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mardi 27 octobre 2026

« Les accidents de plongée ne représentent qu’une toute petite part de notre activité »

L’INTERVIEW DU JOUR AVEC LE DR ANDREAS KAUERT

Chef de service UTOH (Unité de Traitement par Oxygène Hyperbare), Pôle Urgence, Centre Hospitalier Universitaire de Nice.

Le plus grand caisson hyperbare d’Europe est à Nice. Il pèse 194 tonnes et a nécessité un investissement de 5 millions d’euros. Il vient remplacer l’ancien, en fin de vie après 30 ans de bons et loyaux services. Plongée au cœur d’un service flambant neuf, désormais intégré dans les nouveaux bâtiments du CHU de Nice – Pasteur 2 avec l’homme qui a œuvré à l’arrivée de cette installation ultra-moderne révolutionnant la vie et la santé des patients.

Pouvez-vous nous présenter ce nouveau caisson ?

Nous avons démarré les premières compressions avec les patients, le 17 septembre 2025. C’est un caisson de forme rectangulaire, le plus grand du monde d’après le fabriquant. C’est en tout cas, le plus grand européen. Il s‘agit d’une installation multichambres, nous en avons 3 et multiplaces. La capacité maximale d’accueil est de 32 patients en position assise. Le service est désormais installé dans Pasteur 2. L’ancien était à Pasteur 1. Il s’agissait d’un caisson circulaire avec une capacité maximale de 11 patients.

Ce qui change par rapport au précédent ?

L’une des grandes améliorations réside dans le confort des patients et du personnel. Dans l’ancien, on avait plutôt l’impression de rentrer dans un sous-marin avec les contraintes que cela impose : forme circulaire, petits hublots. Il ne fallait pas être très grand ou baisser la tête car on pouvait se cogner partout. Le nouveau propose des chambres rectangulaires ressemblant à des salles d’attente ou à des chambres d’hôpital ou encore à un bloc opératoire avec de grands hublots et des parois verticales. Autre avantage, l’entrée est de plain-pied. Il n’y a plus aucune marche. Pour faire entrer un lit, il n’y a qu’à le pousser sans effort. Ce qui n’était pas le cas avant où il fallait soulever le brancard. Autre différence, le système multimédia permet aux patients de visionner des films à l’intérieur du caisson. Ce qui rend la séance moins monotone. La télévision intégrée ? C’est un peu comme une séance de cinéma (rire). C’est un confort inestimable. Nous avons moins d’abandon de traitement de la part des patients.

Ce qu’on soigne grâce au caisson ?

L’oxygénothérapie hyperbare est une technique d’administration de l’oxygène à une pression supérieure à la pression atmosphérique. Elle consiste à inhaler de l’oxygène à 100 %, ou des mélanges suroxygénés. Ce traitement permet au sang d’apporter de l’oxygène dans l’organisme là où il fait défaut. Généralement, on l’associe aux accidents de plongée. Cela fait partie des urgences que nous prenons en charge 24h/24, tous les jours mais finalement cela ne représente qu’1 % de notre activité. La part la plus importante de notre travail, c’est la cicatrisation en terrain difficile. Elle concerne les patients artéritiques – qui ont les artères bouchées – les diabétiques ou ceux dont la peau a été irradiée par les cancers. L’intérêt ? En augmentant la pression et en faisant respirer de l’oxygène pur à l’équivalent de 15 mètres sous l’eau, nous multiplions par 20 l’oxygène dissous dans le sang et dans les tissus des patients. Cela signifie que nous redonnons de l’oxygène aux zones qui sont en hypoxie et ne cicatrisent pas à cause de ce manque. La cicatrisation représente 60 % de notre activité.

Il y a également les surdités brusques pour 20 %. Un matin, vous vous réveillez, vous n’entendez plus sur une oreille. Il peut s’agir d’une atteinte neurologique vasculaire de l’oreille interne, un manque d’oxygène. Il faut, à ce moment, placer le patient le plus rapidement dans le caisson pour réoxygéner l’oreille interne apparentée à du tissu nerveux comme les neurones. Il faut empêcher les cellules de l’audition de mourir.

