mer. 28 Oct. 2026
15.7 C
Nice
15.7 C
Nice
mercredi 28 octobre 2026

 « Pour être carnavalier, il faut savoir tout faire ! »

Avant la sortie du premier corso, samedi soir, l’heure est aux ultimes finitions des chars et grosses-têtes de Sa Majesté la Reine. En route dans les coulisses de la halle Spada, aux côtés de Raoul et Maryon Ruzziconi, 4e génération de carnavaliers…

Dans les hangars de la halle Spada, rue Denis-Semeria, ça scie, ça perce, ça soude, ça colle… Il faut dire que le temps presse pour les carnavaliers. Ils n’ont plus que quatre jours devant eux pour peaufiner leurs œuvres : les chars et grosses têtes de sa Majesté Carnaval « la Reine ». Et ce avant le lancement officiel des festivités, ce samedi soir à 21 heures avec le premier corso (1). Alors dans les rangs des carnavaliers, l’heure est aux dernières retouches, aux ultimes ajustements. Comme Raoul Ruzziconi, 56 ans.

Raoul dévoile une des héroïnes de son char “Thelma et Louise”.

Lui, son métier, c’est technicien au service des sports de la Ville et « carnavalier par passion » ajoute-t-il. Pour créer son char et ses neuf grosses-têtes qui vont avec – « c’est le lot attribué à chaque carnavalier, une fois qu’il a été sélectionné par la Ville, après appel d’offres européen » -Raoul file à l’est, rue Denis-Seméria, tous les jours après son travail, week-end compris ! « Et cela fait 33 ans que cela dure » se marre-t-il.

Dans cette ancienne friche industrielle reconvertie en ateliers géants, Raoul retrouve sa fille Maryon, 30 ans, Sylvain, son gendre qui donne le coup de main à l’occasion « quand tout se bouscule », Gilles, imprimeur au CHU de Nice et, pour carnaval, artiste-peintre, expert dans l’art du pistolet, et, enfin Morgan, le sculpteur. Une joyeuse petite équipe soudée par des années de collaboration sur fond de confetti et serpentins.

Ces sujets de résine, qu’ils soient gros ou petits, passent entre les mains de Gilles, le peintre.

Quatre générations au service de Sa Majesté

S’il n’est pas né dans le milieu des carnavaliers, Raoul Ruzziconi l’a épousé. « J’ai toujours adoré cet univers, se souvient-il. Enfant, je faisais des pieds et des mains pour monter sur les chars ; ado, je suppliais de porter les grosses têtes. Et puis, en 1988, j’ai rencontré Magali. »
Fille, petite-fille, arrière-petite-fille de carnavaliers, Magali Durand fait partie de ces quelques grandes familles au service de « Sa Majesté ». Et cette dynastie des Durand débute avec Armand, l’arrière-grand-père paternel.

« Il était policier dans la Nationale, et plus précisément « hirondelle », patrouillant les quartiers à vélo, la cape au vent. Un sacré numéro, raconte Raoul. Quand carnaval arrivait, Armand laissait tomber son uniforme pour fabriquer son char d’animation sur lequel il montait toujours déguisé en femme ! »

Son fils, Guy, laborantin à l’Institut Arnault-Tzanck à Saint-Laurent-du-Var, prend la relève. Sa fille Magali vient l’épauler et fait rentrer Raoul, son mari en 1988. Le jeune ménage s’agrandit avec l’arrivée de deux filles, dont Maryon. Depuis elle a rejoint l’entreprise familiale « Carnaval Story » et incarne la 4e génération de ce savoir-faire. (lire notre encadré)

Comme Raoul Ruzziconi, toutes les familles de carnavaliers se sont organisées en société professionnelles où « il faut savoir tout faire : souder, mettre l’électricité, poser de la résine, peindre, être calé en hydromécanique, s’y connaître en motorisation, avoir de l’imagination, être branché système D, liste Raoul. En clair, il faut savoir monter un char de A à Z. »

« On a divisé par 4 le poids des chars tout en doublant leur volume ! »

Depuis qu’il a débuté dans le métier, il y a 33 ans, Raoul l’a vu se transformer. « Avant, les décors des chars et les grosse-têtes étaient confectionnés dans du papier mâché puis vernis. La seule grosse contrainte était les intempéries. En cas de pluie, tout s’abîmait et on passait la semaine à sécher et à réparer les décors, souffle Raoul. Même s’il ne pleut pas beaucoup à Nice, ce n’était plus possible. On a remplacé le papier mâché par du polystyrène et de la résine. »

