mar. 27 Oct. 2026
15.9 C
Nice
15.9 C
Nice
mardi 27 octobre 2026

Pas d’écran avant 3 ans ! 

L’INTERVIEW DU LUNDI AVEC LAÉTITIA MARIN

Problèmes de sommeil, retard de langage, baisse de l’attention… Autant de maux dus à une surexposition aux écrans qui touchent les enfants « y compris les tout-petits » s’inquiète Laetitia Marin, psychologue dans les structures de la petite enfance de la Ville. « La bonne nouvelle, annonce-t-elle, c’est que rien n’est irréversible ». Rencontre.

Tablettes, ordinateur, téléphone portable, télévision… les écrans ont envahi notre quotidien. En France, selon le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions
de vie) un foyer possède, en moyenne, dix écrans. Impossible ? Et pourtant, le décompte va vite : dans une famille, il y a au moins trois smartphones, deux télévisions, deux ordinateurs, une tablette, une console portable, une montre connectée. Tout cela à portée de main et que tout le monde consulte. Y compris les enfants. Autre chiffre inquiétant : les 6-17 ans passent plus de 4 heures, en moyenne, devant les écrans, selon une étude de Santé Publique France. « Cette surexposition des enfants est devenue, aujourd’hui, un enjeu de santé publique» alerte Laetitia Marin, psychologue dans les structures de la petite enfance de la ville de Nice. Pour faire passer ce message auprès des parents « sans les culpabiliser » insiste-t-elle, le service de la Famille de la Ville organise des conférences-débats. Avec podcasts « les rendez-vous de la parentalité » à retrouver sur le site www.nice.fr, pour tout savoir sur « les effets des écrans chez les jeunes enfants ». Rencontre avec Laetitia Marin.

Nous sommes entourés d’écrans. Comment s’en passer ?

C’est bien là le danger. La télévision, l’ordinateur, les consoles de jeux, les tablettes, le téléphone portable, les montres connectées… tout cela fait partie de notre vie. On les a souvent sur soi et on s’en sert. Dans le tram, je vois des enfants en poussette avec un « smartphone » dans les mains. Quand j’interroge de jeunes parents sur cette pratique avec leurs tout-petits, ils me disent que c’est « pour avoir un instant de répit, pour souffler ». Sauf que ce n’est pas un acte anodin.

En quoi est-ce problématique ?

Les enfants de moins de 3 ans n’ont pas la maturité physique et physiologique pour recevoir des infos. Leur donner des écrans, dont le téléphone portable, est pour eux une source d’excitation même s’ils ont l’air très calmes. Une télévision, même en fond sonore, peut aussi les perturber.

Quels sont les effets sur la santé ?

Les écrans ont un impact physique, psychologique et social. Avec comme conséquences des problèmes de sommeil, de vision, des difficultés à mémoriser et à se concentrer. Jouer sur les écrans, c’est moins bouger, moins se dépenser ce qui implique du surpoids. Les effets chez les très jeunes enfants peuvent aller plus loin encore : retard de langage, baisse de l’attention, diminution des relations sociales. On a de plus en plus d’enfants qui développent de plus en plus tôt des troubles « dys » (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, etc.). Et les écrans n’y sont pas étrangers.

Quels sont les impacts chez les moins de 3 ans ?

Les tout-petits ont besoin de se mouvoir dans leur espace, de se confronter au réel pour construire leur identité. Les placer devant la télévision, ou leur mettre un smartphone entre les mains, cela les surstimule et les rend passifs. Ils utilisent moins leurs sens. En crèche et dans les structures municipales de la petite-enfance, on remarque très vite un très jeune enfant qui est surexposé aux écrans.

A quoi le voyez-vous ?

Il ne va pas chercher le regard de l’autre. Il est absent de la relation, parce qu’il n’est pas habitué à regarder des visages. Et tout cela rejaillit dans son comportement, sa manière de ne pas voir les autres qui l’entourent. Le regard est vide, absent. Parce que trop d’écrans, c’est un isolement social.

Selon vous, quelle est la proportion d’enfants exposés aux écrans ?

Il faudrait s’interroger sur le nombre d’enfants qui vivent sans écran. La réponse est simple : aucun. Parce qu’aujourd’hui un foyer sans télévision, sans portable, sans jeu vidéo, sans montre connectée, sans ordinateur, sans tablette, il n’y en a pas. Mais c’est une petite minorité qui est surexposée aux écrans. Quand on accueille ces tout-petits dans nos crèches, ça se voit tout de suite : on a l’impression qu’ils découvrent le monde qui les entoure. Qu’on le veuille ou non, l’écran capte l’enfant et c’est très addictif. La bonne nouvelle, c’est que ces effets ne sont pas irréversibles. C’est très facile d’intervenir et tout est récupérable.

Quel est le bon comportement à tenir ?

La règle est simple : pas d’écran avant 3 ans, même en bruit de fond. Encore une fois, cela n’a aucun intérêt pour les tout-petits. L’attention de l’enfant doit se construire dans l’interaction avec son environnement réel et avec les adultes. C’est durant les trois premières années qu’il construit son identité. Après 3 ans, c’est 15 à 30 minutes de télévision et pas tous les jours ! Toujours en présence d’un adulte pour décrypter le contenu des images. Il faut aussi choisir le programme, savoir s’il est pertinent, efficace, éducatif pour son enfant. Après 6 ans, on peut commencer à utiliser les outils numériques de manière progressive. Il faut savoir faire la part des choses entre une bonne utilisation, d’une simple consommation. En clair, utiliser un écran, un programme à bon escient, sans être happé.