Nous traitons également les intoxications au monoxyde de carbone. Entre 50 et 100 cas, chaque année, survenant soit par des incendies soit par des appareils de chauffage défectueux produisant du monoxyde carbone ou encore de l’inadvertance de certains patients qui font des barbecues en extérieur et lorsqu’il se met à pleuvoir, le rentre dans le salon toutes portes fermées… Le monoxyde de carbone est un poison puissant pour les tissus. Il vient se fixer sur les globules rouges. Le sang ne transporte plus d’oxygène car le CO se met à sa place. C’est un étouffement de l’intérieur.

Nous prenons aussi en charge les occlusions de l’artère centrale de la rétine. Cela peut venir d’un coup : on est aveugle sur un œil. La rétine est très sensible au manque d’oxygène. Si l’on ne fait rien, elle risque de nécroser et on perd définitivement l’œil. Il faut réoxygéner la rétine jusqu’à ce que cela se débouche. Cela fait partie des urgences qu’il nous arrive de traiter au milieu de la nuit.

Nous traitons aussi les cystites ou rectites post-radique. Cela concerne la cicatrisation des organes creux comme la vessie ou le rectum irradiés pour des cancers. Chez l’homme, la prostate par exemple. A côté, il y a la vessie et le rectum. J’appelle cela les dommages collatéraux. Les petits vaisseaux sanguins irrigant ces organes ont été détruits. Plusieurs semaines, mois voire années après la radiothérapie, la vessie peut se mettre à saigner. Ce sont des saignements extrêmement lourds et dans certains cas, le chirurgien peut enlever la vessie. Avec le caisson hyperbare, l’ablation peut être évitée. Cela représente 15 à 20 % de notre activité. Le traitement est long mais les saignements sont stoppés.

Quels sont les symptômes des accidents de plongée ?

Les plus fréquents sont les troubles neurologiques ou les troubles de l’équilibre. Des sensations bizarres au niveau des membres inférieurs ou supérieurs. C’est-à-dire des picotements, des sensations d’engourdissement au niveau des extrémités ou des sensations de paralysie. Avoir du mal à marcher ou à tenir debout par faiblesse au niveau des muscles. Après il y a tout ce qui est sensations vertigineuses, cela peut-être une atteinte de l’oreille interne dû à un accident de décompression. Tout symptôme survenant dans les 24 h suivant une plongée doit être considéré comme étant lié à l’activité et montré à un spécialiste de la plongée. Il faut venir au caisson hyperbare et non aux urgences.

L’âge des patients ?

Le plus petit avait 3 jours et le plus âgé, 103 ans. Les deux avaient été intoxiqués au monoxyde de carbone.

Un exemple marquant ?

Une fillette de 12 ans qui avait un pied bot (une malformation du pied ndlr.). Elle avait été opérée 7 fois. Cela ne voulait plus cicatriser. Le chirurgien n’excluait pas une amputation. Elle est passée en caisson. Au bout de 90 séances, elle a bien cicatrisé. Nous étions contents. Elle a conservé son pied.

Comment on en vient à être médecin hyperbariste ?

J’étais jeune étudiant, plongeur et je cherchais un sujet de thèse. J’ai connu le premier caisson de Nice. Je suis, d’ailleurs, le seul médecin niçois à avoir travaillé avec les trois ! Au départ, j’ai démarré avec des vacations car j’avais un cabinet en ville. Le chef de service est parti à la retraite. On m’a proposé le poste à temps plein. J’ai accepté.

Une évolution ces dernières années sur les pathologies ?

Nous avons de plus en plus de cystites et rectites post-radiques. Pourquoi ? Parce que les gens vivent plus longtemps. Avant, ils mourraient d’autre chose. L’occlusion de l’artère centrale de la rétine : cela fait 5 ans que nous le traitons, ici, de façon systématique. Avant, nous ne ne le faisions pas. J’en suis à l’initiative car tous les centres hyperbare ne le font pas car cela est contraignant et nécessite une capacité d’accueil suffisante avec du personnel.

L’équipe ?