La structure des chars et des grosses-têtes a suivi la même évolution technologique. D’un squelette fait de bois et de ferrailles on est passé à une ossature tout en polystyrène habillée de résine. L’intérêt ? « Son poids ! s’écrie Raoul. Un char, sans sa plateforme, pesait trois à quatre tonnes de bois et ferrailles. Aujourd’hui, c’est moins d’une tonne ! Avec ces nouveaux matériaux, on a divisé par quatre le poids des chars et, en même temps, on a doublé leur volume. C’est bien simple, avant la hauteur maximale était de 7,45 m. Aujourd’hui, on n’a plus de limite ! » Et de montrer son impressionnant « Viking » de 12 m de hauteur, élu l’an dernier, par le public, le plus beau char du « Roi des océans » ! Comme il y a deux ans, où, pour le roi de la Pop Culture, le premier prix du public est revenu aussi au char de Raoul à l’effigie de Freddie Mercury. Et comme il n’y a jamais deux sans trois, la famille Ruzziconi devrait réserver de belles surprises pour cette édition 2026. Avec un char de caractère, taillé dans le polystyrène et la résine, décoré de sujets et grosses-têtes fabriqués par imprimantes 3D et s’inspirant tout droit du film « Thelma et Louise » revu et corrigé à la sauce « Carnaval Story »…

(1). Le programme détaillé de Carnaval 2026 est à retrouver sur le site www.nicecarnaval.com

Maryon : « carnavalière, ça n’existe pas ! »

“Ce soleil en carton-pâte, j’y tiens ! Il a été créé par mon grand-père” se souvient Maryon.

« Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu travailler dans l’univers de carnaval. » A 30 ans Maryon, la fille de Raoul Ruzziconi, prolonge l’histoire familiale en étant la 4e génération de carnavalier. « Enfant, je venais aux ateliers, alors situés rue Richelmi, pour voir mes parents. J’ai grandi dans ce milieu de fête et de féérie. Reprendre le flambeau était, pour moi, plus qu’une suite logique. Une évidence. »

Cette jeune femme pétillante s’est donné les moyens pour arriver à ses fins. Elle a étudié la couture, décroché un BTS des métiers de la mode, une licence de modéliste, tout organisé pour bosser avec ses parents et être, à son tour, carnavalière. « Eh non ! ce mot est exclusivement masculin. Carnavalière n’existe pas ! Même si les filles travaillent de plus en plus et construisent même des chars, elles n’ont pas droit à ce titre, souffle-t-elle. Héritage d’une vieille tradition. »
Et d’expliquer qu’avant le métier de carnavalier se transmettait de père en fils. Exit les épouses, les filles, les belles-filles, même si elles apportaient leurs contributions en confectionnant les costumes de carnaval.

Le statut des carnavaliers a évolué comme les techniques de leur métier. D’abord organisés en familles, puis regroupés en associations dans les années vingt, ils ont dû monter des sociétés professionnelles en 1995 afin de répondre aux nouvelles normes de gestion de l’Office du tourisme qui gérait, alors, le carnaval. Et c’est grâce à ce biais, la création d’entreprise, que les femmes sont entrées de plein pied dans le monde carnavalesque. La société « Carnaval Story » de Raoul Ruzziconi, c’est Magali, sa femme, qui la préside.

« Pour le reste, rien n’a changé, assure Maryon. L’esprit est resté le même qu’avant : on bosse en famille, uniquement par passion de carnaval. Pas pour faire du business. Ici, chacun a son métier bien à lui. Pour ma part, j’ai monté ma société événementielle de mariages, d’anniversaires.  Notre famille ne vit pas de carnaval. D’ailleurs, une fois la fête terminée et le roi brûlé, on est tous contents si on rentre dans nos frais. »

La preuve ! Le « Viking », sacré plus beau char l’an dernier, a terminé en pièces à la déchèterie. « Il était magnifique mais trop grand, trop volumineux. Même les parcs d’attraction n’en ont pas voulu », se désole Maryon. Et d’expliquer qu’après carnaval, les chars sont revendus, ou bien recyclés, ou encore détruits. « On a l’habitude. Mais chaque année on est contents de recommencer. 

