Située au 4 avenue Henri Barbusse, la Bibliothèque sonore de Nice a récemment célébré son cinquantième anniversaire. Cet événement marque une étape importante dans l’histoire de l’accessibilité à la culture et à la littérature pour les personnes empêchées de lire.

Créée en 1976 par le Lions Club Nice Cimiez, la Bibliothèque sonore de Nice – Comté de Nice est une antenne locale de l’Association des donneurs de voix (ADV). Depuis sa fondation, reconnue d’utilité publique en 1977, cette association regroupe des bénévoles dévoués, qui s’engagent à enregistrer des livres et revues au format audio, permettant ainsi à un public varié, confronté à des handicaps visuels, moteurs ou cognitifs, de découvrir la richesse de la lecture.
Avec un total de 290 audiolecteurs à son actif, la bibliothèque de Nice propose une collection impressionnante de 25 700 livres et revues accessibles sous divers formats tels que CD, MP3, clés USB et téléchargement en ligne, garantissant à chacun une expérience de lecture qui répond aux besoins spécifiques des utilisateurs. Dans ses locaux, l’association met à disposition 8 700 CD et les bénévoles peuvent également graver des livres à la demande. À l’échelle nationale, le catalogue compte un impressionnant total de 80 000 titres. Pour ceux qui ne sont pas à l’aise avec les nouvelles technologies, « Victor », un lecteur CD facile à utiliser, est proposé en prêt ou à l’achat, facilitant encore davantage l’accès à ces ressources littéraires. Les pochettes contenant les CD sont envoyées directement au domicile des adhérents, assurant ainsi un service pratique et personnalisé.
La bibliothèque sonore joue également un rôle crucial dans l’éducation des jeunes. En offrant 3 400 titres adaptés aux programmes scolaires pour les élèves de 6 à 18 ans, elle soutient les étudiants, élargissant ainsi les horizons éducatifs de nombreux enfants.
Fort de 59 bénévoles, dont 44 donneurs de voix et 15 donneurs de temps, la structure repose sur un engagement solidaire. Ces bénévoles bénéficient de deux sessions de formation par an afin de garantir la qualité et l’éthique des livres audio. Un studio d’enregistrement est disponible au sein des locaux, mais les donneurs de voix peuvent également réaliser leurs enregistrements depuis chez eux grâce au matériel fourni par la bibliothèque.
En France, on dénombre 160 bibliothèques sonores, et chaque année, un prix littéraire unique est décerné. Le Prix National de l’Audio lecture valorise la littérature à travers les oreilles de ceux qui ne peuvent lire, incarnant ainsi une véritable démocratie littéraire. Depuis 2010, une sélection de romans francophones est enregistrée par les bénévoles et soumise à l’écoute et à l’évaluation des audiolecteurs, aboutissant à un choix du lauréat basé sur des critères de sensibilité, d’émotion et de qualité littéraire.
Avec ses 50 ans d’existence, la Bibliothèque sonore de Nice se démarque non seulement par son long parcours de solidarité et d’accessibilité culturelle, mais aussi par son engagement continu envers la diversité et l’inclusion dans le monde de la lecture. Elle ouvre les portes d’un univers littéraire à ceux qui en sont souvent exclus, contribuant ainsi à enrichir le paysage culturel français.
RAYMONDE, DE LA PERTE DE VUE À LA REDÉCOUVERTE LITTÉRAIRE

