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Lewis Way, le révérend qui a mis les Anglais de Nice sur la voie… d’une promenade emblématique

L’an dernier, Nice a fêté les 200 ans de son emblématique Promenade des Anglais, l’un des symboles de la ville, connu dans le monde entier. Une voie de promenade côtière entièrement dédiée aux loisirs, première en date dans l’histoire du monde, du Paillon à l’actuelle rue Meyerbeer, le long de la côte, et dont les travaux de nivelage s’achèvent en 1824. Si les actes publics la dénomment alors “Strada del littorale”, la population désigne la nouvelle chaussée comme le camin dei Inglés ou chemin des Anglais. Et pour cause : ce sont les riches hivernants anglais qui en sont à l’initiative. Et en particulier, un certain Lewis Way, révérend anglais.

Qui est- il ? Il fait partie de ces Anglais qui ont adopté Nice comme station d’hiver, dès le milieu du XVIIIe siècle, pour la douceur de son climat. Comme Lewis Way, la plupart, trouvant la vieille ville bruyante, préfèrent s’installer dans des maisons situées le long de la « route de France », entre le Magnan et le Paillon, ou dans le quartier de la Buffa familièrement baptisé le “Newborough” ou “la petite Londres”. Très vite, les Britanniques, venus chercher douceur de vivre et soins balnéaires se plaignent de ne pas disposer d’une promenade le long du bord de mer. Car la balade, à l’orée de la Méditerranée, est alors une pratique innovante qui conjuguait l’admiration du paysage et la recherche de salutaires effets médicaux. Il existe bien une promenade sur les terrasses des Ponchettes qui dominent la mer, le long du cours Saleya qui était depuis le XVIIe siècle le centre de la vie mondaine. Mais à l’époque, il faut faire un long détour par le Pont-Vieux, seule possibilité de traversée du Paillon, pour s’y rendre.

Le pasteur à l’origine d’une souscription pour construire la Prom

En 1822, le pasteur anglican Lewis Way a alors une idée qui va renforcer le lien entre les Britanniques et les Niçois. Alors que la misère est grande dans la capitale azuréenne, à cause d’intempéries qui ont engendré cette année-là de mauvaises récoltes, il lance une souscription auprès de ses compatriotes, afin de venir en aide aux habitants sans travail en les embauchant pour qu’ils réalisent les travaux de cette fameuse promenade, tant désirée. La souscription permet de recueillir 2478 francs ainsi que des dons en nature. Les travaux commencent le 29 décembre 1823, durent douze semaines pendant lesquelles 120 hommes, 99 femmes et 74 enfants sont employés. En quelques mois, le « chemin des Anglais » est né.

Outre le fait d’être à l’origine de la construction de la Promenade des Anglais, le révérend Lewis Way  (11 février 1772-23 janvier 1840) dont le nom (voie, en anglais) était prédestiné, avait été nommé pasteur de l’église à Nice en 1822. Ancien avocat à la Cour, il faisait partie de l’aile évangélique de l’Eglise Anglicane. La mission principale que ce pasteur s’était donnée était de se consacrer à la conversion des juifs (il fut membre fondateur de la London Society for Promoting Christianity Amongst the Jews. En 1812-1816, il construisit la chapelle de Stansted Park, dans le Sussex, dans le cadre de ce ministère). Ce fut lui qui ouvrit l’église à Nice, où il passa deux saisons avec sa famille nombreuse (il aura au total 6 filles et 3 fils). Il devint ensuite pasteur à Paris, aumônier de l’ambassadeur britannique. Là-bas, il fonde la première église anglicane, la chapelle Marboeuf (St George Church), au 12 rue Marboeuf, près des Champs Élysées.

Riche… grâce à un homonyme rencontré par hasard

Lewis Way, né le 11 février 1772, du côté de Denham, dans le Buckinghamshire en Angleterre, était le deuxième fils d’un député et membre de la Royal Society, Benjamin Way, qui s’occupa de la formation de son fils en tant qu’avocat. Way obtint son diplôme de maîtrise en 1796 au Merton College d’Oxford, et en 1797 fut admis au barreau par la Society of the Inner Temple.

La légende dit que Lewis Way doit l’essentiel de sa fortune à un coup de chance. Un homonyme rencontré par hasard et avec lequel, malgré l’absence de lien de parenté, il se lia d’amitié. Il s’agissait d‘un certain John Way, un homme fortuné, qui lors d’un passage à l’Inner Temple pour ajuster son testament, décida de s’arrêter au bureau de Lewis Way, curieux de rencontrer la personne qui partageait son nom de famille peu commun. C’est ainsi qu’ils se lièrent d’amitié et qu’ils entretinrent une correspondance. Lewis Way s’est rendu plusieurs fois chez John et ce dernier, riche, ne rechignait pas à lui apporter un soutien financier. A la mort de John Way en 1804, c’est son épouse qui hérite, mais aussi… Lewis Way, à qui John a réservé dans son testament environ 300 000 £ (soit environ 30 millions de livres sterling en valeur d’aujourd’hui).

Ce qui le rend soudainement riche. Et le dispense de subvenir à ses besoins en tant qu’avocat. C’est ainsi qu’il devint philanthrope, et, ordonné prêtre de l’Église d’Angleterre en 1817, qu’il consacra une grande partie de sa fortune à des œuvres religieuses, au fil de ses voyages à travers le monde.

Pasteur voyageur au chevet des Juifs, qui se liera d’amitié avec le Tsar Alexandre 1er de Russie

Avant d’arriver à Nice, il s’était rendu en Russie, en passant par les Pays-Bas, l’Allemagne et la Pologne pour rendre visite aux populations juives et découvrir leurs lieux de culte. Il obtint plusieurs audiences du tsar Alexandre Ier de Russie, qui devint un ami, et partagèrent un intérêt commun pour l’avenir du peuple juif. Le tsar ira même jusqu’à envoyer Lewis Way au congrès d’Aix-la-Chapelle, en 1818, pour obtenir un engagement des chefs d’État européens post-napoléoniens à améliorer le sort de la population juive d’Europe.

Ses voyages se multiplient. C’est alors qu’il était en route pour le Liban en 1822 qu’il séjourna quelque temps à Nice, et s’y installa finalement plus de deux ans.

Mais les dernières années de Lewis Way furent passées loin de la lumière méditerranéenne, dans la campagne anglaise du Warwickshire, malade, pensionnaire d’un asile d’aliénés à Barford. Il y mourut le 23 janvier 1840, non sans avoir laissé, dans plusieurs endroits du monde, un héritage spirituel, mais aussi monumental, patrimonial, lui qui fît bâtir des églises et… notre magnifique promenade.

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