« Je suis multi-tâches »

Jeune maman de deux garçons de 4 et 6 ans « qui adorent carnaval », Maryon tient, entre autres, les comptes de l’entreprise familiale « Carnaval Story ». « Je suis multi-tâches, lance-t-elle en riant. Couturière de formation, comme ma mère et ma grand-mère, je prépare les costumes de tout le monde. Grosses-têtes et groupes d’animation compris ! Je m’occupe aussi de l’administratif, du secrétariat, l’intendance, je me perfectionne en peinture, j’installe les décors, j’apprends la mécanique… »

Raoul, son père, complète : « progressivement, je la forme pour qu’elle soit capable de monter un char de A à Z. Après, dans une dizaine d’années, c’est elle et ses enfants qui prendront la relève, tandis que moi, je tirerai ma révérence. »

Caroline Constantin : « La fête commence dès demain, mercredi, avec le Grand Charivari »

Même si elle n’a pas encore débuté, l’édition 2026 de Carnaval vogue vers le succès. Car côté tribunes, les places partent vite (2). « Et il n’y a pas que les tour-operators qui sont demandeurs.  Depuis plusieurs années, la clientèle s’est élargie avec la présence toujours plus nombreuse d’individuels. Eux, ne se prennent plus à la dernière minute, mais au contraire réservent leurs places bien à l’avance, pour être sûr de tout voir de ce grand spectacle. »

Caroline Constantin sait de quoi elle parle pour être directrice du carnaval de Nice et conseillère artistique à la Ville. Autre changement notable : l’attrait marqué et palpable des Niçois pour carnaval. Et ces derniers reviennent en force. Aussi bien dans les tribunes et promenoirs durant les corsi, que dans le village de carnaval sur la Coulée verte, la Prom’ et dans les quartiers. Il faut dire que, pour l’édition 2026, ça bouge et ça pulse, avec des animations en stock pour les grands et les petits. Et cela durant tout le règne de sa Majesté la Reine.

Des festivités, parlons-en. Elles commencent dès demain, mercredi, à 16 heures rue Richelmi, devant la Maison de carnaval avec la présentation officielle et en avant-première du Roi et de la Reine. « Comme il fallait sortir les chars royaux pour ajuster les têtes – la hauteur sous plafond de la Maison de carnaval étant trop juste pour cela – on s’est dit que c’était une belle occasion de faire la fête, tous ensemble. C’est ainsi, raconte Caroline Constantin, que nous avons créé, il y a deux ans, le Grand Charivari. »  Et cette présentation de ses Majestés donne lieu à une fiesta géante, déjantée et gratuite. Avec demain, mercredi, concert DJ, distribution de ganses, danse, musique, déguisements…

Autre événement à noter, en marge des corsi et batailles de fleurs : la Carnavalina qui fête cette année sa 2e édition.

C’est quoi au juste cette « Carnavalina » ? « C’est le virus que l’on attrape quand on est passionné de carnaval, répond Caroline. Cela se matérialise par un grand défilé réunissant 800 personnes issues d’associations niçoises, toutes costumées, maquillées qui feront leur carnaval. » Ce joyeux défilé, gratuit là aussi, partira samedi à 14 heures de la basilique Notre-Dame avenue Jean-Médecin pour rejoindre le Théâtre de Verdure avec à l’arrivée une fiesta géante. Histoire d’annoncer le premier corso officiel de la Reine Carnaval qui se jouera, à 21 heures, sur la place Masséna.

(2). Pour réserver les places de carnaval en ligne : www.nicecarnaval.com où l’on pourra d’ailleurs retrouver le programme complet de carnaval. Pour les points de vente des billets : la billetterie principale située sur la Coulée verte entre le village de carnaval et le miroir d’eau ; avant chaque spectacle, la billetterie située chaussée Sud de la Promenade des Anglais, en face de l’Office du tourisme sis au n°5.

L'info en continu

Nice et Apollinaire, un lien indissociable

TOUT AU LONG DE SON EXISTENCE, LA VILLE DE NICE OCCUPPERA UNE PLACE IMPORTANTE DANS LA VIE DU POÈTE...

Une affaire d’Etat : le scandale du XVe Corps (5e partie)

CINQUIÈME VOLET DE NOTRE HISTOIRE CONSACRÉE AU SCANDALE DU XVe CORPS D'ARMÉE, SURVENU AU COMMENCEMENT DE LA PREMIÈRE GUERRE...

Une affaire d’Etat : le scandale du XVe Corps (4e partie)

QUATRIÈME VOLET DE NOTRE HISTOIRE CONSACRÉE AU SCANDALE DU XVe CORPS D'ARMÉE, SURVENU AU COMMENCEMENT DE LA PREMIÈRE GUERRE...

Nice 24 vous souhaite un bon dimanche 20 septembre

Le temps sera ensoleillé du matin au soir. Les températures iront de 20 à 28 degrés. Nous fêterons les Davy.

Les illusionnistes du XXIe siècle !

Nous vivons tout de même une drôle d’époque… Un âge où le vide fait le plein ! L’ère de rien… Savoir cuire trois...

Vous pourriez être intéressé...