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Un Niçois à la tête de la Comédie-Française

Jacques Toja n’est pas juste le nom de la petite place accolée à la place Garibaldi. Il est d’abord celui d’un comédien qui s’est illustré dans son art, en majesté…

Comment un acteur qui incarnait sur grand écran Louis XIV dans une célèbre saga des années 60 se retrouva plus tard, à la fin des années 70, à la tête de la Comédie-Française, fondée par ce même Louis XIV: c’est l’histoire peu banale que nous allons vous raconter. Celle d’un petit Niçois, né en 1929 au sein d’une famille bourgeoise de commerçants, dénommé Jacques Toja et promis à un avenir radieux. Et pour cause, revêtir les habits de lumière du Roi Soleil en étant soi-même natif d’une ville à l’ensoleillement royal, cela fait beaucoup pour un homme qui vécut par ailleurs à l’ombre d’une vie discrète, loin de tout  tapage médiatique. Il n’en mena pas moins une carrière au long cours, jusqu’à ce que la maladie mette un terme brutal à sa vie, en 1996, à l’âge de 66 ans. Ainsi, après y avoir pris son envol et fait, tout jeune homme, ses classes de comédien au Conservatoire, Nice, où il est inhumé, est à la fois sa ville natale et son lieu de sépulture, sa dernière demeure. Dans l’intervalle, Jacques Toja aura vu briller les étoiles de sa destinée dans le ciel de deux vedettes de ses jeunes années, Elvire Popesco puis Michèle Mercier, avant de diriger l’institution phare qu’est la Comédie-Française. Homme de l’ombre et du brio, retour sur la carrière d’un enfant de la Baie des Anges et du démon de la scène…   

Attention un Jacquou le craquant peut en cacher un autre…

À 18 ans, peut-être se voyait-il déjà en haut de l’affiche ? Dans le droit fil de ses études de droit, son avenir le destinait plutôt vers le métier d’expert-comptable. Mais autre chose l’appelle en lui. La classe d’art dramatique du Conservatoire de Nice lui ouvre ses portes. Il y prend tellement goût qu’il décroche des prix d’excellence et qu’il décroche tout court de son parcours de vie tout tracé. Il part pour Paris. Là-haut, rebelote : Conservatoire, succès. Elève dans la même classe qu’Annie Girardot, Claude Rich et Jean-Pierre Marielle, il se voit décerner des prix d’interprétation qui, dès 1953, l’emmènent directement à la case Comédie-Française. Il n’y fait qu’un bref séjour. Les sirènes de sa notoriété naissante l’attirent sur la scène du théâtre de boulevard, aux côtés de l’une des gloires du genre à cette époque, Elvire Popesco. Il lui donne la réplique dans La Mamma, pièce d’André Roussin inspirée d’un roman italien. Pour la petite histoire, un film tourné peu après, Le bel Antonio, de Mauro Bolignini avec Marcello Mastroianni et Claudia Cardinale, est lui aussi une transposition du même roman. Á l’origine, résultat des coproductions franco-italiennes alors très en vogue, c’est un acteur français qui devait interpréter le rôle principal. Un certain Jacques… Charrier, qui connut son heure de gloire entre autres pour avoir été l’un des éphémères maris de Brigitte Bardot, père de l’unique enfant de la star. Jacques Toja, lui, regagne la maison de Molière en 1960 et en devient le 436ème sociétaire. Au détour de ses nombreux rôles au sein de la Comédie-Française, il croisera notamment la route d’une Isabelle Adjani à l’aube de sa carrière dans Ondine de Jean Giraudoux. Mais le cinéma n’en a pas fini avec lui pour autant…

Des Trois Mousquetaires à Angélique

On passe sur ses débuts dans un film, en 1950, avec Tino Rossi, Envoi de fleurs de Jean Stelli. Plus tard, il a un petit rôle dans Christine de Pierre Gaspard-Huit qui réunit à l’écran Romy Schneider et Alain Delon. Il enchaîne avec Le capitaine fracasse du même réalisateur, où Jean Marais et Louis de Funès sont de la partie. Fringant jeune premier en devenir, portant bien le costume historique, sa prestance tape dans l’œil du cinéaste Bernard Borderie qui le choisit pour être l’un de ses Trois Mousquetaires (1961). Il sera Aramis, Georges Descrières (futur Arsène Lupin dans un feuilleton populaire des années 70) Athos et l’acteur-cascadeur Gérard Barray D’Artagnan. Les dés de sa renommée sont lancés : toujours devant la caméra de Bernard Borderie, entre 1964 et 1968, l’espace de cinq petits bijoux de kitsch, d’érotisme romantico-SM sur les bords et d’une folle épopée sentimentale, Jacques Toja troque l’épée pour la couronne de Louis XIV dans la saga des Angélique. Sa partenaire n’est autre qu’une illustre Niçoise, Michèle Mercier. Celle-ci fêtera d’ailleurs son anniversaire le 1er janvier. Objet de multiples rediffusions, au-delà de ses prestations théâtrales auréolées d’autres formes de prestiges, c’est pour ses apparitions dans Angélique que la postérité a consacré le comédien. En 1979, il est nommé administrateur de la Comédie-Française. Avec son élégance d’esprit coutumière, il occupera la fonction jusqu’en 1983. Il créera ensuite la Fondation Jacques Toja pour soutenir la jeune création dramatique, reconnue d’utilité publique avant sa dissolution en 2019.

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