pouvoir créer et fabriquer sans être sans cesse dérangé. Et quand il y a du passage, c’est très intéressant ! »

Dans son petit espace baigné de lumière, il reçoit ses clients, le plus souvent sur rendez-vous. Il écoute leurs envies, leurs besoins, leurs sensibilités, leurs folies aussi, parfois. Il les guide vers l’objet, unique, qui sera à leur goût, à leur image.

« On va orienter le client selon ses demandes, pour avoir une bonne faisabilité, en fonction des envies, des choix de matière, des accessoires… »

“On apprend toujours…”

Et puis il faut du temps. De la patience. « Le temps, c’est important ! Pour bien faire les choses, pour des finitions parfaites, pour le développement de la création, la recherche, toutes les étapes de travail… C’est ce temps qui va permettre l’évolution de chaque création, vers une réalisation de qualité et au plus proche de ce que souhaite le client », estime Frédéric Lesellier.

« Par exemple, faire un sac, ça peut prendre trois jours… Il y a des temps incompressibles, de séchage, de teinture, etc…. Les chaussures aussi, c’est long et minutieux. Elles mettent deux à trois jours à être montées sur forme, puis il faut coller, clouer, faire le semelage, attendre que la colle cristallise pendant au moins une journée… Enfin, il faut faire le talonnage, qui est une opération, très délicate. Une petite imprécision, et on doit repartir à zéro… Ce sont des choses qui peuvent arriver ! », raconte le maroquinier.

« On apprend toujours ! On essaye de faire preuve d’ingéniosité, pour contourner les embûches, et c’est ainsi qu’on acquiert de l’expérience. Il faut avoir l’envie de travailler, et c’est en se trompant qu’on apprend. Quitte à devoir tout refaire, repartir de zéro, parfois ! C’est ce que je dis à mes élèves : Avant de piquer droit, il faut piquer des kilomètres ! » indique celui qui a été piqué par la passion de transmettre et qui est devenu professeur, au lycée d’enseignement professionnel de Pasteur, où il enseigne la maroquinerie.

Ce qui l’inspire, lorsqu’il crée ? ” La nature, l’architecture, la musique, le cinéma, une scène de film, la posture d’une femme… Il, y a quelque temps j’ai fabriqué une série d’objets sur le thème de lettres, de correspondances, inspiré par la littérature précieuse du XVIIe siècle… J’ai aussi créé en m’inspirant de l’œuvre de l’architecte Oscar Niemeyer au Brésil, des jardins de Versailles… Beaucoup de choses peuvent m’inspirer ».

Fabriquer des sacs, mais aussi des savoir-faire… et des émotions

” Ma plus grande satisfaction, outre le fait d’être libre et de pouvoir aller au bout de ce qu’on a envie de faire d’un point de vue créatif, c’est de voir les gens s’approprier leur sac ou leurs chaussures, et vivre avec… On a donné vie à leur idée. Mais ce sont eux qui l’ont voulue comme ça, qui l’ont imaginée, et on sent que ça compte, pour eux… »

Des clients essentiellement de la région de Nice, qui reviennent régulièrement, dont quelques personnalités. Il a récemment confectionné les chaussures de Mado la Niçoise. « Mais on fait aussi du prototypage pour de petites marques locales de Nice à Marseille… Par exemple en ce moment on fait des maquettes de sacs pour une petite maroquinerie, pour les aider à se lancer. » Frédéric Lesellier travaille aussi à développer la marque à l’international, notamment sur l’Asie. Un projet de longue haleine.

Autre projet qui lui tient à cœur, auquel le bottier-maroquinier prend part : Manufacto, de la Fondation d’entreprise Hermès. Une « fabrique des savoir-faire », un dispositif de sensibilisation aux métiers de la main en milieu scolaire. « Au fil des mois, les élèves réalisent un objet contemporain en découvrant les gestes, techniques et outils des artisans qui leur transmettent le plaisir de “faire”. Manufacto se déploie dans chaque classe volontaire à raison de douze séances de deux heures pendant les heures de cours. Le projet est pleinement intégré au cursus, du primaire au lycée. Encadrés par un trinôme de professionnels – un artisan, un assistant et un enseignant –, les élèves découvrent les gestes de la maroquinerie, de la menuiserie, de la sellerie-garnissage ou de la plâtrerie » indique la Fondation Hermès sur son site.  « À chaque niveau correspond un objet spécialement imaginé par des designers selon un cahier des charges exigeant » Et que les élèves vont réaliser. Un autre pan de son travail, qui passionne Frédéric. « On va assurer la formation, pour que les élèves puissent créer un objet de qualité, dont ils seront fiers… »

Car pour Frédéric Lesellier, ce métier, c’est avant tout l’émotion… à fleur de peau.

Plus d’infos sur https://frederic-lesellier.com

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