Ce n’est pas simple. Comment s’y retrouver

Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste français, a imaginé la règle des 3-6-9-12 qui donne des repères sur l’utilisation des écrans en fonction de l’âge de l’enfant (voir ci-dessous).  Et ces repères d’âges ont été intégrés, depuis janvier 2025, dans le carnet de santé de l’enfant, distribué à chaque naissance. Face à cet enjeu de santé publique, le gouvernement a développé des sites et plateformes sur Internet pour guider les parents dans la gestion des écrans. C’est ce que nous faisons, aussi, dans nos structures de la petite enfance : informer et accompagner les jeunes parents sur les dangers des écrans, sans les culpabiliser, ni leur donner des injonctions. Par le biais de conférences et de podcasts qui sont mis en ligne sur le site de la Ville (www.nice.fr). Notre objectif :  les aider à y voir plus clair.

Bon à savoir

– La règle des 3-6-9-12 : Elle a été élaborée en 2008 par Serge Tisseron, psychiatre français, pour apprendre à nous, parents, à nous servir des écrans et à nous en passer.
Ce que dit la règle : avant 3 ans, pas d’écran. Y compris la télé ! Jouons, parlons avec nos enfants, qui à cet âge, construit sa personnalité et son cerveau. De 3 à 6 ans : limitons les écrans. L’enfant renforce ses acquisitions, commente son apprentissage de l’autorégulation. De 30 minutes de temps d’écran à 3 ans, il passe à 1 heure maxi par jour à 6 ans, mais toujours en présence d’un adulte pour mieux partager les images et les infos. De 6 à 9 ans : apprendre à son enfant à utiliser les outils numériques. C’est l’âge en effet, de l’apprentissage des règles du jeu social, le respect de l’autre, le droit à l’image, etc. De 9 à 12 ans, apprendre à son enfant à se protéger d’Internet. Les jeunes ados passant beaucoup de temps sur les écrans, présentent une baisse d’attention et de concentration. Il est préférable d’acheter un téléphone mobile sans Internet ni écran tactile avec en prime une application qui limite le temps d’utilisation. Après 12 ans, la vigilance est de mise. L’ado cherche ses repères en dehors de sa famille, mais il a besoin de l’attention affectueuse de ses parents.

– A ne pas faire : Jamais d’écran dans la chambre, éviter de les utiliser le soir, à table durant les repas pour calmer l’enfant. Pas de console de jeux avant 6 ans et pour les ados, un temps de jeu sur les consoles limité afin de favoriser le contrôle des impulsions. Pas de téléphone mobile la nuit dans la chambre, ne pas manger devant les écrans.

– Des sites pour en savoir plus :  pour accompagner les parents sur la gestion des écrans, le gouvernement a développé le portail  https://jeprotegemonenfant.gouv.fr . On y trouve des fiches pratiques, des conseils adaptés à chaque âge, des outils pour encadre les usages numériques à la maison. limiter les écrans pour bébé de Santé publique France qui donne des infos et conseils aux parents. Autre site de Santé publique France, http://www.1000-premiers-jours.fr destiné aux jeunes parents pour limiter les écrans pour bébé. Mais aussi le site de la Ville de Nice www.nice.fr/grandir-a-nice/petite-enfance/soutien-a-la-parentalite. Enfin, à consulter le rapport « enfants et écrans, à la recherche du temps perdu » remis en 2024 au Président de la République.

– Le 3018 : C’est une ligne d’écoute gratuite et confidentielle, joignable tous les jours de 9 à 23 heures, pour répondre aux situations d’urgence ou de mal-être numérique, comme le cyberharcèlement, manipulation, etc.





L'info en continu

Nice et Apollinaire, un lien indissociable

TOUT AU LONG DE SON EXISTENCE, LA VILLE DE NICE OCCUPPERA UNE PLACE IMPORTANTE DANS LA VIE DU POÈTE...

Une affaire d’Etat : le scandale du XVe Corps (5e partie)

CINQUIÈME VOLET DE NOTRE HISTOIRE CONSACRÉE AU SCANDALE DU XVe CORPS D'ARMÉE, SURVENU AU COMMENCEMENT DE LA PREMIÈRE GUERRE...

Une affaire d’Etat : le scandale du XVe Corps (4e partie)

QUATRIÈME VOLET DE NOTRE HISTOIRE CONSACRÉE AU SCANDALE DU XVe CORPS D'ARMÉE, SURVENU AU COMMENCEMENT DE LA PREMIÈRE GUERRE...

Nice 24 vous souhaite un bon dimanche 20 septembre

Le temps sera ensoleillé du matin au soir. Les températures iront de 20 à 28 degrés. Nous fêterons les Davy.

Les illusionnistes du XXIe siècle !

Nous vivons tout de même une drôle d’époque… Un âge où le vide fait le plein ! L’ère de rien… Savoir cuire trois...

Vous pourriez être intéressé...