C’est le 26 septembre 1864 que s’éteignit, en Suisse, un illustre militaire niçois, tout autant aventurier qu’amoureux de la liberté : le général Ignace Ribotti de Molières. La postérité, ingrate, l’a quelque peu oublié et, dans notre ville comme ailleurs, la notoriété de Garibaldi a éclipsé la sienne.
DE NICE À MALTE
Ignace Ribotti a vu le jour à Nice le 12 novembre 1809, fils de Philippe-André Ribotti, comte de Valdeblore et de Séraphine Rossetti, sa seconde épouse. Etudiant au collège des Jésuites de Nice, il intègre à 17 ans, en tant que cadet, les gardes du corps de roi de Sardaigne et devient sous-lieutenant d’infanterie le 15 décembre 1830.
Un an plus tard, ce jeune homme épris de liberté et inspiré par les idées des Lumières se retrouve impliqué, tout comme Garibaldi, dans la conspiration libérale destinée à unifier l’Italie et chasser les Autrichiens qui gouvernent alors la majorité de ses Etats. Arrêté et emprisonné dans la citadelle de Turin, Ribotti est dégradé et banni. Il s’exile en France puis en Angleterre mais, peu après, gagne le Portugal où il s’engage dans l’armée de Dom Pedro, qui affronte alors le roi Dom Miguel. Notre Niçois prend part au siège de Porto et est promu lieutenant. La guerre du Portugal terminée, il s’engage le 22 octobre 1835 dans un régiment de volontaires qui part en Espagne combattre le roi Dom Carlos, lors de la première guerre civile pour la succession royale. Durant cinq années, Ignace Ribotti se bat avec vaillance et son courage comme sa grande valeur lui permettent de rapidement monter en grade : commandant en 1838, puis chef d’état-major du général Durando en 1840, il est nommé lieutenant-colonel et est décoré de l’ordre militaire d’Isabelle II le 1er mars 1841.
SE BATTRE POUR L’ITALIE
Au lendemain de la guerre d’Espagne, Ignace Ribotti est contacté par les libéraux italiens et notamment par Nicolas Fabrizi, qui a fondé à Malte la « Légion Italienne ». L’objectif de ces conspirateurs est de délivrer l’Italie du joug autrichien par la révolution. Le colonel Ribotti est choisi pour diriger le mouvement et, de Malte, il part incognito en Italie pour espionner les places militaires de Palerme et Messine. Repéré par l’ennemi, il est contraint de gagner Livourne puis Bologne. De là, il réunit une petite troupe de 200 hommes décidés et tente un coup de force : s’emparer de trois cardinaux réunis en conciliabule dans une villa située dans la région de l’Emilie-Romagne. Parmi les prélats figure le cardinal Mastaï-Ferretti, le futur pape Pie IX. L’action échoue et Ribotti retourne à la vie civile….
C’est en 1848 que notre aventurier niçois réapparait, à l’occasion de la révolution sicilienne, lorsque Palerme prend les armes contre les Bourbons. Ribotti propose ses services aux insurgés et le gouvernement provisoire le nomme colonel, avec pour tâche de mettre sur pieds l’armée insulaire. A la tête de celle-ci, il participe quelques mois plus tard à l’attaque de la place-forte de Messine, qui est défendue par les forces napolitaines. Sa bravoure lors de cette campagne lui vaudra, plus tard, de recevoir le titre de « citoyen honoraire” de Messine. Les péripéties italiennes du Niçois ne s’arrêtent pas là puisque celui-ci prend ensuite la tête d’une expédition qui vole au secours des révolutionnaires calabrais. Il débarque à Paola avec 700 hommes et une poignée de pièces d’artillerie et affronte les troupes royales, sur la route de Castrovillari. Pris entre deux feux, la campagne de Ribotti se termine rapidement et il bat en retraite. En cherchant à s’enfuir par la mer, il est capturé au large de Corfou par une escadre napolitaine. Fait prisonnier, il est envoyé à Naples, au fort de Saint-Elme, où il va rester détenu six longues années.
Rendu à la liberté le 15 décembre 1854, l’officier niçois rentre dans les Etats sardes, après 24 ans d’exil… Là, il est contacté par Cavour, le Président du Conseil des ministres du royaume de Sardaigne et l’un des principaux artisans de la future unité italienne. Le ministre expédie Ribotti dans la province de Massa-Carrara, afin de diriger l’insurrection qui vient d’éclater au printemps 1859. Avec ses hommes, celui à qui Cavour a confié les pouvoirs de commissaire extraordinaire repousse les armées du duc de Modène et réussit à libérer en quelques semaines toute la région de Lunigiana. L’année suivante, notre vaillant niçois est promu lieutenant-général et commande une division entière. Cavour souhaite alors l’envoyer en Sicile afin de déclencher le soulèvement de l’île, mais Ribotti décline l’offre et cède sa place à Garibaldi…. En effet, il a été entretemps nommé député de Sant’Arcangelo (dans la province de Potenza), puis de Guastalla (en Émilie-Romagne) et a pris le commandement du corps d’armée de Modène. Tout semble sourire à ce révolutionnaire audacieux quand, brusquement, sa santé se met à inexorablement décliner (par faute d’un mal contracté durant ses années de cachot) et il meurt le 26 septembre, à l’âge de 55 ans.

A Nice, sa ville natale, la rue Ribotti rend hommage à cette illustre famille, et plus particulièrement au plus héroïque de ses représentant, le général Ignace Ribotti de Molières.

