Cet ancien haut fonctionnaire, fier « de ne pas parler un traitre mot d’anglais », sera de la manœuvre, ce week-end, à la villa Masséna lors des 8e Journées Impériales. Pour organiser en tant que président de la délégation niçoise et azuréenne du Souvenir napoléonien, concerts, bals, défilés militaires et autres aubades au « temps regretté » de Napoléon.
Silhouette mince, le verbe haut, la voix forte mais chaleureuse, le cheveu fourni et un regard d’aigle qui vous transperce : Olivier Ghebali, a des allures de son « héros », Napoléon Bonaparte. A 76 ans, cet ancien haut fonctionnaire qui a débuté, place Beauvau, au cabinet de Raymond Marcelin, ministre de l’Intérieur de 1968 à 1974, pour finir sa carrière à Nice, en tant que magistrat au tribunal administratif, ne cache pas sa passion pour la période napoléonienne. « Au niveau des études, j’ai suivi le même parcours qu’Emmanuel Macron. J’aurais pu le remplacer, glisse-t-il en riant. Sauf que moi, j’aurai rétabli l’Empire ! »
Président de la délégation niçoise et des A.-M du Souvenir napoléonien depuis son départ en retraite, il y a quatorze ans, Olivier Ghébali participe activement aux « Journées Impériales » organisées par la Ville du vendredi 3 au dimanche 5 octobre. Pour cette 8e édition, lui et son association ont investi, en fanfare et trompettes, avec bicornes et shakos déployés, le musée Masséna pour le transformer, samedi et dimanche, en villa d’apparat « au temps regretté » de Napoléon… Rencontre tambour battant.
D’où vous vient cette passion pour les deux Empires ?
Elle vient de mon enfance. J’ai été élevé par un père Corse, et une mère Polonaise qui avaient tous les deux une vénération pour l’Empereur. J’ai grandi avec Napoléon Bonaparte à mes côtés. Sur lui, j’ai tout lu et je continue de lire matin, midi et soir sans jamais avoir fait le tour de la question. Par solidarité avec Napoléon, je me suis toujours refusé à parler un traître mot d’anglais, les Britanniques étant les ennemis jurés de l’Empire. Heureusement, mon épouse, Marguerite est aussi fondue que moi et admire Napoléon Bonaparte.
Entre Napoléon Bonaparte et Napoléon III, qui a votre préférence ?
Napoléon, pour la grandeur et la gloire de la France. C’est à lui, génial législateur, que l’on doit nos grandes administrations, le code civil, les lycées, le baccalauréat jusqu’aux numérotations de nos rues. Toutes les bases de notre société moderne, nous le lui devons. Napoléon III, c’est le développement économique de notre pays. N’oublions pas que grâce à lui, nous avons le premier réseau ferré d’Europe. Napoléon III avait la fibre sociale. Son truc à lui, c’est l’ouvrier. Il aimait profondément les gens. Il a été mal soutenu par sa majorité constituée de bourgeois orléanistes. Atteint de la maladie de la pierre – les calculs – il est mort en exil à Chislehurst, au Royaume-Uni, des suites d’une opération à la vessie pratiquée, alors, par le meilleur chirurgien britannique.
Napoléon III a marqué Nice de son empreinte…
Absolument. En 1860 à bord du navire impérial L’Aigle, il est contraint de s’arrêter à Villefranche-sur-Mer parce que le port de Nice qui devait l’accueillir était trop petit. C’est donc en calèche qu’il rejoint Nice pour sillonner ensuite les environs. La Promenade des Anglais tracée en lieu et place d’un petit chemin au bord du littoral, c’est Napoléon III ! Il voulait que Nice devienne une cité touristique d’envergure. Il a pris en main quatre dossiers et s’est donné quatre ans pour les solutionner.
Quels dossiers ?
Premier dossier : réaliser la ligne ferroviaire Paris Lyon Marseille jusqu’à Nice, dans la future gare Thiers. Deuxième dossier : construire un pont au-dessus du fleuve Var pour amener la voie ferrée. Troisième dossier : aménager un pont pour les calèches, toujours à l’embouchure du Var, qui deviendra l’actuel pont Napoléon III. Dernier dossier : draguer l’embouchure du Var qui, à l’époque, était recouverte de marais malsains. Quatre promesses faites, tenues et résolues en quatre ans.
Vous oubliez la Cour d’Appel promise par Napoléon III, mais jamais octroyée, afin d’inciter les habitants du Comté de Nice à choisir la France, lors du référendum de 1860…
C’est faux ! J’ai tout lu, épluché tous les écrits sur cette question. Y compris les archives du musée Masséna. Je vous l’affirme : Napoléon III n’a rien dit, rien promis au sujet de la Cour d’Appel à Nice. Peut-être que d’autres personnes ont parlé en son nom, mais pas lui ! Il aurait pu faire dix promesses et les réaliser en dix ans, il en avait les moyens.
C’est toute cette histoire que vous étudiez au sein de votre délégation du Souvenir napoléonien ?
Pas uniquement. La période historique que nous étudions débute en 1789 pour s’achever à la chute du Second Empire. N’oubliez pas que Napoléon Bonaparte était un fils de la Révolution française ! Dans notre délégation niçoise et azuréenne, nous organisons huit conférences par an à la villa Masséna. Il s’agit d’obligations non écrites pour dynamiser notre association forte de 250 membres, à laquelle s’ajoute un voyage annuel. Les conférences comme les voyages sont forcément en lien avec les deux Empires. Comme nous nous attachons aussi à mettre en scène l’histoire vivante.