Rencontrer Raymonde, ancien professeur d’Anglais, c’est plonger dans une histoire où la passion pour la lecture se heurte à la réalité implacable d’une maladie dégénérative. Diagnostiquée avec une DMLA de type 1, elle a vu son monde s’assombrir peu à peu, perdant sa vue de manière graduelle et irréversible. Mais plutôt que de se laisser submerger par le désespoir, Raymonde a trouvé une nouvelle voie : celle de l’audio lecture.
Cela fait maintenant plus de huit ans qu’elle est audio lectrice et membre du jury littéraire de la bibliothèque de Nice. Une association qui lui a ouvert de nouveaux horizons, lui permettant de renouer avec sa passion pour la presse et la littérature tout en se battant contre l’isolement que peut engendrer sa condition. « Quand j’ai découvert cette bibliothèque sonore, un large éventail de livres et de revues s’est offert à moi », témoigne-t-elle. Grâce à ce service, Raymonde peut toujours savourer ses revues préférées telles que « Le Point » ou « Le Monde Diplomatique », se tenant ainsi informée de l’actualité.
Son amour des romans ne s’est pas éteint pour autant. Parmi les œuvres qui l’ont profondément marquée, « Vers la nuit » de John Hull se distingue. Ce livre autobiographique relate le parcours tumultueux de l’auteur, devenu aveugle, et il explore les moyens qu’il a trouvés pour éviter de sombrer dans le désespoir. Pour Raymonde, cette écoute a été révélatrice. Elle a pu relativiser sa propre situation, se rendant compte qu’il était possible de faire preuve de courage face à la maladie.
Au-delà des livres, l’association lui a permis de tisser des liens sociaux et de briser l’isolement. L’équipe de bénévoles, dévouée et bienveillante, joue un rôle essentiel dans cette dynamique.
« Je suis admirative et reconnaissante du travail des bénévoles qui me suggèrent des livres en fonction de mes goûts », confie-t-elle. Un échange riche se crée autour de chaque recommandation, forgeant une véritable communauté autour de la littérature.
Le chemin de Raymonde à travers la bibliothèque sonore ne se limite pas seulement à l’écoute de livres. Elle a également eu l’opportunité d’assister à des événements marquants, comme la soirée célébrant les 50 ans de l’association. « C’était super », se souvient-elle, le sourire aux lèvres. Ces moments de partage lui rappellent que, malgré les défis qu’elle affronte, la littérature et la solidarité humaine peuvent éclairer même les coins les plus sombres de l’existence.
Raymonde incarne ainsi une résilience inspirante, prouvant que la passion pour les mots et la culture peut surmonter les obstacles et créer des ponts vers un avenir plus lumineux.
FRANÇOISE GRIZARD, PRÉSIDENTE DE LA BIBLIOTHÈQUE SONORE DE NICE

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de ce qui vous a poussée à vous engager en tant que présidente de l’association ?
J’étais secrétaire comptable dans une entreprise de bâtiment et ce n’est qu’à ma retraite que j’ai commencé à m’investir sérieusement dans la vie associative et le bénévolat. C’est lors d’une rencontre à l’Accueil des Villes Françaises (AVF) que j’ai fait la connaissance de Pierre Grangier, mon prédécesseur. Après avoir présidé l’AVF pendant six ans, Pierre m’a annoncé qu’il souhaitait se retirer de la présidence de la bibliothèque sonore et m’a proposé de le remplacer. J’ai réfléchi et accepté avec enthousiasme cette proposition.
Qu’est-ce qui vous motive personnellement dans cet engagement au sein de la bibliothèque sonore ?
Je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment le milieu du handicap avant de m’engager ici. Ce qui m’a frappée, c’est la communauté de bénévoles incroyablement disponibles, toujours prêts à rendre service et empreints d’une bienveillance touchante. J’apprécie profondément l’humanité que génère notre bibliothèque sonore. Nous apportons du bonheur, favorisons l’ouverture aux autres, et nous créons des liens enrichissants. En outre, notre association offre un épanouissement intellectuel aux audiolecteurs. Contribuer à cet impact positif est très gratifiant pour moi.
Le 13 février dernier, la bibliothèque sonore a célébré son 50e anniversaire. Pouvez-vous nous faire un retour sur cet évènement ?
Cet évènement a été l’occasion d’organiser une soirée mémorable, grâce au Lions Club Nice Cimiez, qui a collaboré avec La Semeuse. Le point fort de la soirée a été la représentation du spectacle « Opéra Bastringue », qui a su allier sensibilité et esprit de communauté. Cet élan a parfaitement résonné avec les valeurs d’accessibilité et de partage que nous défendons à la bibliothèque sonore. La soirée s’est conclue dans une ambiance chaleureuse autour d’un apéritif dînatoire, réunissant près d’une centaine d’invités. C’était un moment de célébration et de convivialité inoubliable.
Quels sont vos projets pour les années à venir concernant l’association ?
En matière de recrutement, nous avons la chance de ne pas rencontrer de difficultés ; nos bénévoles sont présents et engagés. Cependant, notre principal objectif pour les prochaines années est d’améliorer notre communication. Nous souhaitons nous faire mieux connaître auprès des potentiels audiolecteurs, afin d’aider un plus grand nombre de personnes à renouer avec la lecture et la culture. Il est essentiel pour nous d’élargir notre cercle d’influence et d’offrir nos services à ceux qui en ont besoin.