Nous sommes une vingtaine de personnes tout confondu : secrétaires, agents des services hospitaliers, infirmiers, techniciens, médecins. Cela représente une petite équipe au regard de la cinquantaine de patients accueillis par jour. Nous sommes obligés de mettre des gens en liste d’attente.

Une des particularités d’un centre hyperbare ?

La sécurité. La machine peut tout faire mais il faut du personnel compétent, formé et en nombre suffisant sinon c’est dangereux. C’est un élément indispensable Les rôles sont codifiés. Le médecin a la responsabilité de la santé du patient : qu’il soit dans le caisson ou à l’extérieur. Pour la partie technique concernant notamment la compression, cela relève de la responsabilité du technicien hyperbare qui pilote la machine de A à Z. Il veille au respect des prescriptions du médecin et s’assure de la sécurité de la séance à la fois pour le patient et l’accompagnant en calculant, entre autres, les paliers de décompression. Pour la grande majorité des patients (chroniques), il s’agit de séance de 1 h 30 à 15 mètres. Pour les accidents de plongée, cela dure 7 heures à 30 mètres et cela peut aller jusqu’à 50 mètres et durer au-delà de 7 heures.

Une spécificité ici ?

Nous traitons aussi la cicatrisation musculaire des sportifs de haut niveau.

Un souvenir ?

Le premier caisson de Nice était installé dans un camion. Je l’ai vu quand j’étais étudiant mais je n’ai pas travaillé dedans. A l’époque, les hélicoptères atterrissaient devant l’entrée de Pasteur 1. La municipale bloquait la route. Ensuite, il a été placé dans un bâtiment. Il n’y avait que 3 places : une couchée et deux assises…

Des axes de recherche sur l’oxygénothérapie hyperbare ?

Faire de la recherche nécessite de mettre en place des séances placebo pour recueillir des preuves scientifiques de l’efficacité du traitement en divisant les groupes. Au cours d’une séance en caisson, il y a des particularités physiques qui étaient, jusque là, difficilement reproductibles chez les patients suivant une séance fictive. Désormais avec le nouveau caisson, nous sommes en mesure de simuler la pression, la température, le ressenti auriculaire… autant d’éléments indispensables pour mener des recherches en double aveugle. Nous avons des projets qui concernent notamment de nouvelles indications.

Technicien opérateur hyperbare, D. Cottet assure la sécurité et la surveillance des patients et accompagnant. Les techniciens pilotent les chambres : durée séance, accompagnement dans les paliers de décompression, pause à l’air…
De gauche à droite : Patrick Barel, responsable technique et le Dr Andreas Kauert à l’intérieur d’une chambre. Vêtement en coton obligatoire. Le synthétique est proscrit car il présente un risque de combustion en raison de l’électricité statique produite. A Nice, tout le protocole a été mis en place par le Dr Andreas Kauert.

INFOS PRATIQUES

Unité de Thérapeutique par Oxygénothérapie Hyperbare

Hôpital Pasteur 2, 1er étage Zone D – 30, Avenue de la Voie Romaine

Tél : 04.92.03.77.72

Email : hyperbare@chu-nice.fr

Indications :

  • Accident de plongée
  • Intoxication au monoxyde de carbone
  • Pendaison
  • Embolie et gangrène gazeuses
  • Surdité brusque
  • Radionécrose (cystite radique, rectite radique, iléite radique)
  • Ostéonécrose aseptique (hanches, genoux)
  • Retard de cicatrisation après chirurgie cancérologique (sein, sphère oro-pharyngée)
  • Traumatologique : écrasement de membre, fracture ouverte, nécrose
  • Ulcère cutané d’origine artérielle
  • Pied diabétique
  • Ostéite et sepsis, ostéomyélite
  • Fistule de Maladie de Crohn

Chef de service : Dr Andréas Kauert

Médecins : Dr Carl Willem, Dr Igor Sozonoff, Dr Dominique Di Vincenzo,  Dr Denis Tamagno, Dr Colin Veses, Dr Goerlinger

Horaires : lundi au vendredi de 8h à 21h / week-end et jours fériés de 8h à 16h

En dehors de ces horaires, les urgences sont assurées par une astreinte opérationnelle.

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