« L’histoire vivante », c’est quoi exactement ?
Dans notre association, nous avons créé quatre sections : une sur la recherche historique, l’autre sur la « reconstitution » pour recréer les grandes pages de l’histoire, une chorale et enfin une section « danse ». Au musée Masséna, nous organisons des concerts et des bals, en costume d’apparat, comme si on était à la cour impériale de Joséphine ou celle d’Eugènie (l’une est l’épouse de Napoléon, l’autre celle de Napoléon III NDLR). S’ajoutent enfin des spectacles lyriques et historiques que nous montons de toutes pièces. Le dernier sera présenté ce dimanche, au CUM et aura pour thème la légende de Napoléon. (Voir ci-dessous) Comment elle est née et s’est développée pour servir la France.
Que pensez-vous des critiques sur Napoléon, taxé aujourd’hui de tyran sanguinaire, d’esclavagiste, de misogyne ?
Ceux qui tiennent de tels propos sont des anti-France et n’ont aucune connaissance historique. Je leur conseille la lecture « Pour Napoléon » de Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon qui, dans ce livre, répond point par point aux critiques. Pour les enfants, il y a un magnifique livre « Napoléon Moustache » de Jouanneaud, qui raconte l’histoire vraie du chien Moustache décoré par l’Empereur. En fait, tout ce procès autour de Napoléon, qui est un mélange d’ignorance et d’anachronisme, n’a qu’un objectif : casser les racines de la France pour mieux manipuler les masses. On n’apprend plus à aimer son pays. Il faut être citoyen du monde avant tout même si cela revient à être citoyen de nulle part. C’est bien triste.
Demandez le programme !
En plus des conférences, visites, expositions organisées par la Ville dans le cadre des Journées Impériales (l’intégralité du programme est sur le site www.nice.fr ) s’ajoutent les animations montées par le Souvenir napoléonien. Et c’est gratuit. Les voici.
Le samedi 4 et dimanche 5 octobre, de 10h à 17 heures, le musée Masséna vivra à l’heure impériale.
Dans le parc, seront proposées toutes les 30 minutes en alternance : démonstrations d’escrime artistique par les Lames d’Hermès, avec initiation du salut et techniques de cannes de combats ; manoeuvres, défilés militaires et aubades par des unités de Chasseurs du 5e Régiment d’infanterie légère de Fréjus, les Grenadiers à pied de la garde impériale du Premier Empire représentés par les Tambours de l’Odyssée et les voltigeurs de la garde impériale du Second Emprire, les fifres et tambours de Géménos.
Dans le musée, animations toujours en alternance toutes les 30 minutes : reconstitution d’un bal du Second Empire par l’association Quam Pulchra Es, avec séquences initiation pour le public ; présentation de la mode féminine et masculine sous les deux Empires par l’association « le Boudoir impérial » ; exposition de figurines napoléoniennes et atelier d’initiation pour le public par l’association Les Chevaliers de la Baie des Anges ; exposition de figurines napoléoniennes Playmobil par l’association Reysonance.
Au CUM, (65 Promenade des Anglais), le dimanche 5 octobre à 16 heures : concert spectacle sur « la légende napoléonienne au service de la France » monté par la délégation du Souvenir napoléonien de Nice et des A.-M. Née à la chute de l’Empire, créée par Napoléon Bonaparte lui-même dès la Première campagne d’Italie, cette légende raconte comment l’Empereur est devenu immortel au fil d’1h30 de spectacle mêlant choeur, grande musique et récits historiques.
Le Souvenir napoléonien, c’est quoi ?
Créé en 1937 à Nice par Eugénie Gal, arrière petite nièce du maréchal Suchet et filleule de l’Impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, le Souvenir napoléonien est la plus importante association napoléonienne du monde. Elle a été reconnue d’utilité publique en 1982. Son objectif : étudier et faire connaître les évènements, les institutions, les lieux de mémoire, la société, les personnages, cela durant la Révolution, le Consulat et les Premier et Second Empires. Sur le plan national, l’association regroupe 2 600 adhérents aussi bien des historiens, chercheurs ou mordus d’histoire. Elle compte 21 délégations régionales et 7 délégations étrangères : Belgique, Colombie, Italie du Nord, Rome, Toscane en Italie centrale, Suède et Suisse. Elle dispose aussi de correspondants en Allemagne, Autriche, Espagne, Italie et en Russie.
Cette association est adossée à la Fondation Napoléon, reconnue d’utilité publique en 1987 et rattachée à la Fondation de France, dont l’objet est d’encourager la recherche sur les périodes du Consulat, du Premier et du Second Empire afin d’en favoriser la diffusion et de participer à la sauvegarde du patrimoine napoléonien.
La délégation de Nice Alpes-Maritimes est l’une des plus dynamiques de l’association. Elle se singularise par l’organisation de spectacles historiques et lyriques interprétés par les Choeurs napoléoniens (25 choristes et 5 solistes) avec marches militaires au fifre et au tambour. Depuis 2013, ce sont six spectacles qui ont été donnés à Nice et dans les A.-M, ainsi qu’à Paris et en Italie.
1. Contacts de la délégation de Nice-Alpes Maritimes du Souvenir napoléonien : nice.delegation@gmail.com, site Internet www.souvenirnapoleonien.org.

